Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

La gestion des médicaments va de pair avec des soins de qualité

Publié initialement en décembre 2013
P1305-6-F

Les médecins jouent un rôle essentiel dans la gestion efficace des médicaments, particulièrement en raison de la complexité croissante des problèmes de santé et des plans de traitement médicamenteux. Une solide compréhension de la gestion des médicaments et une attention particulière aux stratégies de gestion des risques qui y sont associés aideront les médecins à prodiguer des soins de qualité à leurs patients. 

Une analyse des dossiers médico-légaux de l'ACPM, conclus entre 2006 et 2012, a révélé que les problèmes de médication les plus courants, en ordre de fréquence, portaient sur :

  • un délai ou un défaut de prescrire ou d'administrer un médicament
  • une action ou inaction de la part d'un autre professionnel de la santé
  • des problèmes de surveillance et de suivi liés aux médicaments
  • une anamnèse ou une évaluation insuffisante sur le plan des médicaments
  • un préjudice survenu durant l'administration ou la préparation d'un médicament
  • la prescription d'une mauvaise posologie ou l'administration d'une mauvaise dose d'un médicament. 

De nombreux facteurs distincts ont contribué à ces problèmes de médication. Par ailleurs, il faut signaler que ces dossiers présentaient également un éventail de résultats cliniques.

De tous les dossiers médico-légaux de l'ACPM conclus au cours de cette période de sept ans, 10 % mettaient en cause un problème lié aux médicaments.

Fondements d'une gestion efficace des médicaments

Le processus de gestion des médicaments consiste a priori à évaluer le patient afin de déterminer ses besoins pharmacologiques. Ensuite, le médecin doit choisir, prescrire, préparer et administrer les médicaments. Le degré de participation des médecins aux divers aspects de ce processus dépend de la nature de leur pratique. C'est également le cas pour d'autres professionnels de la santé autorisés à prescrire des médicaments. En tout temps, les médecins doivent bien connaître les besoins de santé de leurs patients et les médicaments qu'ils prescrivent. Ils doivent aussi assurer le suivi des patients qui prennent des médicaments.  

Les médecins doivent connaître et suivre les lignes directrices applicables de leur organisme de réglementation de la médecine (collège) en matière de gestion des médicaments. En plus d'énoncés de politique sur des sujets tels que la prescription, dont l'automédication, plusieurs collèges ont publié des lignes directrices sur des sujets connexes, comme l'entreposage et la manipulation des vaccins et la récupération sécuritaire des médicaments.

Tout au long du continuum des soins, les médecins doivent entretenir une communication claire au sujet des médicaments, avec les patients ou les membres désignés de la famille et les professionnels de la santé. Cela signifie transmettre les renseignements aux pharmaciens, aux infirmières, aux sages-femmes et à d'autres professionnels de la santé à différents niveaux de soins et lors des transferts de soins. Il ne faut jamais oublier l'importance de consigner en détail et dans les plus brefs délais tout renseignement concernant les médicaments au dossier du patient. 

De nos jours, la sécurité des médicaments est largement fondée sur une culture de sécurité et sur la collaboration interdisciplinaire.1  étant donné que les médecins travaillent de plus en plus au sein d'équipes de soins interprofessionnels, il importe de préciser les rôles et les responsabilités de tous les professionnels de la santé, et des patients, à toutes les étapes du processus de gestion des médicaments. Les rôles et les responsabilités varieront en fonction de la législation, des champs d'exercice, des règlements, des politiques et procédures organisationnelles et d'autres facteurs. Il importe donc que les médecins connaissent leurs rôles et leurs responsabilités dans le contexte de leur pratique.

Gestion des médicaments chez les personnes âgées

Le nombre de personnes âgées au canada augmente chaque année. En raison du virage démographique qui s'amorce, les patients de plus de 65 ans représenteront une proportion de plus en plus importante de la pratique de la majorité des médecins. « en 2009, près de deux canadiens âgés de 65 ans ou plus sur trois (63 %) prenaient 5 médicaments d'ordonnance et plus appartenant à différentes catégories de médicaments, et près d'un sur quatre (23 %) en prenait 10 et plus (…). Les personnes âgées consomment également plus de médicaments en vente libre et de vitamines ou autres suppléments que tous les autres groupes d'âge, ce qui ajoute possiblement aux risques associés à la prise de médicaments multiples ».2  ce bilan comparatif des médicaments inclut également des renseignements sur les produits en vente libre. 

