Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Le syndrome de la queue de cheval : Un cas à reconnaître et à traiter promptement

Un article écrit par des médecins, pour des médecins
Publié initialement en juin 2007
IL0720-1-F

Résumé

Le syndrome de la queue de cheval n'est pas fréquent, mais peut entraîner une incapacité grave et prolongée. Il convient donc d'en connaître les symptômes et signes, d'examiner le patient adéquatement et d'obtenir rapidement les investigations et les consultations pour aider à éviter le risque d'incapacité.

 

Un article d'intérêt pour les médecins qui prescrivent des tests et en interprètent les résultats

Les médecins doivent souvent évaluer et traiter des patients atteints de douleurs lombaires étant parfois associées à une hernie discale. Le syndrome de la queue de cheval est une complication relativement rare mais importante de la saillie d'un disque intervertébral accompagnée d'une fuite normalement volumineuse du noyau gélatineux, qui comprime les racines nerveuses lombaires et sacrées dans la région centrale, compromettant alors la fonction de multiples racines nerveuses. Ce syndrome peut être accompagné d'une atteinte de la fonction motrice et sensorielle, notamment de problèmes intestinaux ou urinaires. Le diagnostic et le traitement en temps opportun du syndrome de la queue de cheval peuvent prévenir les risques de séquelles importantes chez le patient, et peut-être même éviter des problèmes médico-légaux pour les médecins concernés. Le cas suivant vous est présenté à partir des dossiers de l'ACPM portant sur ce syndrome.

Étude de cas

Un ébéniste de 40 ans se blesse au dos en effectuant une torsion du tronc alors qu'il est accroupi. Il arrive à l'urgence en se plaignant de l'apparition d'une douleur soudaine. Aucun déficit neurologique n'est détecté. Selon l'urgentologue, il s'agit d'une entorse lombaire. Il accorde donc congé au patient, après lui avoir prescrit des anti-inflammatoires et des analgésiques.

Le patient se rend à la clinique locale environ une semaine plus tard. Comme l'évaluation clinique est rassurante, le médecin suggère au patient d'effectuer un retour progressif au travail.

La douleur s'étant aggravée, le patient retourne à l'urgence deux jours plus tard. L'examen clinique révèle une hypoesthésie de la face latérale du pied droit avec diminution de la dorsiflexion (de grade 4/5) du gros orteil et absence du réflexe achiléen. D'après le diagnostic de l'urgentologue, il s'agit d'une hernie discale au niveau L4/L5. Un rendez-vous est pris pour une évaluation radiologique en externe. Le patient reçoit alors son congé ainsi qu'une ordonnance appropriée pour un narcotique puissant.

Deux jours plus tard, comme la douleur continue de s'aggraver et que le narcotique n'apporte pas de soulagement, le patient se présente à nouveau à l'urgence. Le médecin, qui note l'importance de la progression des signes neurologiques, de la douleur sévère et des visites répétées à l'urgence, fait admettre le patient pour contrôler sa douleur et lui faire passer de nouveaux examens de diagnostic.

Le patient subit une radiographie simple et des mesures sont prises pour qu'il ait une tomodensitométrie d'urgence. Toutefois, en raison de la douleur présente, le patient ne peut subir la tomodensitométrie en décubitus dorsal. Il est donc placé en décubitus ventral, ce qui ne permet pas de confirmer le diagnostic d'une hernie discale lombaire au niveau L4/L5. Une autre tomodensitométrie non urgente est prescrite. Au cours de son hospitalisation, le patient fait de la rétention urinaire et doit être cathétérisé. Le lendemain, il présente une incontinence intestinale. Le médecin n'adresse pas le patient à d'autres spécialistes. Il ne consulte pas non plus de spécialiste lui-même pour discuter de ce patient et ne cherche pas à devancer la date du rendez-vous pour la tomodensitométrie de contrôle.

Résultat clinique

Ce n'est que lorsque le patient est réévalué deux jours plus tard par un nouveau médecin de garde que le diagnostic du syndrome de la queue de cheval est posé compte tenu des signes et symptômes. Une tomodensitométrie d'urgence du rachis lombaire inférieur confirme la présence d'une hernie discale centrolatérale volumineuse comprimant les racines nerveuses. Le patient est donc transféré dans un centre de soins tertiaires où il subit immédiatement une chirurgie. Malheureusement, le patient souffre de séquelles permanentes sur les plans urinaire, rectal et sexuel.

Action en justice

Le patient a intenté une action en justice et le médecin qui l'avait admis a ultimement été le seul médecin nommé dans le cadre de celle-ci.

Dans l'action en justice, les experts ont critiqué ce médecin pour les raisons suivantes :

  • l'anamnèse ne comprenait aucune question sur des problèmes intestinaux ou urinaires;
  • l'évaluation physique ne comprenait aucune vérification du tonus rectal ni d'examen de la région périnéale;
  • la rétention urinaire, l'incontinence intestinale et l'hypoesthésie périnéale constituaient des signes importants qui n'ont pas été évalués; et
  • il n'y a eu aucune consultation appropriée avec un spécialiste.

Issue juridique

Il n'a pas été possible d'obtenir l'appui des experts pour les soins du médecin nommé dans le cadre de cette action. Ce cas a dû être réglé en faveur du patient et l'ACPM a versé une indemnisation à ce dernier au nom du médecin membre.

Bien que le syndrome de la queue de cheval soit relativement rare et puisse être difficile à diagnostiquer, ce cas démontre que les médecins devraient tenir compte de la possibilité d'un tel diagnostic chez certains patients souffrant de douleur lombaire accompagnée de signes et symptômes neurologiques pouvant suggérer ce syndrome.

 

 


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