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Les exigences d’un parent : Prendre des décisions éclairées en dépit de la pression des patients
Un article écrit par des médecins, pour des médecins
Publié initialement en juin 2010

W10-004-F

Résumé

Les médecins ne sont pas tenus de céder aux attentes et aux exigences des patients lorsqu’elles sont inappropriées sur le plan médical.

 

Le Code de déontologie de l’Association médicale canadienne (articles 1, 30 et 44) stipule qu’un médecin doit : tenir compte d’abord du mieux-être du patient, faire preuve de prévenance envers les membres de la famille du patient et envers ses proches et collaborer avec eux dans l’intérêt du patient, ainsi qu’utiliser judicieusement les ressources consacrées aux soins de santé. Le Code de déontologie des médecins du Québec établit des principes déontologiques semblables (articles 3, 12 et 59). Le cas suivant fait état de la difficulté pour les médecins d’établir un juste équilibre entre ces obligations.
 
Un cas

Une mère se présente avec son enfant dans une clinique sans rendez-vous au moment où les reportages sur la listériose font les manchettes. Bien que l’enfant ne semble pas malade, la mère s’inquiète d’une infection possible. Elle exige qu’une analyse sanguine particulière soit effectuée.

Une prise de sang chez un enfant peut causer de la douleur et entraîner une perturbation émotive. Au lieu d’acquiescer tout simplement aux exigences de la mère, le médecin prend les antécédents de l’enfant. Comme ceux-ci ne valident pas les inquiétudes de la mère, et sachant qu’il n’y a pas d’autres cas déclarés dans la localité, le médecin cherche à apaiser les inquiétudes de la mère. Cette dernière n’est pas satisfaite pour autant.

Le médecin revoit alors un message électronique que l’agence locale d’hygiène publique lui a envoyé le matin même en réponse aux préoccupations soulevées par les médias. Ce message précise les critères et les indications des analyses et confirme au médecin qu’en l’absence de signes cliniques de maladie, il n’est pas indiqué d’effectuer l’analyse demandée par la mère. Le médecin retourne dans la salle d’examen et fait part à la mère de l’information reçue de l’agence de santé publique. Il demande alors la permission à la mère d’examiner l’enfant pour s’assurer qu’il n’y a aucune autre raison de s’inquiéter à son sujet.

La mère se fâche. Elle refuse que son enfant se fasse examiner et menace d’intenter une action en justice si le médecin n’accède pas à sa requête d’analyse sanguine. Le médecin lui explique une fois de plus qu’il ne semble y avoir aucune indication justifiant l’analyse en question, et réitère son offre d’examiner l’enfant pour s’assurer de donner des conseils judicieux. La mère accuse le médecin de refuser de traiter son enfant et le menace à nouveau d’une action en justice.

Le médecin informe la mère que cette rupture dans leur relation médecin-patient le met dans l’impossibilité de traiter l’enfant. Il lui offre plusieurs options, dont les suivantes :

  • la consultation d’un collègue dans la même clinique
  • la consultation dans une autre clinique sans rendez-vous
  • la consultation dans le service des urgences d’un hôpital

La mère refuse toutes les options qui lui sont présentées et quitte la salle. Elle s’arrête au bureau de la réceptionniste pour demander la carte d’affaires du médecin. Le médecin consigne des notes brèves mais représentatrices de la visite et de la mésentente.

Plainte déposée contre le médecin

La mère se plaint alors auprès de l’organisme de réglementation (le Collège) que le médecin a refusé de traiter sa fille. Le Collège fait parvenir au médecin une copie de la plainte déposée par la mère, en demandant une réponse par écrit ainsi qu’une copie du dossier clinique concernant la visite. Le médecin se conforme à la demande du Collège.

Le Collège constate que les énoncés factuels de la mère et du médecin sont conformes, mais que la perception de la plaignante diffère de celle du médecin. Toutefois, d’après l’information fournie, y compris la documentation de la visite, le Collège conclut que le médecin avait agi de façon tout à fait appropriée en étudiant la littérature médicale offerte sur ce sujet, en se tenant au fait de la situation actuelle de la maladie en question, en offrant à la patiente (l’enfant) une évaluation adéquate et en proposant plusieurs autres options pour répondre aux inquiétudes de la mère.

L’investigation du Collège a conclu que le médecin avait prodigué des soins entièrement appropriés. 

Ce que le Collège a jugé que le médecin avait fait correctement :

  • Le médecin a pris les antécédents de manière adéquate et appropriée.
  • Le médecin a pris le temps de revoir les renseignements récents et de confirmer l’approche recommandée lorsque son évaluation ne concordait pas avec celle de la mère.
  • Le médecin a expliqué les raisons pour lesquelles il ne pouvait acquiescer aux exigences de la mère. Lorsqu’il a été clair que la mère refusait les conseils qui lui étaient donnés, le médecin lui a proposé plusieurs options raisonnables. 
  • À la conclusion de l’interaction, le médecin a clairement documenté les événements.
  • La réponse faite par le médecin au Collège était factuelle, mesurée et professionnelle.

En bref

Bien que certains patients puissent avoir des attentes, voire des exigences, inappropriées sur le plan médical, et puissent déposer plainte auprès du Collège, les médecins ne sont pas tenus de céder à des requêtes qui ne sont pas nécessaires du point de vue médical. Si le patient dépose plainte, le Collège s’attendra généralement à ce que le médecin ait fourni des conseils médicaux judicieux de manière professionnelle.

Les plaintes déposées au Collège peuvent entraîner de graves conséquences et laisser présager d’autres problèmes médico-légaux. Si le Collège vous a informé d’une plainte déposée à votre égard, veuillez communiquer avec l’ACPM.

 

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