Les médecins prodiguant des soins aux personnes âgées qui prennent des médicaments doivent être particulièrement sensibilisés au risque d'interactions médicamenteuses. Une connaissance des médicaments, une surveillance continue du patient, ainsi qu'une communication régulière avec les pharmaciens et les autres médecins traitants peuvent contribuer à réduire ces risques. 

Bilan comparatif des médicaments

Pour dispenser des soins sécuritaires, il est essentiel de communiquer efficacement lorsqu'il s'agit de l'usage des médicaments. « grâce au bilan comparatif des médicaments, les prestataires de soins de santé suivent un processus structuré pour travailler entre eux et avec les patients et les familles en vue d'assurer la communication uniforme de renseignements exacts et complets sur les médicaments à tous les points de transition des soins. »3    

Qu'ils travaillent dans des hôpitaux, des établissements de soins de longue durée, des cliniques ou d'autres milieux, les médecins ont un rôle important à jouer dans l'obtention des meilleurs antécédents médicamenteux possibles, la comparaison entre ce que prend le patient et ce qui lui a été prescrit, puis la communication et la résolution des anomalies liées aux médicaments. Les rôles précis des médecins en ce qui a trait au bilan comparatif peuvent varier en fonction de leur responsabilité au sein de l'équipe de soins. Une attribution claire des rôles et des responsabilités, dans un contexte de responsabilisation partagée, est nécessaire. Puisque le processus peut impliquer de nombreux professionnels de la santé, une communication efficace au sein de l'équipe s'avère essentielle.  Les médecins doivent également mettre l'accent sur le rôle du patient dans ce processus et s'inspirer de l'expertise du pharmacien de l'établissement ou de la communauté au besoin.

Le bilan comparatif des médicaments ne s'adresse pas uniquement au médecin qui travaille en établissement. En raison de la relation durable qu'il a avec ses patients, l'omnipraticien est souvent le gardien de la liste des médicaments. Ainsi, le bilan comparatif peut être perçu comme un processus continu (p. ex., lors d'une visite du patient, lorsque la pharmacie téléphone, sur réception de dossiers provenant d'autres spécialistes) pour l'omnipraticien et les autres intervenants clés dans le cercle de soins du patient.4  

C'est le patient qui est le mieux placé pour savoir quels sont les médicaments qui lui ont été prescrits par de multiples professionnels de la santé. Les médecins devraient encourager les patients, la famille et les professionnels de la santé à maintenir une liste exacte de tous les médicaments, à revoir et, mettre à jour la liste à chaque rencontre de santé.5

