Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Les nouvelles réalités des soins médicaux

Publié initialement en septembre 2012
P1203-14-F

Ce serait une litote de dire que l'exercice de la médecine n'est plus ce qu'il était jadis.

L'évolution du milieu des soins de santé est largement influencée par les contraintes fiscales, les problèmes de ressources humaines, les nouveaux modèles de prestation des soins de santé, ainsi qu'un malaise grandissant par rapport à la viabilité à long terme du système de soins de santé. En parallèle, les nouvelles technologies et les progrès de la médecine créent d'impressionnantes options thérapeutiques qui peuvent guérir la maladie ou prolonger la vie à un point qu'il aurait été impossible d'imaginer il y a seulement une décennie.

Ces changements ont une incidence sur l'exercice de la médecine. Or, les médecins continuent de gérer toutes les dimensions de la prestation des soins de santé, notamment les dimensions cliniques, administratives et politiques, ainsi que celles liées à la recherche et à l'enseignement. Partageant la conviction de l'importance de la qualité des soins, c'est avec enthousiasme que les médecins s'ouvrent aux progrès, tout en tenant compte des considérations émergentes en matière de gestion des risques qui sont implicites au changement.

La relation entre les patients et les médecins est un domaine de la médecine qui a évolué considérablement. De nos jours, les patients prennent une part active dans leurs soins.

Les patients à titre de partenaires des soins


Les soins axés sur le patient constituent désormais un modèle reconnu de prestation des soins de santé.

De nombreuses études ont confirmé les avantages de ce modèle, précisant que « la pratique axée sur le patient est associée à un état de santé amélioré (diminution de l'inconfort, réduction des préoccupations et meilleure santé mentale) ainsi qu'à l'efficacité accrue des soins (réduction des examens de diagnostic et des demandes de consultation).1

Certains médecins peuvent estimer que l'autonomisation des patients constitue une importante déviation d'un modèle antérieur où la médecine était principalement axée sur les médecins. Selon ce nouveau paradigme, les croyances, les valeurs et les connaissances des patients s'avèrent des éléments importants de la discussion au sujet du plan de soins. L'ACPM a publié des articles portant sur la communication médecin-patient, lesquels soulignent l'importance de l'écoute active. Étant donné le rythme effréné de la prestation des soins de santé, il n'est pas toujours facile d'écouter et de comprendre le point de vue du patient. Les membres à la recherche de stratégies supplémentaires liées aux communications médecin-patient efficaces sont invités à lire l'article de l'ACPM « Améliorer la communication médecin-patient ».

En plus de prendre la décision finale par rapport à leurs soins, les patients recherchent également des opinions et des perspectives diversifiées sur leurs maladies et leurs options thérapeutiques. En cette ère où l'information est si facilement disponible, les patients peuvent remettre en question les plans de traitement recommandés. Cet échange entre le médecin et le patient fait partie du dialogue sur le consentement. Les médecins doivent éviter ce qui pourrait être perçu comme une approche paternaliste aux niveaux du langage, du ton et de l'attitude corporelle, et s'engager pleinement auprès de leurs patients. L'engagement actif et attentif auprès des patients est une composante importante d'une expérience de soins de santé de qualité.

Par ailleurs, l'autonomisation des patients peut favoriser chez eux l'adoption d'un comportement du consommateur. Cela peut inclure la participation à des sites web où l'on évalue le rendement des médecins, ainsi que le partage d'expériences de soins de santé sur des sites de médias sociaux. Alors que la majorité des patients fourniront une évaluation équitable de leur expérience, d'autres peuvent utiliser ces sites pour exprimer leur insatisfaction par rapport aux soins reçus. Il est compréhensible que les médecins se sentent mal à l'aise face aux sites web d'évaluation. Bien que vous puissiez être tenté de demander à vos patients d'éviter d'utiliser de tels sites, il est probable que cette approche suscite une réaction contraire. Par contre, il n'est pas conseillé d'ignorer ces sites. Les médecins devraient surveiller ce qui est écrit à leur sujet. Dans l'optique de favoriser une communication ouverte et directe, les médecins et les membres de leur personnel devraient encourager les patients à discuter des problèmes en personne de façon à ce que toute situation puisse être réglée au lieu lui permettre de prendre de l'ampleur.

