Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Les médecins sous les feux des projecteurs : conseils pratiques en matière de relations médiatiques

Publié initialement en octobre 2014
P1404-4-F

L'intérêt manifesté par les médias pour les affaires juridiques ou les questions relatives aux organismes de réglementation de la médecine (Collèges) ne date pas d'hier; toutefois, la convergence des médias traditionnels et des médias sociaux a accru la portée et l'impact des reportages portant sur les médecins, leur pratique ou leurs problèmes médico-légaux. Les médecins doivent admettre que leur rôle relève de la sphère publique et que cela signifie donc qu'ils ont non seulement une responsabilité envers la population, mais qu'ils sont également soumis au regard critique de l'opinion publique. Comprendre ce qui fait les manchettes, le cycle de vie des actualités et les moyens de diffusion peut permettre de gérer l'intérêt médiatique.

Un médecin peut se sentir vulnérable lorsqu'il doit affronter des journalistes, ou ressentir une certaine frustration lorsqu'il prend connaissance d'un reportage négatif, mais il peut avoir recours à des stratégies qui lui permettront de minimiser les conséquences néfastes. Il doit pour cela connaître les stratégies possibles et s'en servir, peu importe si les informations ont été transmises dans les médias sociaux ou dans d'autres médias de diffusion plus traditionnels.

Digne d'une couverture médiatique?

Les journalistes et les rédacteurs ont recours à des principes généraux pour déterminer ce qui est digne d'une couverture médiatique. Il s'agit entre autres de l'opportunité, l'importance, la proximité, la proéminence et l'intérêt humain1. De plus, le contexte régional, le type de média, c'est-à-dire s'il s'agit de la presse écrite, de la radio ou de la télévision, ainsi que les informations que l'on retrouve dans le cycle des actualités, auront tous une influence sur ce qui fera les manchettes et sur la proéminence qui y sera accordée.

Les médecins peuvent s'attendre, à un moment ou un autre de leur carrière, à faire l'objet direct ou indirect d'un reportage. Il peut s'agir d'une situation positive, par exemple, la célébration d'une étape importante dans une carrière, les résultats d'une étude de recherche ou la découverte d'un nouveau traitement, ou encore la réussite d'un traitement chez un patient. Par contre, il peut aussi y avoir des situations difficiles, voire dommageables pour la réputation d'un médecin lorsque les circonstances entraînent une action en justice, une audience disciplinaire ou un événement préjudiciable pour un patient.

Comment gérer l'intérêt médiatique?

Lorsque l'intérêt des journalistes est accueilli favorablement, les médecins peuvent miser sur les médias pour les aider à diffuser des renseignements utiles à une grande partie de la population, contribuant ainsi à l'image positive et à la bonne réputation de la profession et de l'établissement dans lequel ils exercent. Par contre, lorsque l'on s'attend à ce que l'intérêt médiatique soit négatif, voire même préjudiciable à la réputation d'un médecin, il faut tenir compte de ce qui suit :

  • Garder une attitude professionnelle lorsque l'on est convié à une entrevue, que ce soit pour accepter ou refuser l'invitation.
  • Éviter tout langage ou comportement provocateur, même lorsque les circonstances sont indéniablement difficiles.
  • Garder le contact avec le journaliste, même après avoir refusé de participer à une entrevue, au cas où il y aurait d'autres occasions de collaboration.
  • Obtenir au préalable le consentement du patient, de son décideur remplaçant ou de sa succession si l'intérêt marqué par les médias porte sur les soins prodigués à un patient particulier.
  • Confirmer que la permission voulue a bien été obtenue avant de parler au nom d'un hôpital ou d'un autre établissement lorsque l'information porte sur des soins qui y ont été prodigués.
  • Fournir des renseignements factuels au moyen d'une déclaration écrite ou verbale.
  • Demander à un tiers (p. ex., un chef de département) de parler en faveur de votre travail, si cela est approprié.
  • Obtenir l'appui d'amis, de membres de la famille et de collègues, en reconnaissant que ce sont nos proches qui nous connaissent le mieux.

Quelles sont vos obligations envers les médias?

Bien que les médecins exercent dans la sphère publique, ils ne sont pas tenus d'accorder d'entrevues aux médias, ni de fournir de photographies ou d'autres renseignements pouvant leur être demandés. Cependant, lorsque les médias s'intéressent à un médecin, il est recommandé au médecin de prendre en considération son intérêt et celui du patient, selon les circonstances. En général, les journalistes cherchent à présenter des reportages équilibrés offrant une diversité de points de vue. Demandez-vous si vous êtes ou non en mesure de proposer une autre perspective, ou une autre version des faits. Sachez que le refus d'accorder une entrevue ne fera pas nécessairement disparaître l'intérêt des médias.

