Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Une gestion efficace des résultats d’examens améliore la sécurité des patients

Un article écrit par des médecins, pour des médecins Publié initialement en juin 2011
P1102-3-F

De plus en plus de données probantes révèlent qu'une gestion efficace des résultats d'examens, d'analyses de laboratoire et de rapports d'imagerie diagnostique améliore la sécurité des patients.

En bref

  • Les médecins devraient avoir en place un système efficace pour gérer le suivi des résultats d'investigations.
  • Les médecins qui prescrivent des examens diagnostiques ont l'obligation de communiquer les résultats au patient et de faire des efforts raisonnables pour s'assurer qu'un suivi est effectué.
  • Les médecins qui reçoivent, même fortuitement, un rapport faisant état d'un résultat anormal, peuvent avoir l'obligation d'y répondre de façon appropriée ou d'acheminer le rapport, même si le patient n'est plus, ou n'a jamais été sous leurs soins.
  • Les médecins devraient documenter qu'ils ont pris connaissance des résultats d'examens et préciser les mesures de suivi qui ont été prises.
  • Les médecins qui prennent des congés ou qui s'absentent pendant une période prolongée devraient établir un processus pour assurer le suivi des investigations.


L'essor des nouvelles technologies a renforcé les capacités diagnostiques. Les professionnels de la santé ont maintenant la possibilité d'obtenir des améliorations correspondantes dans la gestion des résultats d'examens et d'analyses de laboratoire et des rapports d'imagerie diagnostique.

De nos jours, dans le milieu complexe des soins de santé, il peut être difficile de gérer le suivi des résultats. En effet, les échanges d'information se font entre de multiples professionnels, à l'aide d'une panoplie de processus, sur supports électroniques et papier. Comme les résultats peuvent être transmis sous formes diverses et par plusieurs moyens, les risques associés à une mauvaise communication ou à un manque de suivi sont toujours présents. L'introduction des soins interprofessionnels et l'élargissement des champs d'exercice viennent compliquer davantage cet aspect des soins. Reconnaissant que le manque de suivi des résultats d'investigations peut contribuer à de mauvais résultats cliniques pour les patients et à des problèmes médico-légaux pour les médecins, cet article présente des stratégies efficaces pour améliorer la gestion des résultats et des rapports.

L'ACPM a effectué une analyse de ses dossiers médico-légaux liés à des actions en justice et à des plaintes déposées aux organismes de réglementation (Collèges), dossiers conclus entre 2006 et 2010, où il était allégué que la gestion des résultats d'examens et d'analyses de laboratoire et de rapports d'imagerie diagnostique dans un cabinet médical avait contribué à un délai de diagnostic. Soixante-seize dossiers ont été dénombrés, dont 43 étaient des plaintes déposées au Collège et 33 des actions en justice. Un pourcentage élevé de ces actions en justice ont été réglées au nom des médecins, des hôpitaux et des laboratoires. Ce sont les omnipraticiens qui étaient le plus souvent nommés dans les actions en justice tout comme dans les plaintes déposées aux Collèges, puis suivent loin derrière les chirurgiens généraux et les urgentologues.

Plus de 50 % des dossiers analysés portaient sur des patients atteints d'une néoplasie. Il s'agissait, entre autres, de cancers du poumon, du sein, du système digestif, du col et de la prostate. Des patients ayant des blessures et des fractures étaient en cause dans 15 % des dossiers, et d'autres atteints de maladies du système circulatoire étaient en cause dans 7 %.

Ces cas soulignent l'importance d'établir des processus clairement définis et des systèmes éprouvés pour assurer le suivi des résultats.

Problèmes déterminés

Le manquement d'effectuer un suivi des résultats d'examens et d'analyses de laboratoire ou des rapports d'imagerie diagnostique était l'un des problèmes les plus fréquents déterminés dans le cadre de cette analyse. Ce manquement se traduisait par un délai dans le suivi, aucun suivi, ou un processus inadéquat pour assurer le suivi.

Les données ont révélé la nécessité d'améliorer les systèmes et de prévenir les manquements en matière de suivi dans les activités suivantes :

  • prise des rendez-vous pour les examens et les investigations prescrites par un médecin
  • suivi auprès des patients ayant annulé un rendez-vous ou ne s'étant pas présentés
  • suivi des investigations effectuées pour lesquelles aucun rapport n'a été reçu
  • indication de la date et apposition des initiales lors de la réception des rapports au cabinet
  • signalisation des rapports devant être évalués par le médecin avant d'être classés
  • demande de lecture complète des rapports pour assurer la saisie de tous les renseignements clés
  • signalisation des résultats anormaux (c.-à-d., analyse de sang, radiographie, tomodensitométrie) et identification des patients nécessitant un suivi urgent ou de routine
  • communication des résultats des investigations aux patients et à d'autres professionnels, comme des consultants
  • numérisation ou classement des résultats d'examens au dossier du patient
  • dispositions pour assurer la continuité des soins lors du déménagement ou de l'absence du médecin pour une période prolongée (congé parental ou vacances).

Bien que cette analyse des dossiers de l'ACPM se soit concentrée sur la gestion des résultats d'examens et d'analyses de laboratoire et des rapports d'imagerie diagnostique dans les cabinets médicaux, les médecins et leur personnel n'étaient pas les seules personnes mises en cause. Dans de nombreux cas, d'autres professionnels de la santé ainsi que des établissements de santé ont également été impliqués. Par exemple, dans un cas, le suivi de la radiographie d'un patient atteint du cancer n'a pas été effectué en raison d'un problème avec le système de suivi de l'hôpital et celui du cabinet du médecin. Les hôpitaux, les laboratoires, les autres professionnels de la santé et leur personnel sont également tenus de communiquer les résultats et de faciliter le suivi. Chaque membre de l'équipe est responsable des soins qu'il prodigue.