Conseils pour prescrire des médicaments de façon plus sécuritaire

Bien que les médecins ne soient pas les seuls à prescrire des médicaments, ils rédigent la majorité des ordonnances au canada. La prescription de médicaments est un processus complexe auquel les médecins doivent appliquer une approche systématique. Les conseils suivants peuvent aider les médecins à réduire les risques associés à la prescription de médicaments.6
  • Se tenir à jour au sujet des médicaments, notamment en ce qui concerne les maladies les plus courantes.
  • Disposer des renseignements appropriés sur le patient et le médicament afin d'éviter les erreurs de prescription. L'accès à des dossiers médicaux à jour s'avère essentiel.
  • Faire participer les patients aux décisions liées aux ordonnances et à la prise de rendez-vous aux fins de surveillance ou d'évaluation. Parler des risques liés aux médicaments, des effets secondaires et des solutions de rechange dans le cadre de la discussion en vue d'obtenir le consentement.
  • Faire preuve de vigilance dans la rédaction des ordonnances, sur papier ou en version électronique, et revérifier les nouvelles ordonnances. Cela permettra de faire des choix judicieux en matière d'ordonnances, ainsi que de réduire la probabilité d'erreurs avant qu'elles n'atteignent le pharmacien ou le patient. Se demander s'il est même nécessaire de prescrire le médicament.
  • Être conscient des patients à risques élevés et des médicaments à risques élevés. Les patients à risques élevés comprennent ceux atteints de maladies graves, ceux prenant de multiples médicaments, les très jeunes enfants et les personnes âgées.
  • Consulter les alertes informatisées liées aux médicaments pour obtenir de l'information sur les interactions ou les allergies médicamenteuses.
  • Envisager l'intégration de niveaux élevés de sécurité à tout système de renouvellement d'ordonnances.
  • Se doter de moyens sécuritaires et efficaces pour communiquer l'information liée aux médicaments entre les soins primaires et secondaires, et pour donner suite à toute modification aux médicaments proposée ou initiée par d'autres cliniciens.
  • Se méfier des abréviations pouvant être mal interprétées et entraîner d'éventuelles erreurs médicamenteuses préjudiciables. Il est préférable d'éviter d'utiliser les noms abrégés de médicaments. Les ordonnances devraient inclure des directives telles « chaque jour » ou « un jour sur deux » au lieu de qd ou qod. Les ordonnances de médicament ne devraient pas comporter de zéro à droite (p. Ex., écrire 5 mg au lieu de 5,0 mg). Par contre, un zéro de gauche devrait être inclus avant un signe décimal (p. Ex. 0,5 mg au lieu de ,5 mg).7

Sécurité liée aux narcotiques

Une analyse des erreurs dans l'administration des médicaments et des accidents évités de justesse signalés à l'institut pour l'utilisation sécuritaire des médicaments du canada (ismp canada) a permis de déterminer que les narcotiques (opioïdes) sont l'une des causes les plus fréquemment citées à l'origine de préjudices chez les patients. Des problèmes liés à la sécurité des patients mettant en cause des narcotiques peuvent survenir en raison du large éventail de produits et de concentrations narcotiques, de la variété des formes posologiques, de médicaments ayant une présentation ou un nom semblable, de l'emballage ou l'étiquetage, de pompes à perfusion et d'analgésie contrôlées par le patient, et des exigences en matière de surveillance des patients. 

Bien que les narcotiques soient des médicaments très importants et nécessaires lorsqu'ils sont utilisés convenablement, les médecins sont vivement encouragés à prendre les précautions qui s'imposent lorsqu'ils gèrent ces médicaments, tout comme ils le font pour tout autre médicament à risque élevé.

Les 10 bons principes liés à l'administration de médicaments8

Les médecins doivent vérifier le caractère approprié de nombreux facteurs en ce qui a trait aux médicaments, notamment qu'il s'agit : du bon patient, du bon médicament, de la bonne posologie, du bon moment, de la bonne voie 'administration, de la bonne formulation du médicament, de la bonne indication, des bonnes instructions (à l'intention du patient), de la bonne réponse et de la bonne documentation.  Les médecins ne sont pas nécessairement responsables de tous ces facteurs à eux seuls dans tous les cas. Toutefois, se poser ces questions contribue à accroître la sécurité des médicaments.

Technologies visant à rehausser la sécurité des médicaments

Les progrès rapides de la technologie des soins de santé peuvent aider les médecins à gérer les médicaments. Cependant, ils peuvent aussi entraîner de nouveaux défis. Les nouvelles technologies en soins de santé comprennent les dossiers électroniques de santé, les applications médicales ou les outils d'aide à la décision en ce qui a trait au diagnostic et au traitement des patients, les systèmes informatisés d'ordonnances médicales (ordonnances électroniques) et les alertes informatisées d'interactions médicamenteuses. Les médecins doivent se tenir au fait des nouvelles technologies et poser des questions, tout en faisant preuve de vigilance en regard des problèmes liés à la sécurité des médicaments.

