Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Surmonter les biais dans l'exercice de la médecine

Publié initialement en décembre 2012
P1205-3-F

Comme d'autres professionnels de la santé, les médecins peuvent avoir des biais conscients ou inconscients qui influent sur la prestation des soins. Le fait de comprendre et de tenir compte des biais éventuels peut aider les médecins à améliorer les soins prodigués aux patients, et à réduire les risques médico-légaux dans leur pratique.

Que sont les biais et les préjugés?

Un biais est une tendance ou une disposition qui empêche la personne de tenir compte d'un enjeu, ou une disposition selon laquelle elle favorise une perspective en particulier aux dépens de toute autre. Dans le cas des soins cliniques, de tels biais (dispositions à réagir) englobent les réactions à des stimuli ou à des indices précis durant la rencontre avec le patient. Le terme préjugé renvoie à des attitudes préconçues et défavorables envers un groupe qui partage des caractéristiques communes.

De nombreux biais peuvent influer sur la prise de décision et le diagnostic dans le cadre de l'exercice de la médecine. Cet article décrit deux genres de biais importants :

  1. Biais affectifs (intrusion des sentiments et des émotions du médecin), y compris les préjugés liés aux droits de la personne
  2. Biais cognitifs (déformations de la pensée)

Les biais affectifs et cognitifs peuvent avoir des répercussions potentiellement graves sur les soins du patient. Plus souvent qu'autrement, les biais des médecins sont inconscients1, et il se peut qu'un médecin ne se rende pas compte de ses propres tendances. Néanmoins, pour assurer la prestation de soins de qualité aux patients, les médecins doivent tenter de reconnaître et d'éliminer leurs biais et leurs préjugés.

Les biais affectifs

Il est de plus en plus reconnu que les réactions émotionnelles inconscientes du médecin envers un patient ou une circonstance peuvent entraver l'établissement d'un diagnostic juste, ainsi que la prise de décision. À titre d'exemple de situations où les patients sont parfois jugés d'avance ou que leurs symptômes passent sous silence sans être évalués suffisamment, notons les patients qui souffrent de problèmes de santé telle la maladie mentale, l'abus d'alcool ou d'autres drogues, l'obésité et certaines maladies transmissibles, qui présentent des antécédents d'inobservance thérapeutique ou qui ont pris des rendez-vous fréquents pour des motifs estimés frivoles. Les personnes provenant de différentes cultures ou ayant certaines orientations sexuelles ou encore un faible statut socio-économique peuvent également déclencher un biais affectif.

Les médecins peuvent gagner de nouvelles perspectives et abandonner leurs biais et leurs préjugés personnels en se renseignant davantage sur des enjeux précis ou des groupes de patients. À titre d'exemple, un médecin pourrait décider de se renseigner sur les problèmes de santé ou les facteurs de risque propres aux patientes lesbiennes, aux patients gais, bisexuels et transgenres, aux nouveaux immigrants d'une origine ethnique précise, ou aux patients dont les croyances religieuses peuvent influer sur les choix et les décisions en matière de soins de santé. Une activité de développement professionnel continu portant sur des enjeux de santé précis propres à une population de patients peut également s'avérer utile.

Au Canada, certains préjugés sont nettement reconnus comme étant discriminatoires et la discrimination est interdite par la loi. Par exemple, la discrimination fondée sur le sexe, la race, l'âge, l'incapacité et l'orientation sexuelle n'est pas permise.

La bienfaisance et la justice sociale – principes fondamentaux de l'exercice de la médecine – exigent que les médecins s'emploient à éliminer la discrimination dans les soins de santé et qu'ils respectent les droits de la personne de leurs patients. L'ACPM recommande aux médecins de prendre des mesures pour réduire le risque d'allégations de violation des droits de la personne. (Vous référer aussi l'article Mettre fin à la relation médecin-patient.)

Les biais cognitifs en matière de prise de décision et de diagnostic

Au cours des dernières années, la recherche dans les domaines de la psychologie cognitive et de la médecine a mis en lumière les importantes répercussions des biais cognitifs sur le raisonnement, la prise de décision et le diagnostic. Les biais cognitifs sont des déformations de la pensée. Parmi les plus courants, notons l'ancrage (centrer l'attention sur un symptôme ou un diagnostic sans tenir compte d'autres possibilités), la conclusion prématurée (accepter sans réserve un diagnostic initial), et la satisfaction par rapport à la recherche (interrompre la recherche dès qu'une seule anomalie est décelée).

Le biais de disponibilité est un autre genre de biais cognitif. Lorsqu'il se manifeste, des diagnostics récents ou frappants chez les patients reviennent à l'esprit plus facilement (c.-à-d. qu'ils sont davantage disponibles) et sont surestimés lors de l'évaluation de la probabilité du diagnostic actuel. Pendant la saison de la grippe, par exemple, il se peut que vous soyez porté à croire que tout patient présentant une fièvre et des myalgies a la grippe. Cela peut contribuer à des délais de diagnostic chez les patients atteints de méningite.