Un précédent jurisprudentiel établi, ainsi que les politiques de nombreux Collèges, ont confirmé que le médecin qui prescrit une investigation est responsable d'en assurer le suivi approprié et en temps opportun. Les tribunaux ont déterminé qu'un médecin qui demande une investigation doit être confiant qu'il existe des systèmes, tant dans son cabinet que dans le laboratoire ou l'établissement, pour veiller de façon raisonnable à ce que les résultats de l'investigation soient reçus en temps opportun. Le protocole ou le système en place doit également prévoir des mesures appropriées pour que les résultats soient transmis au patient et que le suivi nécessaire soit assuré. Le système doit signaler ou permettre de revoir des résultats cliniques douteux pour des examens ou des études diagnostiques prescrites par un médecin.

Dans des situations urgentes, ou lorsqu'un médecin a pris en charge un patient ayant un risque plus élevé de recevoir un résultat clinique douteux, il est prudent d'effectuer un suivi plus étroit.

Il n'est pas inhabituel qu'un médecin reçoive les résultats d'investigations demandées par un autre médecin ou professionnel de la santé pour un patient qu'il ne voit plus régulièrement ou, parfois même, pour un patient qu'il n'a jamais pris en charge. Lorsqu'un médecin reçoit un rapport faisant état d'un résultat anormal – qu'il ait demandé l'investigation ou non – il peut avoir l'obligation d'y donner suite ou de le transmettre à un tiers, même si le patient n'est plus sous ses soins ou ne l'a jamais été. Dans de telles circonstances, le médecin peut minimiser les risques de problèmes dans le suivi de résultats faisant état d'une anomalie sur le plan clinique en informant :

  • le médecin ayant prescrit l'investigation, le laboratoire ou l'hôpital
  • le professionnel de la santé qui s'occupe du patient
  • le patient, dans des cas extrêmes.

Un avis envoyé par écrit au laboratoire ou au centre d'examens diagnostiques peut réduire la probabilité que les résultats soient mal acheminés dans l'avenir.

Bien que le médecin soit normalement responsable de présenter les résultats du rapport au patient, il se peut, dans certains cas urgents, que le laboratoire ou l'établissement de soins de santé doive prendre les mesures nécessaires pour informer les patients.

Stratégies visant à améliorer le suivi des investigations

La première étape pour régler les problèmes de suivi dans un cabinet médical consiste à établir un diagramme de flux de processus, des sources et des formats des rapports, et de valider l'efficacité du système de gestion.

Une telle analyse aidera les médecins à déterminer comment améliorer la gestion des résultats d'investigations ce qui, en bout de ligne, servira à améliorer les soins aux patients.

Dans le cadre de l'élaboration et de l'amélioration des systèmes, des médecins dirigeants se sont tournés vers l'industrie du transport aérien qui doit aussi composer avec une faible tolérance pour l'erreur, où les conséquences de non conformité aux systèmes peuvent être désastreuses. Les suggestions et les méthodes suivantes peuvent aussi s'appliquer aux milieux des soins de santé : 1, 2

  • Favoriser une culture juste en matière de sécurité. Exiger que tous les membres du personnel du cabinet aient la responsabilité de relever et de signaler les problèmes de suivi des rapports. Déterminer les faiblesses dans les processus et tenter de prévoir les défaillances du système. Créer un milieu où les commentaires sont bien accueillis et les suggestions sont encouragées.
  • Normaliser et simplifier les processus autant que possible. Veiller à ce que les directives soient connues et observées. Il peut être utile d'avoir en place des listes de vérification, des schémas de procédé et des systèmes de repérage ou de contrôle.
  • Envisager le recours à de nouvelles technologies comportant des systèmes intégrés tels que rappels, alertes et outils de documentation. Reconnaître que l'efficacité d'un système dépend de l'engagement envers son utilisation.
  • Prioriser les résultats d'examens en fonction de catégories telles que « urgent », « critique », « suivi requis » ou « résultats attendus ». Un système de codification peut servir à conscientiser le personnel aux priorités et à déclencher le suivi nécessaire.
  • Faire participer les patients à leurs propres soins peut aider à consolider les systèmes de suivi. En effet, une discussion des raisons pour lesquelles une investigation a été demandée permet au patient de reconnaître son importance au plan clinique.
  • Éviter l'approche de « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » lorsqu'il est question des résultats d'examens et d'analyses de laboratoire et des rapports d'imagerie diagnostique. À moins que les systèmes utilisés pour gérer ces résultats ne soient particulièrement exigeants, cette approche risque de ne pas protéger suffisamment les patients. Plusieurs Collèges ont émis des mises en garde aux médecins concernant cette approche.

Communiquez avec l'ACPM

Bien que l'ACPM ne puisse guider les membres sur le choix d'un système permettant de gérer le suivi des résultats d'examens et d'analyses de laboratoires et des rapports d'imagerie diagnostique, les membres ayant des questions concernant le suivi des investigations peuvent communiquer avec l'Association. Les médecins-conseils de l'ACPM sont à la disposition des membres pour discuter avec eux et pour leur offrir des conseils. Vous pouvez joindre l'Association par téléphone au 1-800-267-6522 ou par voie électronique en soumettant un formulaire de demande d'assistance médico-légale/courriel web, qui se trouve sur le site web de l'ACPM à cmpa-acpm.ca.

1. Lippman H., Davenport J. « Sued for misdiagnosis? It could happen to you ». Journal of Family Practice (2010). Sept; 59(9):489-508.
2. California Academy of Family Physicians. « Diagnosing and treating medical errors in family practice ». San Francisco: The Academy; 2002. 5 p.


AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.