Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Gérer l’information pour prodiguer des soins plus sécuritaires

Publié initialement en décembre 2013
P1305-4-F

Les médecins ont besoin d'informations exactes et à jour pour prodiguer des soins efficaces et sécuritaires aux patients, mais un excès, ou ce que l'on nomme souvent une surcharge d'informations, risque d'entraîner de la distraction et des pratiques non efficientes plutôt que d'améliorer les connaissances. 

L'expression « surcharge d'informations » a été popularisée en 1970 à la suite de la publication de l'ouvrage Le choc du futur d'Alvin Toffler. L'auteur y souligne qu'il peut être difficile pour une personne de comprendre un problème ou de prendre des décisions si elle dispose de trop d'informations.

En effet, recueillir des informations indispensables provenant de sources multiples peut générer un dilemme, que ce soit en raison d'un excès ou d'un manque d'informations. L'une ou l'autre de ces situations peut accroître plutôt que réduire les risques. Il est essentiel que les médecins évitent la surcharge d'informations en mettant en œuvre des stratégies d'optimisation et des solutions visant à gérer et contrôler la masse d'informations.

De nos jours, les médecins doivent composer avec de nombreuses sources d'informations, un grand nombre d'utilisateurs et de collaborateurs du système de soins (en particulier lorsqu'ils travaillent dans le cadre de soins en collaboration), ainsi qu'avec des systèmes régionaux d'informations complexes. Les médecins doivent également gérer une masse imposante d'informations cliniques récentes et mises à jour. Essayer de se tenir au fait des dernières données probantes, des nouveaux traitements, d'appareils et des technologies utilisés en médecine constitue d'importants défis. Lorsqu'ils se combinent aux attentes grandissantes de la part des patients et à la participation de ces derniers aux soins de santé, ces défis peuvent conduire les médecins à se sentir dépassés.

Les stratégies pour gérer les informations

Même si la plupart des médecins savent établir des priorités et mener plusieurs tâches de front dans les situations urgentes, il peut également être tout aussi important de se concentrer sur une seule tâche à la fois. Il est utile de planifier et de déterminer une date limite pour chaque tâche.

Déléguer efficacement les tâches administratives peut également aider les médecins à se concentrer sur les questions cliniques. Les médecins n'ont pas besoin d'être des experts dans tous les aspects de la gestion d'un bureau ou des processus opérationnels. Le personnel du bureau peut être plus apte à identifier et mettre en œuvre de bonnes pratiques pour la prise de rendez-vous avec les patients, la facturation, et autres tâches administratives. Cette délégation des tâches non cliniques peut contribuer à améliorer la gestion du bureau et à aider les employés à acquérir et à développer des compétences et des habiletés. 

L'association médicale de l'alberta a élaboré des directives et un fichier balado sur la manière de déléguer efficacement.1  Même si la délégation de tâches cliniques ne peut pas directement diminuer la surcharge d'informations, elle peut permettre aux médecins de se concentrer sur les activités essentielles. Les médecins doivent être informés des directives de leur organisme de réglementation médicale (Collège) au sujet de la délégation d'actes médicaux. Cette délégation n'exonère pas le médecin de sa responsabilité à l'égard des soins des patients. Cela élargit toutefois le cercle de responsabilité pour une exécution plus sécuritaire des procédures.2

Un nombre de plus en plus important de médecins profite des avantages qu'apportent les dossiers de santé électroniques (DSE). Parmi ces avantages qui étayent la prise de décision clinique, on peut citer une plus grande facilité d'accès aux informations du patient, l'obtention plus rapide des résultats d'examens, des systèmes de notification instantanée. D'un autre côté, les DSE peuvent mettre davantage d'informations à la disposition des médecins. En plus de la relative sophistication des dossiers électroniques par rapport à leur équivalent papier, il a été rapporté qu'un excès d'alertes ou de notifications électroniques peut en réalité participer à une surcharge d'informations.3

Les médecins qui travaillent avec les dossiers de santé électroniques sont vivement encouragés à bien comprendre le système afin d'optimiser son efficacité et son efficience. Il est important que les médecins soient sensibilisés aux alertes et notifications du système et répondent à celles-ci. Les médecins doivent également suivre et élaborer des processus de flux de travail pour leur permettre de s'occuper des alertes et des messages du système des DSE.

Même si certains médecins trouvent que l'utilisation d'un système informatisé prend du temps, ces systèmes peuvent les aider à prendre des décisions relatives aux soins, telles que l'établissement d'un diagnostic. Ces systèmes, connus sous le nom de systèmes d'aide à la décision, peuvent aider les médecins à gérer la surcharge d'informations en fournissant des avis cliniques fondés sur les données du patient. Les tribunaux ont révélé que les médecins doivent connaître les progrès importants dans leur domaine de travail, même s'il ne s'agit pas de leur principal domaine de spécialisation. Il y a consensus sur le fait que les systèmes d'aide à la décision peuvent accélérer la transmission des connaissances médicales pour les médecins qui se retrouvent devant une surcharge d'informations.4  Ces systèmes peuvent faciliter la gestion des informations, car les informations cliniques y sont mieux organisées et liées aux connaissances pertinentes de manière à répondre aux besoins des médecins et appuyer les choix qu'ils prennent pour les soins des patients.5

Écarter de manière arbitraire les suggestions d'un système d'aide à la décision sans justification clinique raisonnable peut également exposer le médecin à un risque médico-légal. Si le système d'aide à la décision suggère un diagnostic par exemple, le médecin devra probablement se préparer en cas d'action en justice ou d'enquête du Collège à justifier la raison pour laquelle le diagnostic suggéré a été écarté.

