Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Conseils non officiels donnés au téléphone


Publié initialement au printemps 1996 / révisé en janvier 2011 IL9620-6-F

Résumé

 

Lorsque vous donnez des
conseils officieux en personne
ou par téléphone, veuillez
obtenir suffisamment de
renseignements sur lesquels
fonder votre opinion
professionnelle puisqu'ils
pourraient avoir un lien avec
le conseil prodigué.

 

Cet article est fondé sur un cas survenu avant sa publication originale. L'exercice de la médecine évolue sans cesse, par conséquent les médicaments cités, les posologies, les modes d'administration et d'autres aspects du traitement médical ou chirurgical pourraient avoir changés. Néanmoins, l'ACPM croit que les questions en matière de sécurité des patients et les principes médico-légaux
demeurent pertinents.

Le téléphone est un outil indispensable dans l'exercice de la médecine et ce moyen est souvent utilisé pour communiquer avec les patients. Puisque les communications se font de plus en plus par téléphone, et il est facile de devenir blasé en l'utilisant. L'anecdote suivante, tirée de nos dossiers, illustre ce à quoi peut s'exposer un médecin lors de consultations officieuses par téléphone.


Une jeune femme de 33 ans, mère d'un enfant, se voit prescrire de l'imipramine, un antidéresseur tricyclique, pour son état dépressif. Elle quitte la localité où on lui avait prescrit ce médicament pour se rendre, avec sa famille, au domicile de ses parents situé à une distance considérable. Son mari retourne au domicile des parents un après-midi, et la retrouve très somnolente. Il constate qu'elle a pris quelques comprimés de son antidépresseur. Il téléphone à l'hôpital local où une infirmière prend l'appel.

Selon l'infirmière, on lui a demandé si six comprimés de 50mg constituaient une surdose. L'urgentologue, qui était tout près, a vu l'infirmière chercher dans un manuel de référence en pharmacologie et lui fournit spontanément comme réponse que 300mg seraient une forte dose thérapeutique, mais qu'il ne devrait pas y avoir d'effets néfastes. Le mari croit avoir ensuite signalé que son épouse présentait des hallucinations et qu'elle était dans un état comateux; il a cependant mis un terme à l'appel sans laisser de nom ou de numéro de téléphone. L'infirmière a affirmé, lors de l'interrogatoire, qu'elle avait estimé pouvoir se fier à la parole du médecin, et qu'il n'était donc pas nécessaire de poser d'autres questions.

Malheureusement, la femme est décédée. Après son décès, il s'est avéré qu'elle avait pris quelque 90 comprimés plutôt que six. Le mari et la jeune fille de la patiente ont poursuivi l'hôpital, l'infirmière et le médecin. Lors du procès, le médecin a dû convenir que 300mg ne seraient pas une dose appropriée pour un jeune enfant ou une personne âgée. L'avocat des demandeurs a dit que cela prouvait le fait que le médecin avait donné son opinion sans obtenir suffisamment de renseignements sur ce cas. Le juge a statué que le décès de la femme était dû à de la négligence, le mari ayant une part de responsabilité de 70%, l'infirmière, 15% et le médecin, 15%.

L'échange entre l'infirmière, l'époux et le médecin a duré moins de cinq minutes, mais a résulté en un examen rigoureux des soins prodigués qui a duré six ans. Chaque intervenant a dû tenter de se souvenir mot pour mot des paroles échangées ce jour-là, avec les différences qu'on peut imaginer. Ni le médecin ni l'infirmière n'avaient pris de notes. Même si des notes auraient probablement facilité la démarche, on aurait pu s'attendre à un dénouement différent si on avait obtenu une anamnèse de l'époux. Cette malheureuse affaire illustre encore une fois les risques que recèle un simple appel téléphonique pour un conseil.

 


AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.