Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Le professionnalisme médical – ce que l’avenir nous réserve

Publié initialement en octobre 2012
P1204-5-F

L'ACPM estime que le professionnalisme médical est plus important maintenant que jamais, tant pour les médecins à titre individuel que pour la collectivité dans son ensemble. En plus des défis quotidiens amenés par la prestation des soins médicaux, les médecins continuent de faire face à certains enjeux qui façonneront l'avenir de la profession et du professionnalisme médical. L'ACPM estime qu'au moins quatre facteurs déterminants, ancrés dans les principes du professionnalisme, définiront la profession au cours des prochaines années.

  • Le rôle des médecins dans la transformation des soins de santé
  • L'évolution de l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins
  • L'indépendance clinique continue
  • L'avenir de l'autoréglementation

La transformation des soins de santé

Il est évident que les soins de santé subissent actuellement une transformation. Dans ce contexte, nous devons miser sur les composantes efficaces du système actuel tout en cherchant des moyens plus efficaces d'offrir des soins de qualité supérieure aux populations de patients dont les besoins changent et dont les attentes ne cessent d'augmenter. Le besoin d'adopter une approche davantage axée sur les patients et les résultats se trouve au cœur de cette transformation.

Il est évident que les soins de santé subissent actuellement une transformation. Dans ce contexte, nous devons miser sur les composantes efficaces du système actuel tout en cherchant des moyens plus efficaces d'offrir des soins de qualité supérieure aux populations de patients dont les besoins changent et dont les attentes ne cessent d'augmenter. Le besoin d'adopter une approche davantage axée sur les patients et les résultats se trouve au cœur de cette transformation.

Même si de nombreuses organisations médicales et de soins de santé ont milité en faveur de cette transformation, le progrès demeure lent. D'une part, le rythme auquel les choses avancent témoigne du besoin de parvenir à un consensus entre les nombreuses parties intéressées, dont les gouvernements, les autorités de santé, les médecins, d'autres professionnels de la santé, des groupes de patients et d'autres intervenants.

Dans le cadre des principes fondamentaux qui sous-tendent le professionnalisme médical, les médecins doivent contribuer aux débats qui mèneront vers une transformation du système de santé. Cette responsabilité reflète l'obligation de la profession envers les patients et la société dans son ensemble. Une participation constructive, une volonté de placer les besoins de la société devant ceux des individus ou de la profession et une perspective axée sur la recherche de solutions permettront de renforcer la confiance que les Canadiens continuent d'accorder aux médecins.

L'amélioration de la qualité et la contribution à la pratique médicale sécuritaire

Ce numéro spécial a souligné l'importance de la confiance, de l'intégrité et de la compétence clinique pour faire en sorte que la profession demeure dynamique et qu'elle continue d'occuper la place de choix qui lui revient. La volonté d'apprendre des événements indésirables (accidents au Québec) qui surviennent et de participer au processus d'amélioration de la qualité est inhérente aux qualités susmentionnées. L'amélioration appropriée de la qualité axée principalement sur des questions systémiques est également un moyen d'améliorer la sécurité des soins de façon considérable.

Les médecins jouent un rôle crucial en appuyant le processus d'amélioration de la qualité, à la fois en participant activement aux examens et en préconisant une juste culture de sécurité. Dans une juste culture, l'accent est placé sur l'apprentissage, l'amélioration du système et la résolution; en outre, la pratique qui consiste à trouver un responsable, à lui attribuer le blâme et à le culpabiliser n'est pas tolérée. Le rôle des médecins s'inscrit directement dans la responsabilité professionnelle des médecins de contribuer au bien de la société. L'ACPM estime que la participation active et constructive des médecins à l'amélioration de la qualité des soins demeure essentielle pour assurer la réussite de la profession. C'est précisément ce que les patients et le public attendent de la profession médicale. L'Association canadienne de protection médicale est également d'avis que les médecins devraient participer à des initiatives d'amélioration de la qualité bien orchestrées.1

L'indépendance clinique continue

L'indépendance clinique est l'un des principaux attributs de la médecine, car c'est elle qui permet aux médecins de formuler des recommandations appropriées sur le plan clinique sans subir l'influence indue de gouvernements, d'hôpitaux et d'autres organisations. Une telle indépendance clinique est cruciale pour la relation entre le médecin et son patient et fait en sorte que les patients savent que leurs intérêts passent en premier. L'indépendance clinique se manifeste entre autres dans le rôle traditionnel du médecin en tant qu'entrepreneur indépendant, redevable avant toute chose au patient.

