Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

La littératie en santé — Pour offrir des soins plus sécuritaires

Publié initialement en septembre 2013
P1303-4-F

Le Canada a l'une des populations les plus fortement scolarisées au monde. Pourtant, de nombreux Canadiens n'ont pas les compétences nécessaires pour gérer adéquatement leur santé et leurs besoins en matière de soins de santé. 

On constate, chez un plus grand nombre de Canadiens, un plus faible taux de littératie en santé (60 %) qu'en littératie générale (48 %).1  Le défi pour les médecins consiste à déterminer le problème et à incorporer des techniques de communication claire permettant aux patients de comprendre l'information médicale.

Qu'est-ce que la littératie en santé et pourquoi est-elle importante?

La littératie en santé est spécifique au contenu. Dans certains contextes, une personne pourrait lire et écrire, tout en ayant de la difficulté à comprendre le vocabulaire, la documentation et les instructions relevant du domaine de la santé.

La littératie en santé fait appel à un ensemble complexe d'habiletés, notamment la capacité de lire de l'information sur la santé et d'y donner suite, la capacité de communiquer ses besoins aux professionnels de la santé, et la capacité de comprendre les instructions liées à la santé et d'y donner suite. De nombreuses études révèlent que les personnes de tout âge, de toute race et de tout niveau de revenu et de scolarité peuvent avoir de la difficulté à traiter l'information nécessaire pour prendre des décisions de base en matière de santé.

Par ailleurs, des données probantes de plus en plus nombreuses révèlent une corrélation entre les faibles niveaux de littératie en santé et l'incidence accrue de problèmes de santé,2 par exemple, en ce qui a trait à la gestion du diabète et des problèmes de santé liés à la tension artérielle. Un faible niveau de littératie en santé peut aussi retarder l'établissement d'un diagnostic et influer sur l'observance thérapeutique, les visites de suivi, la qualité de vie, l'hospitalisation et la mortalité.3

Déterminer les problèmes – Valider la compréhension

Le rythme effréné du cabinet d'un médecin, ou d'une clinique ou d'un hôpital, fait en sorte qu'il est facile de ne pas déceler les signaux d'alarme pouvant indiquer qu'un patient est incapable de fournir des renseignements médicaux exacts ou qu'il n'a pas bien compris la discussion portant sur ses soins de santé.

Plusieurs indicateurs du faible niveau de littératie en santé peuvent alerter les médecins à la nécessité de valider la compréhension chez les patients.4 À titre d'exemple, les patients n'ont peut-être pas bien compris les instructions :

  • s'ils ne remplissent pas au complet ou avec précision les formulaires médicaux;
  • s'ils manquent souvent leurs rendez-vous ou ne donnent pas suite aux examens de laboratoire ou aux demandes de consultation;
  • s'ils sont incapables de nommer le médicament prescrit, d'expliquer pourquoi il a été prescrit et quand il doit être pris.

L'utilisation croissante de la technologie par les médecins soulève une préoccupation supplémentaire relative à la compréhension chez le patient. Bien qu'elles contribuent à l'efficacité des soins de santé, les connaissances en informatique ou la littératie en cybersanté peuvent rendre la compréhension de l'information médicale plus ardue chez certains patients. Le fait de fournir de l'information en ligne ou de communiquer par voie électronique avec un patient dont les compétences en informatique sont faibles entraîne des risques. Avant de communiquer avec un patient par voie électronique, le médecin devrait discuter de la façon et du moment où ces systèmes seront utilisés, et prendre des mesures raisonnables pour confirmer que le patient comprend bien.

Certains problèmes de littératie en santé sont visibles; d'autres, par contre sont difficiles à cerner. Le patient peut se sentir intimidé ou être gêné d'admettre qu'il ne comprend pas les explications de son médecin. Pour certaines personnes, les difficultés personnelles, les croyances culturelles ou la stigmatisation sociale peuvent constituer des obstacles à l'amélioration de leurs compétences en littératie en santé. D'autres gens peuvent croire qu'ils ne méritent pas davantage de temps avec un médecin, et d'autres se sentent dépassés par leurs problèmes de santé. Le fait de demander au patient, de façon respectueuse, de répéter en ses mots ce qui lui a été expliqué peut aider le médecin à évaluer le niveau de compréhension : « Alors, je vais répéter de nouveau mes explications pour confirmer que j'ai réussi à vous expliquer ça clairement. Pouvez-vous me dire ce que vous allez faire et comment vous le ferez une fois rentré chez vous? »

Si les stratégies visant à confirmer la compréhension sont appliquées avec doigté, les médecins ne risquent pas d'insulter les patients.