Points clés

  • Les médecins devraient promouvoir la participation des patients dans tous les aspects des soins.
  • Les médecins peuvent explorer les techniques de communication qui favorisent l'engagement actif des patients dans la prise de décision.
  • Conscients que certains patients voudront exprimer leur opinion par rapport aux soins reçus, les médecins peuvent envisager de mettre en place un système de rétroaction au sein de leur pratique.

Contraintes dans le système de soins de santé


Rares sont les domaines des soins de santé qui ne sont pas confrontés à une forme ou une autre de compression budgétaire.

Alors que la demande pour les services de soins de santé continue de dépasser les ressources dans certains domaines, les médecins doivent gérer leurs listes d'attente et, à l'occasion, établir la priorité des interventions chez les patients. Si de telles décisions entraînent des répercussions médico-légales, la réduction de ces risques sera bénéfique pour les médecins et les patients.

Les médecins ont un devoir de diligence envers leurs patients. Ce devoir peut s'étendre à l'allocation des ressources et à la responsabilité de veiller à ce que les soins aux patients ne soient pas compromis. Dans un milieu où les ressources sont limitées, ou lorsqu'ils sont confrontés à une pénurie inattendue de médicaments ou de fournitures, les médecins devraient s'entretenir avec les représentants de l'hôpital ou les autorités en matière de santé afin de demander les ressources nécessaires pour répondre aux besoins des patients. S'il n'est pas effectué de façon professionnelle, un tel travail de plaidoyer peut être perçu comme une remise en question de la gestion de l'hôpital ou de l'autorité en matière de santé. Afin d'éviter une telle perception, les médecins devraient travailler avec l'administration de l'hôpital et acheminer les demandes de ressources par écrit, privilégiant un ton professionnel et présentant les faits qui appuient l'allocation des ressources nécessaires.

Afin de réduire leur exposition à des risques médico-légaux, les médecins doivent s'assurer de respecter la norme de pratique qu'un médecin raisonnablement compétent aurait observée dans des circonstances semblables. Même si les tribunaux sont disposés à tenir compte des ressources disponibles pour les médecins lorsqu'ils cherchent à déterminer si la norme de pratique a été respectée, ils s'attendent néanmoins à ce qu'un médecin fasse du mieux possible, compte tenu des ressources limitées.

De manière semblable, les réalités fiscales ne peuvent l'emporter sur le jugement médical. Les médecins devraient reconnaître les pressions financières auxquelles sont confrontés les établissements et les hôpitaux dans lesquels ils exercent. Toutefois, le jugement médical ne doit pas être compromis par des considérations financières. À titre d'exemple, lorsqu'ils envisagent des examens de diagnostic, les médecins peuvent songer à d'autres examens moins coûteux mais qui fourniront tout de même les renseignements nécessaires pour poser un diagnostic ou traiter le patient.

Au-delà des soins directs aux patients, les médecins peuvent également prendre part à des examens visant la restriction des coûts pour identifier des solutions à court et à long terme aux pressions financières. Les médecins qui occupent des postes de cadres (médecin-chef, directeur médical) sont périodiquement appelés à contribuer à de tels examens de programmes ou encore à les diriger. À ce titre, les médecins deviennent des intervenants pour le bien de la société. Cette double responsabilité, envers un patient individuel et envers la société, peut créer des impératifs conflictuels pour les médecins.

De nombreux Collèges ont produit des codes de déontologie qui fournissent une orientation pour les médecins à cet égard. À titre d'exemple, le Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick reconnaît ces responsabilités, stipulant que : « Le médecin doit prendre en considération le bien-être des autres patients, de la société et des collègues, ainsi que son propre bien-être, mais il doit avant tout se préoccuper de celui du patient en sa présence. »2

Points clés

  • Lorsqu'ils sont confrontés à des ressources limitées qui ont une incidence sur les soins des patients, les médecins devraient travailler en collaboration avec les administrateurs et les autorités en matière de santé en vue d'identifier des solutions.
  • Les médecins devraient tenir compte de l'environnement fiscal dans lequel ils exercent la médecine. Toutefois, les considérations financières ne doivent pas l'emporter sur le jugement médical.
  • Lorsqu'il est confronté à un dilemme entre le bien d'un patient et le bien de la société, le devoir premier du médecin demeure le bien-être du patient.