Le rôle traditionnel de l'entrepreneur indépendant, dont le meilleur exemple est sans doute le modèle de prestation des soins sous forme de privilèges hospitaliers, est également en évolution. De plus en plus de médecins optent pour un arrangement qui ressemble à un contrat d'emploi avec des autorités de santé, des hôpitaux et d'autres établissements. À condition que les protections médico-légales nécessaires soient en place, ces arrangements peuvent procurer certains avantages; cependant, l'ACPM est d'avis que les médecins doivent songer longuement à la perte de leur indépendance clinique et aux conséquences de cette perte sur les principes du professionnalisme médical.

Dans un contexte de contraintes fiscales, le professionnalisme et la déontologie médicaux exigent des médecins qu'ils pèsent attentivement les coûts et les données. Les médecins pourraient se demander comment arriver à conserver leur indépendance tout en agissant à titre de gardiens des ressources d'une organisation ou de la société. La plupart des médecins conviennent que l'accent devrait être placé sur les principes de la médecine axée sur les données probantes et non sur la restriction de soins coûteux.2

L'avenir de l'autoréglementation

L'obligation des médecins de respecter certaines normes de pratique et la réglementation de la pratique par des autorités médicales afin d'assurer le respect de ces normes et de protéger l'intérêt du public sont inhérentes à l'autonomie relative accordée à la profession médicale. Si l'autoréglementation est une marque distinctive de la profession depuis longtemps, c'est aussi un privilège accordé par la société, qui peut être retiré. Dans de multiples administrations, l'ACPM observe le déploiement d'efforts visant à réduire la mesure dans laquelle la médecine s'autoréglemente. Le concept de la réglementation professionnelle devient de plus en plus courant, comme en témoigne entre autres l'augmentation du nombre de membres de conseils de réglementation de la médecine qui ne sont pas médecins.

Dans certaines provinces, le gouvernement a les pouvoirs législatifs nécessaires pour nommer un superviseur d'un organisme de réglementation de la médecine (Collège) s'il se préoccupe de la qualité des mesures d'administration ou de gestion du Collège ou de sa capacité de respecter ses autres obligations ou d'exercer ses pouvoirs. Afin de conserver le privilège de l'autoréglementation, les médecins canadiens devront illustrer un engagement continu envers la pratique médicale sécuritaire. Dans une ère où les obligations de rendre compte augmentent, des mécanismes comme l'autoréglementation seront scrutés à la loupe. Les médecins devraient donc prendre le temps de comprendre les avantages de ce privilège et d'en assurer la durée de vie à long terme.

Conclusion

Il ne fait aucun doute qu'une incertitude continuera de planer sur le système de santé canadien au cours des prochaines années. Si ce contexte dynamique procure des occasions aux médecins de contribuer à une transformation considérable des soins de santé, il n'en demeure pas moins qu'il constitue une menace pour la profession, dont celle de miner les principes fondamentaux qui définissent depuis longtemps le professionnalisme médical.

L'ACPM estime que les prochaines années seront des années pivot dans l'établissement de la voie à suivre pour la profession. L'Association encourage fortement ses membres à se tenir au fait des questions qui entourent le professionnalisme et à être conscients des gestes individuels et collectifs pouvant influencer l'avenir de la profession.

Enfin, il convient de rappeler que les principaux bénéficiaires d'une profession médicale solide et dynamique sont les patients. En faisant preuve de professionnalisme et en personnifiant les principes de la profession, les médecins continuent de faire passer les intérêts de leurs patients avant tout.


RÉFÉRENCES

  1. Association médicale canadienne, Évolution de la relation professionnelle entre les médecins du Canada et notre système de santé : Où en sommes-nous? 2012
  2. Rosenbaum, L., Lamas, D., « Cents and sensitivity – Teaching physicians to think about costs, » New England Journal of Medicine (2012) vol. 367, no 2 p. 99-101

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.