Le patient comprend-il son état de santé? 5

On demande à une femme dans la cinquantaine avancée, habillée avec élégance, quels sont les médicaments qu'elle prend. Elle répond : « Du Lithium... » puis non, qu'elle ne sait pas de quoi il s'agit au juste, mais qu'elle est bien certaine de suivre les conseils de son médecin. Une vérification de l'étiquette de l'ordonnance confirme qu'elle prend en fait du Lipitor et non du Lithium. Elle ne présente pas un trouble bipolaire, mais plutôt une hypercholestérolémie.

Le problème est-il facile à déceler?

Un patient nouvellement arrivé au Canada, atteint de diabète et parlant peu ou pas le français, est visiblement confus par des expressions telles « taux de glycémie » et « test d'hémoglobine A1c ».

Ou est-il dissimulé?

Une mère d'âge moyen a honte d'admettre qu'elle ne comprend pas les mots dans le dépliant sur la mammographie que son médecin lui a remis.

Est-il typique?

Un patient âgé ayant de multiples problèmes de santé ne prend pas ses médicaments aussi souvent qu'il le devrait parce qu'il ne sait pas très bien quelles pilules prendre ni à quel moment les prendre.

Ou est-il inhabituel?

Un étudiant international hispanophone estime que son ordonnance prévoit une dose de 11 comprimés par jour, et non une seule... en dépit du fait que la mention « une fois par jour » (« once a day » en anglais) est claire et lisible sur l'étiquette... « once » signifie onze en espagnol.

 

La littératie en santé et le consentement éclairé

La plus grande partie du travail d'un médecin est fondée sur le  consentement implicite qui découle des propos ou du comportement du patient, ou encore des circonstances dans lesquelles le traitement est prodigué. Lorsque le traitement peut causer des douleurs plus que légères, qu'il comporte un risque important ou qu'il entraîne une intervention chirurgicale, il est nécessaire d'obtenir un consentement explicite, verbal ou écrit. Pour que le consentement au traitement soit valide, il doit être « éclairé », ce qui signifie que le patient doit avoir reçu des renseignements qui lui permettent de prendre une décision éclairée.

Le processus du consentement est fondé sur les explications fournies par le médecin, c'est-à-dire sur le dialogue entre ce dernier et le patient à propos du traitement proposé. Le formulaire de consentement ne constitue pas en soi le « consentement ». Le formulaire constitue simplement une confirmation écrite que des explications ont été fournies et que le patient a accepté ce qui lui était proposé.

Le médecin a une responsabilité déontologique et juridique de prendre des mesures pour être raisonnablement convaincu que le patient a compris les renseignements qui lui ont été communiqués, tout particulièrement dans le cas où il peut exister des barrières linguistiques ou des problèmes à forte charge émotive. En s'engageant personnellement dans un dialogue avec le patient, le médecin se trouvera dans la meilleure position possible pour être relativement convaincu que le patient comprend les explications en vue d'obtenir son consentement.

Dans certains cas, on peut suggérer au patient de se faire accompagner à son rendez-vous par un ami ou un membre de sa famille lorsque le médecin doit lui prodiguer des conseils médicaux. Lorsqu'il y a des barrières linguistiques, un interprète peut aider le patient à passer en revue les instructions spécifiques.

Une note du médecin consignée au dossier au moment où les explications sont données en vue d'obtenir un consentement pourra plus tard servir à confirmer que le patient a été informé convenablement, en particulier si la note fait mention de points bien définis qui ont pu être évoqués durant la conversation.

Pour aider les patients à comprendre

Étant donné que les patients ayant les plus faibles niveaux de littératie en santé sont aussi davantage susceptibles d'avoir des problèmes de santé, il importe que les médecins choisissent les renseignements qu'ils donnent aux patients et les présentent dans un contexte approprié. Les médecins devraient tenir compte des caractéristiques des populations qu'ils desservent dans leur pratique. Bien que les préoccupations liées à la littératie en santé ne se limitent certainement pas à des facteurs tels la diversité culturelle, l'âge et le revenu, le fait d'en tenir compte peut aider les médecins à adapter les renseignements en fonction de leur communauté.