Divulgation et déclaration des problèmes liés aux médicaments

Les médecins doivent divulguer aux patients les événements iatrogènes médicamenteux et les déclarer par les voies appropriées de leur établissement pour réduire leur survenue à l'avenir. Les médecins peuvent aussi participer au programme de déclaration d'incidents et d'accidents liés à l'utilisation des médicaments de l'ismp canada, conçu pour recueillir, traiter et analyser les erreurs médicamenteuses réelles et potentielles signalées par les professionnels de la santé. Ce programme à participation volontaire a pour but d'élaborer et de diffuser des recommandations et des stratégies visant à réduire les erreurs médicamenteuses. L'ISMP Canada encourage la déclaration pour permettre aux professionnels de la santé de tout le pays de tirer des leçons des événements iatrogènes médicamenteux. Les renseignements soumis sont protégés et traités avec la plus stricte confidentialité, et il existe un formulaire de déclaration en ligne.9

Les médecins se doivent aussi de connaître le Programme Canada Vigilance, un programme de surveillance après la mise en marché relevant de Santé Canada, qui recueille et évalue les déclarations d'effets indésirables présumés associés aux médicaments sur ordonnance et en vente libre. Le Programme Canada Vigilance offre une variété d'outils qui permettent aux professionnels de la santé et aux consommateurs de déclarer des effets indésirables présumés. La déclaration peut se faire en ligne.

Ressources à l'intention des médecins

Selon la nature de leurs préoccupations, les médecins ayant des questions au sujet de l'ordonnance ou de la gestion des médicaments peuvent communiquer avec un pharmacien, leur organisme de réglementation de la médecine ou l'ismp Canada. Les membres de l'acpm qui ont des questions médico-légales associées à la gestion des médicaments devraient communiquer avec l'Association pour parler à un médecin-conseil. 

L'ACPM a aussi publié des ressources sur la gestion des risques liés à l'emploi non conforme de médicaments ou d'appareils médicaux, et sur la gestion des risques liés aux problèmes de médication chez les personnes âgées.

Références

  1. Nicol, N., « Case study: An interdisciplinary approach to medication error reduction », American Journal of Health System Pharmacy (2007) vol. 64, no 14, p. 17-20
  2. L'Institut canadien d'information sur la santé, « Les soins de santé au Canada 2011 : regard sur les personnes âgées et le vieillissement » 2011. Consulté en ligne le 5 avril 2013 : http://www.cihi.ca/cihi-ext-portal/internet/fr/document/health+system+performance/quality+of+care+and+outcomes/release_01dec11
  3. Agrément Canada, L'Institut canadien d'information sur la santé, Institut canadien pour la sécurité des patients, L'Institut pour l'utilisation sécuritaire des médicaments du Canada, « Bilan comparatif des médicaments au Canada : hausser la barre », 2012. Consulté en ligne le 10 juillet 2013 : http://www.accreditation.ca/uploadedFiles/Medication%20reconciliation%2010%2031%202012%20french.pdf
  4. L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, « Assuring medication accuracy at transitions in care », 2008. Consulté en ligne le 8 avril 2013 : http://www.cpso.on.ca/members/resources/practicepartner/patientsafety/default.aspx?id=2804&terms=assuring+medication+accuracy
  5. Institut canadien pour la sécurité des patients, « Des soins de santé plus sécuritaires maintenant! » Diffusion Web « Medication Reconciliation in Primary Care », le 12 février 2013. Consulté en ligne le 15 mai 2013 : http://www.saferhealthcarenow.ca/fr/interventions/medrec/pages/resources.aspx
  6. Medical Protection Society, « Tips for safe prescribing », Your Practice (2011) vol. 5, no 4, p. 9
  7. L'Institut pour l'utilisation sécuritaire des médicaments du Canada, Narcotic (Opioid) Medication Safety Initiative, consulté en ligne le 14 juin 2013 : http://www.ismp-canada.org/NarcInit.htm
  8. Parker, Cheryl, « For patient safety, obey the "10 rights" of medication administration », Canadian Healthcare Technology (novembre/décembre 2012) p. 14
  9. L'Institut pour l'utilisation sécuritaire des médicaments du Canada, Formulaire de déclaration d'incident/accident liés à l'utilisation des médicaments, consulté en ligne le 15 novembre 2013 : https://www.ismp-canada.org/fr/form_dec.htm

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