En dépit de l'environnement fiscal, les progrès technologiques du 21e siècle se multiplient à un rythme sans précédent.

Les progrès de la médecine ne font pas exception : de nouvelles options thérapeutiques sont continuellement mises au point dans le but de traiter les maladies des patients. Or, la publication régulière de nouvelles études portant sur l'efficacité des outils de diagnostic, des traitements et des médicaments peut poser un défi pour les médecins qui tentent de se tenir au fait des lignes directrices en matière de pratique clinique et des pratiques acceptées.

L'obligation imposée aux médecins de s'accorder aux nouveaux progrès de la médecine peut être intimidante. Or, un médecin a un devoir envers ses patients de prodiguer des soins conformément aux pratiques reconnues et acceptées. Lorsque vous envisagez de nouvelles interventions ou technologies, il est prudent d'être bien renseigné sur la façon et le moment de les utiliser, et d'être satisfait qu'elles sont reconnues par un groupe respecté de pairs. Si un médecin est d'avis que les soins requis par un patient dépassent les limites de sa compétence ou de son expérience clinique, il est également prudent de diriger ce patient vers un autre médecin qui peut prodiguer les soins nécessaires.

Les médecins doivent aussi se tenir au fait de la technologie clinique pertinente à leur pratique, qui est elle aussi en évolution rapide. Puisque l'utilisation de la technologie peut engendrer des préoccupations en matière de sécurité des patients, des plans efficaces de gestion de la technologie s'avèrent nécessaires pour atténuer les risques. Que ce soit dans une clinique ou en milieu hospitalier, les médecins sont encouragés à élaborer des initiatives en matière de sécurité des patients qui sont directement liées à la technologie ou à se familiariser avec celles qui existent.

La responsabilité et la responsabilisation en matière de technologie clinique incombe généralement à l'hôpital ou, dans le cas de cliniques appartenant à des médecins, aux médecins propriétaires. Quel que soit le milieu, un médecin qui a recours à la technologie clinique aux fins de traitement et de soins doit être bien renseigné et expérimenté en ce qui concerne son utilisation.

Les patients peuvent également chercher à miser sur les progrès de la médecine. Armés d'information acquise dans Internet ou d'autres sources, les patients peuvent demander des options thérapeutiques ou des interventions qui s'étendent au-delà de la norme de pratique acceptée. Les médecins ne sont pas tenus de donner suite à de telles demandes d'un patient. Si un médecin estime que le traitement demandé puisse ne pas être utile, ou qu'il puisse causer un préjudice, il est important de partager cette information avec le patient. Le médecin peut également expliquer son obligation de prodiguer des soins qui sont appuyés par des données probantes cliniques courantes. La demande du patient et la discussion qui s'ensuit au sujet des options thérapeutiques devraient être consignées au dossier médical du patient.

Points clés

  • Si le traitement requis dépasse les limites de la compétence ou de l'expérience clinique d'un médecin, celui-ci devrait diriger le patient vers un autre médecin.
  • Les médecins qui envisagent de nouvelles interventions doivent être satisfaits qu'elles sont reconnues par un groupe respecté de pairs.
  • Les médecins peuvent conseiller à leurs patients de ne pas entreprendre des traitements qui peuvent être nuisibles, et refuser d'effectuer des traitements qui ne sont pas appuyés par des données probantes cliniques courantes.

Attentes des médecins


La technologie allant de pair avec la rapidité, elle donne lieu à de nouvelles attentes en matière de prestation des soins de santé.

Les médecins sont régulièrement confrontés à des conflits d'horaire entre les heures de clinique, le temps en salle d'opération, les tâches liées à la garde, les réunions cliniques, le développement professionnel continu et les responsabilités administratives. Les stress et les exigences des soins médicaux peuvent contribuer à la fatigue chez les médecins et aux risques médico-légaux qui y sont associés.

