Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Se préparer pour une urgence médicale – Prévoir l’imprévisible dans un cabinet ou une clinique

Publié initialement en janvier 2013 W13-001-F

Des urgences médicales peuvent survenir en tout temps et à tout moment, dont pendant qu'une personne se trouve au cabinet et à la clinique d'un médecin. Lorsque des urgences se présentent dans ce contexte, le médecin et son personnel seront appelés à porter assistance à leur patient, ce qui déclenche une intervention d'urgence. La tenue d'une évaluation convenable des risques rattachés aux urgences, suivie de l'élaboration d'un plan, de préparation et d'exercices, assureront l'efficacité des interventions et peuvent même améliorer les résultats pour les patients.

Quels sont les types d'urgence qui se présentent?

On peut aisément s'imaginer une situation où un patient se présente à un rendez-vous médical fixé à l'avance pour être ensuite transporté d'urgence aux services d'urgence les plus près parce qu'il souffre d'importantes douleurs à la poitrine. Les événements cardiovasculaires, dont les arrêts cardiaques, comptent parmi les situations d'urgence les plus courantes dans les cabinets et cliniques médicaux, comme en témoignent des études menées au Canada, aux États-Unis et en Australie.1, 2, 3   Dans le cadre de l'étude canadienne, les chercheurs ont examiné la fréquence et le type d'urgences qui surviennent et que doivent traiter les omnipraticiens canadiens en milieu urbain. Ils ont découvert que les urgences cardiovasculaires étaient les plus fréquentes, suivies de maladies générales comme des traumatismes, des maladies infectieuses, l'hypothermie ou l'exposition, ainsi que des cas de détresse respiratoire, comme l'asthme. Au nombre des autres scénarios d'urgence courants comptaient les accidents vasculaires cérébraux, les convulsions, les évanouissements, les réactions allergiques et anaphylactiques, la détresse diabétique, les maladies abdominales, les lombalgies, les hémorragies, les problèmes gynécologiques et de l'obstétrique et les problèmes pharmacologiques comme un empoisonnement ou une toxicité.

Quelles sont les responsabilités des médecins dans une situation d'urgence?

Il va sans dire que les médecins qui effectuent certaines interventions dans leur cabinet ou clinique, comme des injections pour des allergies ou des vaccins, des prélèvements sanguins ou des interventions chirurgicales, comme des vasectomies, ont un devoir de diligence envers leurs patients, et les tribunaux et organismes provinciaux et territoriaux de réglementation de la médecine (Collèges) s'attendent d'eux qu'ils soient préparés en vue de complications urgentes pouvant survenir par suite de l'acte médical. Dans une clinique où des injections sont administrées pour une allergie, par exemple, il est raisonnable d'anticiper une réaction anaphylactique chez un patient. Les tribunaux et Collèges s'attendent des médecins et de leur personnel qu'ils mettent en place un protocole d'intervention d'urgence pour traiter les patients qui présentent ce type d'urgence.

Bien que certaines urgences médicales puissent raisonnablement être anticipées ou prévues dans un cabinet ou une clinique, il n'en va pas de même pour tous les types d'urgences. Le cas d'un patient peut se transformer en urgence en tout temps : il peut avoir une crise d'asthme soudaine ou un accident vasculaire cérébral, ou un parent pourrait se présenter avec son enfant en ignorant que ce dernier est gravement malade. De plus, la personne peut ou non être un patient déjà connu du cabinet ou de la clinique. Il pourrait s'agir d'un soignant accompagnant un patient, voire même de quelqu'un qui a découvert la clinique par hasard et qui a besoin de soins médicaux urgents.

