Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Respect et compréhension – le professionnalisme dans le travail d’équipe

Publié initialement en octobre 2012
P1204-3-F

La prestation des soins de santé se fait de plus en plus selon un modèle de soins intégrés ou interprofessionnels. En effet, de plus en plus de médecins travaillent en équipes constituées à la fois de médecins et d'autres professionnels de la santé.

Il va donc de soi que, dans le contexte des soins interprofessionnels, les attributs qui définissent le professionnalisme prennent une importance accrue. Une approche de la prestation des soins empreinte de respect et de collaboration exige une connaissance partagée des attentes mutuelles et l'établissement de balises pour les interactions entre les membres. Une équipe est efficace quand elle a mis en place une culture de respect professionnel et de respect envers le travail des autres, ainsi qu'un cadre de communication claire et ouverte entre ses membres.

Conscientes que le travail d'équipe est une composante maîtresse de la conduite professionnelle, les autorités de réglementation de quelques provinces et territoires ont défini les responsabilités attendues des médecins qui travaillent au sein d'une équipe. Par exemple, l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario a émis la directive suivante dans sa politique [traduction libre] : « Pour favoriser une prestation des soins sécuritaire et efficace, on s'attend des médecins qu'ils entretiennent des relations empreintes de respect et de collégialité avec les autres membres de l'équipe soignante, dont les autres médecins, le personnel de l'hôpital, les bénévoles, les étudiants et toute autre personne qui participe à la prestation des soins. »1

La politique de l'Association médicale canadienne décrit également les responsabilités des médecins quand ils interagissent avec d'autres professionnels de la santé : « Tout en gardant la responsabilité globale du soin des patients, les médecins doivent pouvoir échanger de façon constructive avec d'autres professionnels de la santé dans le contexte d'une équipe interdisciplinaire […]. Il faut renforcer et consolider la relation entre les médecins et leurs collègues. Lorsque tous les praticiens des soins de santé conjuguent leurs efforts pour tendre vers un but commun, dans un contexte d'appui et de collégialité, ce sont les soins aux patients qui en bénéficient. »2

Rôles et responsabilités

La sécurité des patients augmente, et le risque médico-légal des médecins diminue quand les rôles et responsabilités des membres d'une équipe soignante sont clairement définis. Pour y parvenir, un cadre stratégique et procédural propre aux équipes doit être mis en place. Idéalement, ce cadre est mis sur pied au même moment que l'équipe, et est révisé au fil du temps ou lorsque l'équipe accueille de nouveaux membres.

Étant donné que le rôle d'un médecin dans la prestation des soins peut varier selon le milieu, la situation clinique et la préférence des patients, les politiques et procédures doivent pouvoir être adaptées, dans une certaine mesure. Les principes du professionnalisme exigent des médecins qu'ils reconnaissent que leur rôle, ainsi que les rôles des autres professionnels de la santé, peut varier.3

Une fois les voies de communication et les responsabilités clarifiées pour chaque professionnel de la santé, les principes du professionnalisme englobent également l'observation des obligations uniques imposées aux médecins. Le modèle de soins, tout en reconnaissant l'obligation fiduciaire des médecins à l'endroit de leurs patients, doit refléter les responsabilités attendues des médecins. Puisque les rôles et responsabilités de chaque membre de l'équipe soignante témoignent des obligations inhérentes à leur travail, la probabilité qu'il y ait confusion ou ambiguïté s'en trouve d'autant plus réduite. Tous ces efforts mèneront à des soins médicaux plus sécuritaires.

Communication efficace au sein d'une équipe

Les médecins font preuve de professionnalisme lorsqu'ils sont à l'écoute des membres de leur équipe, lorsqu'ils tiennent compte de différents points de vue, lorsqu'ils font part de l'information et lorsqu'ils communiquent de façon claire et respectueuse. Tout comme l'équipe dont les membres travaillent en collaboration devrait s'attendre des médecins qu'ils agissent de façon professionnelle, les médecins doivent également pouvoir raisonnablement s'attendre à ce que les autres membres de l'équipe en feront de même.

Parfois, il arrive que les interactions au sein d'une équipe soignante et entre les équipes soient tendues à cause du statut, de la position hiérarchique et de l'identité professionnelle de ses membres.4 Ces tensions peuvent survenir entre autres quand le médecin ou un autre membre de l'équipe est le principal soignant. Peu importe la situation, la hiérarchie et le statut ne devraient pas avoir d'incidence sur le style de communication du médecin. Les principes du professionnalisme médical exigent que les communications entre tous les membres de l'équipe demeurent courtoises, en tout temps.