Selon certaines études médicales, la plupart des patients oublient jusqu'à 80 % des conseils qui leur sont donnés dès qu'ils quittent le cabinet du médecin ou la clinique.6  Il existe une gamme de stratégies que les médecins peuvent envisager de mettre en œuvre dans leur pratique pour permettre aux patients de comprendre, de se rappeler du contenu de la discussion et pour encourager l'observance.

Les médecins devraient tenter de créer un environnement où les patients ne ressentent aucune honte ou crainte de poser une question, quelle qu'elle soit, et même si elle semble un peu ridicule. De plus, il est important de conscientiser le personnel du cabinet à la question de la littératie en santé, en lui fournissant de l'information susceptible de l'aider à identifier les patients pouvant avoir besoin d'un accompagnement supplémentaire en regard de leurs soins de santé.

Les médecins devraient tenir compte des suggestions suivantes :

  • Utiliser du matériel d'information imprimé approprié, reconnaissant que les renseignements sont bien mieux compris et retenus lorsqu'ils sont présentés sous forme visuelle et verbale.
  • Encourager l'utilisation de pictogrammes et d'un langage simple, et éviter d'utiliser du jargon médical.
  • Parler plus lentement et n'aborder que 2 ou 3 notions à la fois. Lire le matériel écrit à  voix haute aux patients et souligner les éléments clés.
  • Demander aux patients de répéter dans leurs mots ce qui leur a été expliqué.
  • Certains patients peuvent bénéficier de la présence d'un ami, d'un membre de leur famille ou d'un interprète pendant la partie de la rencontre consacrée au counseling et à la planification.
  • Songer à prévoir une rencontre interne réunissant des patients et un membre du personnel pour discuter des instructions liées aux soins de santé.
  • S'assurer que le matériel de lecture fourni à tous les patients est rédigé en termes clairs. Il est suggéré qu'un niveau de lecture de 6e année est le plus approprié. Les outils d'analyse de lisibilité peuvent déterminer le niveau de lecture des messages dans les documents explicatifs et autres dépliants traitant de la santé.7
  • Souvenez-vous que la compréhension s'améliore grandement lorsque le matériel est présenté sous forme audiovisuelle et verbale. Les médecins voudront peut-être créer des documents en langage clair qui encouragent les patients à planifier et à se préparer en vue de leurs rendez-vous médicaux, par exemple en pensant aux questions qu'ils veulent poser et aux façons d'organiser l'information pour décrire leurs préoccupations, en dressant une liste de leurs médicaments ou en les apportant avec eux au rendez-vous.8  
  • Les discussions avec les patients devraient avoir lieu dans des endroits qui assurent le respect de la vie privée et la confidentialité.

 


Références

  1. Conseil canadien sur l'apprentissage, La littératie en santé au Canada :
    Une question de bien-être, 2008, ISBN 978-0-9809042-2-2. Consulté en ligne en
    juin 2013 : http://www.ccl-cca.ca/ccl/Reports/HealthLiteracy-2.html
  2. Ibid.
  3. Paasche-Orlow, M., « Caring for Patients With Limited Health Literacy: A 76-Year-Old Man With Multiple Medical Problems » The Journal of the American Medical Association (septembre 2011). Consulté en ligne en mars 2013 : http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1104334.

  4. American Medical Association, O'Reilly, Kevin B.,  « The ABCs of health literacy » American Medical News, le 19 mars 2012. Consulté en ligne en mai 2013 :
    http://www.amednews.com/article/20120319/profession/303199949/4/

  5. Tous les exemples de défis liés à la littératie en santé sont dérivés d'exemples obtenus sur le site www.amednews.com en avril 2013.
     
  6. Medical Protection Society, "Patients don't always understand,"
    UK Casebook 3, August 2003. Retrieved March 2013 from: www.mps.org.uk
  7. Les tests de lisibilité (Flesch-Kincaid,  Gunning-Fog ou SMOG) sont des exemples d'outils en ligne qui peuvent évaluer les documents de façon automatique 
  8. Le document « It's Okay to Ask — Your Health is Important » publié par le
    Health Quality Council of Alberta en janvier 2009 est un bon exemple de tels matériels d'apprentissage. Consulté en ligne en avril 2013: http://www.hqca.ca


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