De façon générale, les Collèges s'attendent à ce que les médecins soient conscients de leur capacité à prodiguer des soins compétents et qu'ils s'assurent d'être aptes à prodiguer des traitements ou des soins. De manière semblable, les tribunaux ont déterminé que les médecins devraient savoir s'ils sont en mesure de prodiguer les soins nécessaires. Les hôpitaux ont également un devoir envers les patients, ce qui inclut la dotation en personnel compétent et en installations adéquates pour répondre aux besoins de la communauté.

Si un médecin est incapable de prodiguer des soins adéquats à un patient en raison de conflits ou de compressions d'horaires, il lui est recommandé d'informer l'administration de l'hôpital le plus rapidement possible. Puisque l'hôpital partage une responsabilité envers les patients, un examen concerté de l'allocation des ressources et du personnel sera bénéfique pour toutes les parties impliquées.

Les médecins mettent fréquemment de côté leur propre bien-être afin de répondre aux besoins cliniques urgents ou extrêmement urgents d'un patient. Ils consentent également aux demandes d'un hôpital ou d'une clinique d'accepter des quarts de travail ou des tâches de garde supplémentaires. D'une perspective médico-légale, les médecins sont des professionnels autonomes qui sont généralement responsables de leurs propres actes et omissions. Il relève de la responsabilité du médecin de veiller à ce que les conditions de travail ne compromettent pas sa capacité à respecter la norme de pratique exigée.

Alors que les médecins et autres professionnels étudient la question de la fatigue et des horaires de travail, les multiples facteurs qui influent sur les soins médicaux, tels les progrès technologiques et les soins axés sur les patients, viendront compliquer cet examen. Les considérations médico-légales pour les médecins tournent autour du devoir déontologique d'agir dans l'intérêt de leurs patients. Cela peut signifier que si un médecin estime que son horaire de garde met en danger les soins aux patients, des mesures raisonnables sont prises pour veiller à ce que les patients n'en souffrent pas les conséquences et que le médecin soit en mesure de continuer à prodiguer un niveau adéquat de soins aux patients.

Points clés

  • Les médecins devraient évaluer leur niveau de fatigue et leur aptitude, au plan clinique, à prodiguer des traitements ou des soins.
  • Les médecins peuvent travailler avec les hôpitaux et les autorités en matière de santé à l'établissement d'horaires et de niveaux de ressources humaines qui sont appropriés pour répondre aux besoins de la communauté.
  • L'horaire du médecin devrait assurer la prestation de soins médicaux sécuritaires, reconnaissant son devoir déontologique d'agir dans l'intérêt de ses patients.

Le mot de la fin

Le changement est devenu une constante pour les médecins du Canada qui s'adaptent à un milieu de soins de santé continuellement à la poursuite de soins de qualité pour les patients. Au fil de l'évolution des limites de l'exercice de la médecine, les médecins sont encouragés à s'ouvrir aux nouvelles réalités, tout en tenant compte des répercussions médico-légales du changement.

L'ACPM est disponible pour venir en aide aux membres qui ont des questions au sujet de leurs obligations professionnelles et médico-légales en cet environnement médical en évolution constante.


Références

  1. Stewart, Moira, Brown, Judith Belle, Donner, Allan, McWhinney, Ian R., Oates, Julian, Weston, W.Wayne, Jordan, John., « The impact of family-centered care on outcomes, » The Journal of Family Practice (Septembre 2000), vol. 49, no 9. Consulté en ligne le 1er mai 2012 : http://www.ucdmc.ucdavis.edu/ome/mcrtp/docs/Kravitz%20The%20impact%20of%20patient-centered% 20care%20on%20outcomes.pdf
  2. Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick, Code de déontologie. Consulté en ligne le 1er mai 2012 : http://www.cpsnb.org/french/code-of-ethics-fr.html
  3. 2 Henry J. Kaiser Family Foundation, « How changes in medical technology affect health care costs », mars 2007. Consulté en ligne le 1er mai 2012 : http://www.kff.org/ insurance/snapshot/chcm030807oth.cfm

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.