S'il est impossible pour une clinique ou un cabinet d'être raisonnablement prêt pour tout scénario d'urgence imprévu possible, les Collèges estiment que les médecins ont l'obligation déontologique de faire de leur mieux pour soigner la personne qui a un besoin urgent de soins. Le Code de déontologie de l'Association médicale canadienne dit bien que les médecins devraient « Fournir toute l'aide appropriée possible à quiconque a un besoin urgent de soins médicaux. »

Dans le contexte d'urgences médicales imprévues, les médecins doivent avant tout exercer la médecine du mieux qu'ils peuvent. Ils doivent traiter ceux qui ont besoin de soins dans le but d'empêcher la souffrance prolongée et de supprimer toute menace immédiate pour la vie, l'intégrité physique  ou la santé d'une personne. Les soins que les médecins prodiguent en situation d'urgence pourraient différer considérablement de ce que l'on attendrait d'eux dans des circonstances plus normales, et être plus rudimentaires que ce qu'il est possible de faire au service d'urgence. Les médecins et leur personnel de cabinet ou de clinique pourraient juger bon de mettre en place un plan d'intervention d'urgence de base, y compris le soutien de base des fonctions vitales jusqu'à ce que le patient puisse être confié aux services d'urgences; à leur arrivée, le médecin peut transférer les soins aux intervenants. Le médecin doit documenter les soins qu'il a prodigués, car ces renseignements deviennent utiles dans la continuité des soins du patient.

Comment se préparer pour une situation d'urgence

De nombreuses ressources sont à la disposition des médecins afin de planifier une urgence dans leur cabinet ou leur clinique. D'abord, ils peuvent se tourner vers leur Collège, qui pourrait avoir mis en place des politiques, lignes directrices ou recommandations pour la préparation d'urgences. Par exemple, le Collège des médecins du Québec a publié un livret intitulé Procédures et interventions en milieu extrahospitalier, qui comprend de l'information sur la préparation d'urgence en cabinet ou en clinique; il se trouve dans le site web du Collège (en français seulement) au www.cmq.org/fr.aspx. L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario a également rédigé un livret qui contient des directives sur la préparation pour les urgences, intitulé Safe and Effective Office-Based Practices, qui se trouve sur le site www.cpso.on.ca (en anglais seulement). De plus, des articles2, 4 ont été rédigés sur le sujet, et un site web a été créé par un jeune médecin de Colombie-Britannique : www.OfficeEmergencies.ca.

Ces ressources suggèrent de se préparer pour une urgence en cabinet et en clinique avec différentes stratégies, dont la détermination du niveau de risque du cabinet et des types d'urgence les plus susceptibles de survenir, l'évaluation de la formation et du matériel nécessaire pour intervenir dans ces situations d'urgence, la création d'un plan et la tenue d'exercices.

Déterminer le risque

Les médecins devraient d'abord commencer à préparer leur cabinet en évaluant le niveau de risque rattaché à leur pratique. Pour ce faire, ils devraient s'arrêter aux caractéristiques particulières à la pratique, comme le type de population de patients (à savoir si le médecin soigne davantage des enfants ou des aînés), l'achalandage, l'emplacement (rural ou urbain), la distance entre le cabinet et la salle d'urgence la plus près, les types d'intervention pratiquées dans le cabinet, l'accès à des services d'intervention d'urgence comme le 911, etc. À titre d'exemple, le cabinet ou la clinique d'un omnipraticien aura différents niveaux de risque et caractéristiques en comparaison à un médecin qui, par exemple, se spécialise en psychothérapie. La connaissance de son niveau de risque permettra au médecin de circonscrire le matériel et la formation nécessaires pour intervenir efficacement en situation d'urgence médicale.

Planification du matériel et de la formation

Le matériel et les fournitures qui doivent se trouver dans un cabinet de médecin doivent correspondre au niveau de risque dans la pratique, aux procédures effectuées dans le cabinet et à l'étendue des interventions médicales que le médecin estime être en mesure d'offrir adéquatement, aidé de son personnel. Par exemple, les cabinets ou cliniques situés à bonne distance d'un hôpital ou d'un service d'urgence pourraient représenter un risque élevé, et donc être équipés de façon à permettre aux médecins et à leur personnel de soutenir les fonctions vitales pendant une période prolongée. Les médecins doivent faire preuve de jugement clinique pour déterminer quels sont les matériels et fournitures les plus utiles pour leur pratique.

