Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Se pourrait-il que la patiente soit enceinte?

Un article écrit par des médecins, pour des médecins
Publié initialement en mars 2011
P1101-1-F

Il existe des investigations, des traitements médicaux et des interventions chirurgicales susceptibles de présenter un danger pour le fœtus. Si une grossesse est décelée avant que l'un d'entre eux ne soit entrepris, le médecin et la patiente peuvent avoir une discussion probante sur les risques physiques possibles pour le fœtus, ainsi que les risques physiques et émotifs possibles pour la mère.

Suggestions en matière de gestion des risques

Tout médecin qui envisage une investigation ou un traitement pour une patiente doit se poser les questions suivantes :

  • Est-il possible que la patiente soit enceinte? Si une grossesse s'avère une possibilité, a-t-elle été exclue à l'aide d'un test approprié effectué à un moment approprié? Le test devrait-il être répété en cours d'intervention?
  • Les résultats de tests en suspens ont-ils été étudiés?
  • Une discussion au sujet de l'importance d'une méthode de contraception efficace a t-elle eu lieu avec la patiente?
  • La patiente a-t-elle été informée des risques et des avantages, pour elle et pour le fœtus, de l'investigation ou du traitement envisagé?
  • Les limites et la sensibilité des tests de grossesse sont-elles connues?
  • Si une patiente a été exposée à une investigation ou à un traitement susceptible de présenter un danger pour le fœtus et qu'il est découvert par la suite qu'elle est enceinte, une discussion avec la patiente a-t-elle eu lieu afin d'évaluer les risques et les avantages de poursuivre ou d'interrompre la grossesse?
  • Existe-t-il des protocoles visant à aborder la possibilité d'une grossesse? Sinon, de tels protocoles seraient-ils nécessaires?

Les membres de l'ACPM qui auraient des préoccupations médico-légales relatives à des situations semblables devraient communiquer avec l'Association pour obtenir conseil.  

Pour en savoir davantage

  • Analyse des dossiers : à partir de ses cas médico-légaux conclus entre 2004 et 2010, l'ACPM a identifié 19 situations cliniques de grossesses non diagnostiquées avant la prescription ou l'exécution d'investigations ou de traitements. Lire la suite
  • Opinions des experts : les pairs experts qui ont étudié les dossiers médicaux dans les cas de grossesses non diagnostiquées ont produit les constatations et observations suivantes. Lire la suite
  • Scénario clinique : une femme de 27 ans est traitée par un gynécologue pour dysplasie cervicale et mastalgie. Lire la suite

Analyse des dossiers

Sur ces 19 dossiers, 11 sont des actions en justice, un est une menace d'action et sept sont des plaintes à un organisme de réglementation de la médecine (Collège). Parmi les actions en justice et la menace d'action, six ont été rejetées et six ont été réglées hors cour. Le Collège a rejeté une plainte et les six autres ont résulté en une mise en garde ou ont été renvoyées à un comité.

La majorité des médecins cités dans l'analyse étaient des obstétriciens-gynécologues. La fourchette d'âge des patientes se situait entre 15 et 39 ans.

Neuf patientes ont subi des interventions chirurgicales y compris la laparoscopie, l'hystérectomie, l'insertion d'un stérilet, la biopsie endométriale et la chirurgie bariatrique; neuf autres patientes ont subi une investigation ou ont commencé un traitement médical hormonal ou dermatologique ou une chimiothérapie.

Un dossier était lié à l'imagerie diagnostique.

Dans trois des dossiers, un test de grossesse avait été effectué mais le résultat était inconnu du médecin le plus responsable avant l'intervention.

Cinq patientes ont choisi de poursuivre leur grossesse; six ont opté pour un avortement  thérapeutique; quatre ont fait une fausse couche; trois ont reçu un diagnostic au moment de l'hystérectomie et l'issue finale d'une patiente est inconnue.

Opinions des experts

  • Les médecins méconnaissaient les politiques hospitalières exigeant un test de grossesse avant de procéder à certaines investigations et à certains traitements
  • La communication entre les professionnels de la santé au sujet de la grossesse de la patiente était inadéquate
  • La documentation de l'évaluation clinique, des options thérapeutiques et de la discussion en vue d'obtenir le consentement était inadéquate.
  • Les médecins n'étaient pas sensibilisés au fait qu'il pouvait y avoir un délai important entre la conception et un résultat positif à un test urinaire ou sérique de la grossesse. Même lorsqu'un test de grossesse avait été effectué, si le médecin soupçonnait toujours qu'une patiente puisse être enceinte, il aurait dû songer à répéter le test approprié.
  • Avant d'amorcer toute investigation ou tout traitement ayant un potentiel de tératogénèse ou d'atteinte du fœtus, la possibilité d'une grossesse aurait dû être évaluée et les risques de devenir enceinte discutés avec la patiente.
  • Les méthodes de contraception auraient dû être évaluées avant d'amorcer toute investigation ou tout traitement. Si la méthode utilisée n'était pas jugée efficace, des méthodes de rechange auraient dû être discutées avec la patiente.
  • Si la méthode de contraception avait été abandonnée avant d'amorcer une investigation ou un traitement, le médecin aurait dû songer à discuter d'autres méthodes de contraception avec la patiente.
  • Si le fœtus avait été exposé à une investigation ou à un traitement susceptible de présenter un danger et que la patiente optait de poursuivre la grossesse, il aurait peut-être été utile de procéder aux investigations appropriées visant à évaluer l'état du fœtus. Une consultation auprès d'un autre professionnel de la santé s'avère souvent nécessaire.

Scénario clinique

Le gynécologue est conscient que la seule méthode de contraception qu'elle utilise est le gel spermicide. Ils discutent brièvement d'autres méthodes de contraception plus efficaces, que la patiente refuse. Comme un test de Papanicolaou a récemment révélé un carcinome in situ (HSIL), la patiente subit une excision électrochirurgicale à l'anse (technique LEEP) avec sédation procédurale. Une thérapie au danazol (Cyclomen) pour traiter la mastalgie est entreprise trois semaines avant la technique LEEP.

Six semaines après l'intervention, la patiente se présente au service d'urgence avec des douleurs au bas du ventre. Une échographie révèle un fœtus viable de 15 semaines. À la suite d'une discussion avec son gynécologue, la patiente décide d'interrompre la grossesse.

Une action en justice est intentée contre le gynécologue alléguant le défaut d'exclure une grossesse avant d'amorcer le traitement au danazol et d'effectuer la technique LEEP. De nombreux pairs experts affirment que ni la technique LEEP ni la sédation procédurale ne posent de risques importants pour le fœtus. Toutefois, ils sont unanimes dans leur critique des éléments suivants :

  • l'absence d'une discussion des risques associés au danazol au moment d'obtenir le consentement;
  • la décision d'amorcer le traitement au danazol sans vérifier si la patiente était enceinte;
  • le défaut d'informer la patiente de l'importance d'une méthode de contraception efficace.En l'absence de l'appui des experts, l'ACPM a versé un règlement à la patiente au nom du gynécologue membre.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.