L'analyse qu'a menée l'ACPM de ses dossiers récemment conclus portant sur des actions en justice et des plaintes déposées auprès d'organismes de réglementation (Collège) a dégagé des problèmes précis associés aux communications entre les médecins et les infirmières qui mènent à des résultats défavorables pour les patients, dont le défaut d'avertir l'équipe de faits essentiels liés au traitement de problèmes cliniques, de demander les évaluations nécessaires, de surveiller les patients et de lire les notes des infirmières. Du point de vue des médecins, les cas révèlent que les problèmes au sein d'une équipe peuvent être évités si les médecins :

  • informent les autres membres de l'équipe du plan de prise en charge du patient et précisent les principales inquiétudes liées aux soins d'un patient en particulier;
  • demandent les évaluations et le suivi nécessaires pour permettre aux membres de l'équipe d'observer tout changement à l'état du patient;
  • lisent le dossier du patient pour se tenir au fait de la situation actuelle;
  • réagissent sans tarder à tout changement ou toute détérioration dans l'état du patient;
  • avisent le personnel du cabinet de noter toutes les communications téléphoniques avec les patients.

Divergences d'opinion

Il arrive qu'un médecin membre d'une équipe ait des doutes sur les soins prodigués par un autre membre de l'équipe. Par exemple, il pourrait s'interroger sur une investigation, un diagnostic ou un traitement. Si des divergences d'opinion surviennent, les médecins devraient se garder de sauter aux conclusions ou de passer des commentaires insultants ou désobligeants au sujet d'un autre professionnel de la santé. Les médecins doivent également s'abstenir de remettre en question le plan de traitement devant le patient ou sa famille. Ces questions doivent être abordées en privé, où une discussion approfondie peut avoir lieu, car l'avis d'autres membres du personnel pourrait être nécessaire.

Collaboration et résolution de conflits

Les conflits dans une organisation de santé ont été classés parmi les causes principales de cultures non sécuritaires, et ils représentent une importante menace pour la sécurité des patients.5 Pour résoudre un conflit, les médecins devraient chercher à développer des habiletés de collaboration ainsi qu'en prévention et en gestion des conflits. La collaboration au travail s'en trouve améliorée si, à titre individuel, les professionnels de la santé font preuve de maturité émotionnelle et de confiance en soi, cherchent à comprendre le point de vue des autres, communiquent clairement et évitent de jeter le blâme sur les autres quand quelque chose tourne mal.

Si un médecin est en situation de conflit avec un collègue ou observe des comportements indignes de la profession chez ce dernier, il doit faire ce qu'il peut pour régler le problème et recommander des resources susceptibles d'être utiles. Une intervention et un règlement hâtifs se sont avérés très efficaces pour corriger des comportements perturbateurs et tout autre comportement inapproprié.

Pour leur part, les organisations de santé interviennent en faveur de la résolution de différends en offrant de la formation sur le sujet et en mettant en place des processus de règlement des différends. Au besoin, le recours à des médiateurs devrait également être envisagé.6

Pour les médecins qui travaillent dans une petite organisation, comme une clinique ou un cabinet privé, instaurer un climat de respect mutuel est le meilleur moyen de favoriser un milieu de travail agréable qui préconise le bien-être des médecins et reflète l'image professionnelle qu'on attend d'eux.

Conclusion

La prestation des soins interprofessionnels transforme peu à peu le modèle des soins au Canada. Le travail d'équipe est une importante composante de la conduite professionnelle. Des rôles et responsabilités bien définis, de solides habiletés de communication et une bonne capacité de collaborer et de résoudre les différends permettront tous aux médecins d'afficher leur professionnalisme à leurs collègues comme à leurs patients. Cet engagement envers le professionnalisme devrait donner un exemple que d'autres pourront imiter.


Références

  1. Ordre des médecins et des chirurgiens de l'Ontario. Physician Behaviour in the Professional Environment. Politique no 4-07. Consulté le 30 août 2010 à l'adresse : http://www.cpso.on.ca/policies/policies/default.aspx?ID=1602
  2. Association médicale canadienne. Le professionnalisme médical. Révisée en 2005. Consultée le 14 juin 2012 à l'adresse : http://www.cma.ca/medical_professionalism.htm
  3. Royal College of Physicians (R.-U.), « Medical professionalism and leadership. » Consulté le 17 février 2012 à l'adresse : http://www.rcplondon.ac.uk/policy/physician-development/ medical-professionalism-and-leadership
  4. Apker, J., Propp, K., Ford, Z., « Negotiating status and identity tensions in healthcare team interactions: An exploration of nurse role dialectics, » Journal of Applied Communication Research (2005) vol. 33, no 2 p.93
  5. Marshall, P., Robson, R., « Preventing and managing conflict: Vital pieces in the patient safety puzzle, » Healthcare Quarterly (2005) vol 8 (sp) p.39
  6. Ibid, 43

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.