On dénombre plus de 25 000 publications dans le domaine des sciences, des technologies et de la médecine. Ce nombre augmente de 3,5 % par an. Ces revues publient plus de 1,5 million d'articles chaque année. Pubmed cite désormais plus de 20 millions d'articles.6


Les cheminements cliniques, également connus sous le nom de chemins cliniques ou cartes de soins, peuvent également étayer une prise de décision efficace. Ces cheminements soulignent les décisions à prendre et les étapes et soins à suivre pour un patient en particulier ou un groupe de patients présentant une certaine pathologie. Les médecins doivent connaître et respecter les cheminements cliniques mis en œuvre dans leurs organisations. Ces cheminements peuvent également aider les médecins à soutenir leur efficacité clinique, à diminuer les divergences dans les soins aux patients, à gérer les risques cliniques et à appuyer la continuité et la coordination des soins sur l'ensemble des disciplines et secteurs des soins de santé. Les médecins qui utilisent les cheminements cliniques doivent garder à l'esprit que ceux-ci sont plus adaptés aux situations cliniques communes qu'aux situations inhabituelles ou inattendues. Toute divergence ou tout résultat clinique doit donc être adéquatement noté, contrôlé et pris en charge.7

Les progrès technologiques

Les technologies de l'information et des communications peuvent aider les médecins à être plus efficaces pour gérer la masse d'informations à leur disposition. Ainsi, ils peuvent tirer avantage des outils sur l'Internet pour trouver des experts et des informations cliniques, pour chercher une spécialité médicale ou encore un lien vers un groupe médical ou un sujet d'intérêt.

Pour éviter que la boîte de réception de courriel ne déborde de titres de publications qu'ils ne liront peut-être jamais, les médecins peuvent paramétrer la fonction « lecteur » qui dirige les informations souhaitées directement vers eux. En s'abonnant à des fils d'actualité, ils peuvent accéder aux informations depuis certains endroits tels que la maison, l'ordinateur du bureau ou un terminal mobile. Ces lecteurs d'information ou agrégateurs de contenu peuvent également conserver et catégoriser les informations en vue d'une lecture ultérieure. Des filtres peuvent être utilisés pour identifier les informations les plus intéressantes et pertinentes. Ces filtres peuvent inclure les résumés de revues médicales et des ressources scientifiques fondées sur des données probantes.

L'utilisation d'applications médicales fiables peut également aider les médecins à gérer les informations cliniques. Il est préférable de choisir les applications qui ont été créées ou validées par une association professionnelle ou reconnue ou encore une société médicale, telle que l'application mobile conçue par la Société canadienne de cardiologie.8  L'Association médicale canadienne fournit également des applications et des versions mobiles de certaines de ses ressources les plus populaires, y compris des outils au point de service fondés sur les données probantes actuelles, des articles de journaux et des manuels de médecine. L'application Canadian Medical Association Journal comporte une fonction « favoris » et une recherche par index, pour un accès rapide aux articles et sujets préférés.

Planifier pour éviter une surcharge d'informations

L'énorme quantité de nouvelles informations scientifiques ajoute certainement à la préoccupation des médecins de se tenir au courant. Cependant, étant donné les limites humaines et le fait qu'il n'y a que 24 heures dans une journée, les médecins doivent adopter une approche mesurée pour se tenir informés. Il leur est recommandé d'identifier et d'utiliser des stratégies de gestion des informations qui fonctionnent dans leur cas et de faire connaître les stratégies efficaces à leurs collègues.

Références

  1. Alberta Medical Association, « How to delegate without having to ask: "Why didn't they do that right?" » Alberta Doctors' Digest (2013) Vol. 38, no 3 p.14-15. Consulté en ligne le 15 août 2013 : https://www.albertadoctors.org/Publications%20-%20ADD/pub_add_mayjun13_bkmks.pdf
  2. College of Physicians and Surgeons of British Columbia, « Delegation of a Medical Act » 2009. Consulté en ligne le 15 août 2013 : https://www.cpsbc.ca/files/pdf/PSG-Delegation-of-a-Medical-Act.pdf
  3. Rice, Chelsea, « 87% of physicians say quantity of EHR alerts ‘excessive' » 2013. Consulté en ligne le 3 mai 2013 : http://www.healthleadersmedia.com/print/TEC-289789/87
  4. Rebitzer, James, Rege, Mari, Shepard, Christopher, « Influence, information overload, and information technology in health care » The National Bureau of Economic Research Working Paper No. 14159 (2008). Consulté en ligne le 26 juin 2013 :http://www.nber.org/papers/w14159.pdf
  5. Hayward, Robert, « Clinical decision support tools: Do they support clinicians? » Future Practice (2004) p. 66-68.
  6. Fraser, Alan G., Dunstan, Frank D., « On the impossibility of being expert » British Medical Journal (2010) Vol. 341, p. c6815. Consulté en ligne le 2 juillet 2013 : http://www.bmj.com/content/341/bmj.c6815
  7. Open Clinical, « Clinical pathways ». Consulté en ligne le 17 juin 2013 : www.openclinical.org/clinicalpathways.html
  8. Société canadienne de cardiologie, CCS apps. Pour plus d'informations, consulter : http://www.ccsguidelineprograms.ca/index.php?option=com_content&view=article&id
    =98&Itemid=68

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