Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Le syndrome du compartiment d'un membre sain

Un article écrit par des médecins, pour des médecins
Publié initialement en Septembre 2005 / révisé en février 2008
IS0553-F

Résumé

Bien que la plupart des médecins sachent qu'un syndrome du compartiment peut survenir à la suite d'un traumatisme à un membre, il faut aussi savoir qu'il peut se produire dans d'autres situations.

Un article d'intérêt pour les médecins qui font des chirurgies

Le diagnostic de syndrome du compartiment aigu constitue souvent un défi pour les professionnels de la santé et peut même échapper aux cliniciens les plus avisés. Cela peut se produire malgré le fait que la majorité des médecins appelés à gérer des traumatismes aux membres inférieurs connaissent les risques que pose cet état clinique dans les situations de traumatisme évident.

Un examen récent des dossiers juridiques conclus de l'ACPM révèle toutefois l'existence d'une source de préoccupation moins connue, soit le syndrome du compartiment d'un membre sain. Bien que les ouvrages médicaux mentionnent et reconnaissent le syndrome du compartiment d'un membre sain secondaire à une position de lithotomie ou d'hémilithotomie, ce syndrome représente un risque médico-légal pour les membres de l'ACPM. Ce syndrome peut survenir à la suite du positionnement de patients en vue d'interventions chirurgicales gynécologiques, générales, plastiques, orthopédiques ou autres nécessitant le soutien des membres inférieurs (p.ex., à l'aide d'appuie-jambes et de divers types d'étriers).

Exposé de cas

Une patiente de 50 ans, ménopausée et obèse, se plaignant d'incontinence, de dysurie et d'épisodes d'énurésie, se rend en consultation chez un gynécologue. L'examen physique révèle une cystocèle de grade III, un prolapsus utérin et une rectocèle de grade III, ainsi qu'une masse sur l'ovaire gauche, qui sera confirmée par échographie pelvienne. Le gynécologue recommande l'excision chirurgicale pour écarter toute possibilité de malignité.

Lors de l'opération, la patiente est en position de lithotomie (hyperflexion des hanches). Ses pieds ont été placés dans les étriers et des bas de compression gradués ont été enfilés aux membres inférieurs. Une hystérectomie totale avec salpingo-ovariectomie est pratiquée par voie abdominale, suivie d'une suspension de l'urètre par laparoscopie (technique de Burch). Un saignement veineux au côté droit de la région pelvienne est contrôlé par la mise en place de clips. La patiente a dû recevoir des transfusions sanguines au cours de l'intervention, qui a duré plus de six heures.

Après la chirurgie, la patiente est transférée aux soins intensifs afin d'y être surveillée. Elle se plaint de douleurs abdominopelviennes. Le taux de perfusion de l'épidurale est augmenté. La patiente se plaint d'une douleur bilatérale aux jambes pendant la nuit. Son état est réévalué tôt le matin, alors qu'elle se plaint d'une douleur aux mollets et d'une douleur abdominale généralisée.

Plus tard, au cours de la première journée postopératoire, la douleur aux jambes devient sévère. Le médecin de l'unité des soins intensifs examine la patiente et constate une tension aux mollets ainsi qu'une diminution de la sensation sur la face dorsale du pied gauche. Un chirurgien orthopédique l'évalue ensuite d'urgence et confirme le diagnostic d'un syndrome du compartiment bilatéral. La patiente est amenée en salle d'opération, où elle subit une fasciotomie aux deux jambes. Les plaies sont refermées quatre jours plus tard. La patiente reste avec un pied tombant du côté gauche et une mobilité réduite.

En bref

  • Le syndrome du compartiment d'un membre sain a été associé aux interventions chirurgicales prolongées pendant lesquelles les membres inférieurs sont placés en position non anatomique.
  • Le syndrome est une cause possible de traumatisme chez les patients.
  • Pour gérer les risques, les médecins devraient prendre en considération les questions suivantes :
  • Pour une raison ou une autre, le risque que cette complication survienne est-il élevé pour le patient?
  • Le positionnement du patient est-il approprié?
  • Les coussins sont-ils utilisés de façon appropriée?
  • Y a-t-il des questions particulières dont il faut tenir compte lors de la prise en charge postopératoire?

 


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