Les médecins qui se spécialisent en pédiatrie doivent garder à l'esprit les besoins de traitement spéciaux des enfants en situation d'urgence. C'est pourquoi le matériel, les fournitures et les médicaments doivent être expressément conçus pour les bébés et les enfants.

La formation du personnel est une composante essentielle de la préparation d'un cabinet aux situations d'urgence. En connaissant les divers types d'urgence qui risquent de survenir, ainsi que les compétences actuelles de chaque membre du personnel, les médecins comme le personnel peuvent savoir où se trouvent les lacunes quant aux connaissances et aux compétences, et y remédier. Les médecins qui travaillent dans un petit cabinet peuvent juger bon de former tout le personnel sur le soutien de base des fonctions vitales, tandis que dans un grand cabinet, seul le personnel clinique aurait besoin de cette formation. Tout le personnel doit cependant être conscient du rôle qu'il a à jouer pendant une urgence et connaître le type et l'emplacement du matériel et des fournitures sur place. Certains membres du personnel pourraient de plus être formés et affectés à l'inspection, au remplacement et à la commande de matériel et de fournitures.

Le plan écrit indique comment le cabinet interviendra dans une situation d'urgence médicale. Il décrit en détails le rôle de chaque membre du personnel, l'emplacement du matériel et les moyens à considérer pour assurer le transfert du patient au prochain niveau de soins, normalement, un hôpital ou un service d'urgence. Pour que tout le monde soit toujours prêt, il est conseillé aux médecins de mettre le plan à l'épreuve avec leur personnel; les exercices permettent aux membres du personnel de tester leurs connaissances, de maîtriser chaque étape efficacement et de dégager des problèmes, pour ensuite les corriger. Si le personnel connaît bien le plan, il aura plus de facilité à rester calme et à soigner le patient en situation d'urgence réelle.

Dès que possible après l'urgence, les médecins devraient documenter l'événement dans un dossier médical, même en l'absence d'une relation antérieure avec le patient. La documentation est un compte rendu écrit du raisonnement médical et des étapes suivies, qui facilite toute investigation et tout traitement subséquents et se révèle très utile si l'on pose des questions au sujet des soins plus tard.

En bref

Les médecins ont l'obligation déontologique d'intervenir auprès de ceux qui ont un besoin urgent de soins pendant qu'ils sont au cabinet ou à la clinique, peu importe si la personne est un patient ou non. En passant au crible les caractéristiques de leur pratique, les médecins seront mieux outillés pour tenter d'anticiper les urgences les plus susceptibles de survenir et pour préparer leur cabinet ou clinique en obtenant le matériel nécessaire, en formant leur personnel et en mettant sur pied un plan d'intervention. Dès que possible après l'urgence, les étapes suivies dans les soins du patient doivent être documentées clairement, entièrement et lisiblement dans un dossier médical. Enfin, la planification et la préparation permettront aux médecins comme à leur personnel de rester calme et de réagir efficacement dans une situation d'urgence médicale.


Références

  1. Liddy, C, Dreise, H, Gaboury, I., Frequency of in-office emergencies in primary care (Fréquence des urgences au bureau dans les soins primaires), Canadian Family Physician – Le Médecin de famille canadien, (octobre 2009) Vol. 55, p.1004-1005.
  2. Sethe L. Toback, Medical Emergency Preparedness in Office Practice, American Family Physician (2007) vol. 75, no11 p.1679-1684.
  3. Johnston, C. L., Coulthard, M.G., Schluter, P.J., Dick, M.B., Medical emergencies in general practice in south-east Queensland: prevalence and practice preparedness, Medical Journal of Australia, (Le 16 juillet 2001) vol. 175, p.99-103.
  4. Sempowski, I.P., Brison, R.J., Dealing with office emergencies, Stepwise approach for family physicians, Canadian Family Physician – Le Médecin de famille canadien, septembre 2002, vol. 48, pages 1464-1472.

 


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