Tous ces biais peuvent entraver l'établissement d'un diagnostic juste ou la recommandation d'un traitement approprié pour un patient. Ces biais peuvent aussi être interdépendants, et il se peut que plus d'un biais influe sur le diagnostic ou sur la prise en charge d'un patient.

La recherche se poursuit en vue de cerner des stratégies permettant aux médecins d'éviter les biais cognitifs.

Les biais au moment d'offrir une opinion

Les biais affectifs et cognitifs peuvent également surgir au moment d'offrir des opinions rétrospectives. Les médecins peuvent être appelés à fournir une opinion sur des événements cliniques dans le cadre d'évaluations en matière d'amélioration de la qualité et d'évaluations de l'acte médical, ou encore à titre de témoin expert en cour ou pour le compte d'un organisme de réglementation de la médecine (Collège). Les médecins peuvent aussi fournir une opinion lorsqu'ils rédigent, au nom de leurs patients, des rapports médicaux destinés à des assureurs, des avocats ou à d'autres parties. Ces rapports portent souvent sur des enjeux très délicats.

Le biais rétrospectif ou la partialité fondée sur les résultats exagère la prévisibilité d'un événement après sa survenue. Le fait de savoir qu'un résultat clinique défavorable et inattendu s'est produit augmente l'impression qu'il était prévisible et, par conséquent, évitable et lié au manque de diligence ou à de mauvais soins cliniques. Pour les médecins, une connaissance du résultat peut influencer la perception de la qualité des processus qui y ont contribué.2 Le biais rétrospectif est pratiquement inévitable dans le cas d'évaluations rétrospectives. Le biais s'accroît lorsque les examinateurs savent qu'un résultat défavorable s'est produit, et le degré de biais est proportionnel à la gravité du résultat.3

D'autres biais peuvent également influer sur les opinions rétrospectives. Par exemple, le biais de l'intuition apprise renvoie au phénomène selon lequel une personne a appris un processus complexe qui semble intuitif par la suite. La personne ne se souvient pas nettement de la difficulté qu'elle a éprouvée alors qu'elle tentait d'apprendre le processus en question. Lorsqu'une personne non initiée éprouve de la difficulté avec un processus de soins, le problème découle souvent de la piètre conception du système ou d'une orientation ou d'une formation inadéquate. Les améliorations apportées à l'un ou l'autre de ces éléments profiteront à tous.

Lorsqu'un médecin accepte de fournir une opinion ou de rédiger un rapport d'expert, l'ACPM recommande qu'il fournisse un témoignage d'opinion qui est juste, objectif et impartial et qui relève uniquement de son champ d'expertise. Les médecins peuvent tenter d'éviter le biais rétrospectif et les autres biais en évaluant à quel point des facteurs tels l'évolution naturelle d'une maladie, les renseignements cliniques supplémentaires et les améliorations à la technologie utilisée dans les investigations cliniques peuvent influer sur les évaluations rétrospectives. Ceux qui ont des connaissances approfondies liées à une spécialité doivent faire preuve de prudence lorsqu'ils commentent les soins prodigués par des médecins dans d'autres types de pratique. Il importe de tenter de comprendre le contexte des soins et le raisonnement derrière les décisions prises au moment où les soins en question ont été prodigués.

L'ACPM est là pour prêter assistance

En fin de compte, les médecins veulent entretenir des relations de confiance et respectueuses avec leurs patients et leur prodiguer d'excellents soins. Le fait de déterminer et d'aborder les biais favorise les relations médecin-patient fructueuses, appuie la prestation efficace des soins, et peut contribuer à réduire les risques médico-légaux.

Les membres qui ont des questions ou qui souhaitent de l'aide pour aborder cet aspect complexe de l'exercice de la médecine devraient communiquer avec l'ACPM. Ses médecins-conseils, des médecins qui possèdent une longue expérience médico-légale, savent écouter les préoccupations des membres et offrir des conseils utiles.


Références

  1. 1 Moyer, C.S., « Doctors' unconscious racial biases leave patients dissatisfied », American Medical News (le 26 mars 2012). Obtenu le 3 avril 2012 sur le site : http://www.ama-assn.org/amednews/2012/03/26/prsc0330.htm
  2. Henriksen, K., Kaplan, H., « Hindsight bias, outcome knowledge and adaptive learning », Quality and Safety in Health Care (2003), vol. 12, numéro supplémentaire 2, p. 46–50
  3. Hugh, T.G., Tracy, G.D., « Hindsight bias in medicolegal expert reports », Medical Journal of Australia (2002), vol. 176, no 6, p. 277–278.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.