Parfois, il peut être utile de répondre brièvement aux demandes, plutôt que de refuser de donner suite aux appels ou aux courriels. Une réponse accordée en temps opportun, même si une entrevue a été déclinée, peut satisfaire les journalistes. Les réponses suivantes pourraient servir :

J'ai reçu votre message vocal (ou votre courriel), mais je ne suis pas en mesure de vous accorder une entrevue.

Je comprends l'intérêt que vous portez à cette situation, mais je ne suis pas disponible pour une entrevue.

Je ne peux aborder les questions particulières soulevées par un patient en raison de mon obligation de respecter la confidentialité des renseignements.

Comme il s'agit d'une instance qui se trouve devant les tribunaux (ou le Collège), il n'est pas approprié pour moi de faire des commentaires à son sujet.

Les faits sont bien connus et diffusés et je n'ai rien d'autre à ajouter.

J'ai préparé un énoncé qui traitera des questions que vous avez soulevées.

Que faire lorsque les informations sont négatives?

Un médecin ou l'établissement où il travaille peut se retrouver au centre d'une controverse faisant les manchettes de la presse locale ou nationale. Selon certains stratèges en relations médiatiques, il est préférable d'être proactif lorsque l'on s'attend à de « mauvaises » nouvelles, alors que d'autres prônent une approche plus réactive. L'importance du sujet et de la personne faisant l'objet d'un reportage déterminera la proéminence et la portée du message dans les actualités et, parallèlement, les mesures d'atténuation pouvant être envisagées.

Si les médias se concentrent sur un médecin en particulier, il importe plus que jamais de faire preuve de professionnalisme, en dépit de la pression supplémentaire que cela suscite. L'interaction des médecins avec autrui, y compris les journalistes, peut soit infirmer, soit confirmer l'image qui est présentée. Il peut être très difficile de faire directement face à un problème, mais une telle approche pourrait en valoir la peine. Les médecins qui choisissent de collaborer avec les médias doivent être disposés à répondre à des questions difficiles. Il est donc indiqué dans une telle situation de préparer une déclaration, officielle ou non, ou encore des messages clés.

Les médecins peuvent aussi se trouver impliqués dans un reportage portant sur leurs patients. Bien que les patients puissent révéler leurs propres renseignements sur leur santé, les médecins sont pour leur part toujours tenus de respecter leur obligation de protéger les renseignements personnels et la confidentialité de ces informations. Ils doivent donc obtenir le consentement des patients avant de divulguer tout renseignement lorsque les médias les interrogent sur l'état de santé des patients.

Un médecin peut déposer une plainte officielle s'il estime qu'un reportage mériterait d'être porté à l'attention du conseil de presse qui est chargé de faire valoir des normes journalistiques et éthiques pour le compte du public et de la presse dans sa région. La plupart des organes de presse participent en effet à un conseil de presse, qui se prononce sur les plaintes déposées par le public. L'Ontario, le Québec, l'Alberta, le Manitoba, la Colombie-Britannique et le Canada atlantique ont tous un conseil de presse.

Dans des circonstances très graves, le médecin peut décider de demander réparation auprès des tribunaux. Ceci signifie qu'il doit intenter des poursuites pour diffamation et atteinte à la réputation.

Les médecins devraient envisager de suivre les conseils suivants lorsqu'ils sont confrontés à des nouvelles négatives :

  • Le cycle des actualités est de 24 h sur 24, 7 jours sur 7, et l'intérêt des médias peut rapidement changer. Les médecins peuvent tirer un certain réconfort du fait que tout reportage ne revêt qu'un intérêt éphémère.
  • Le fait de ne rien dire ne fera pas nécessairement disparaître un sujet de l'actualité. Que vous choisissiez ou non de participer à une entrevue, le reportage sera probablement publié dans les médias traditionnels ou les médias sociaux s'il est jugé digne d'intérêt.
  • Si l'on vous invite à participer à une entrevue, il est tout à fait indiqué de poser des questions au journaliste (pour savoir qui d'autre sera interviewé, à quel moment l'entrevue est prévue, etc.).
  • Il importe de ne pas s'empresser d'accepter une entrevue en pensant qu'il est préférable de s'en débarrasser pour en finir une bonne fois pour toutes. Il faut prendre le temps de réfléchir à ce que l'on veut dire et à la façon de le dire. Il est toujours possible d'essayer de négocier les échéances avec le journaliste.
  • L'appui d'un tiers peut être utile, notamment lorsqu'il s'agit de remettre en cause un reportage négatif. Invitez des personnes qui peuvent vous soutenir à présenter une perspective plus équilibrée si cela est approprié.
  • Communiquez avec le journaliste pour rectifier les faits si ceux-ci sont erronés. Ne laissez pas passer des erreurs sans les corriger; un autre journaliste pourrait en effet se fonder sur des faits erronés pour rédiger son prochain article.

Les membres sont invités à communiquer avec l'ACPM pour obtenir des conseils sur la marche à suivre dans les demandes de renseignements provenant des médias.




Référence

  1. Media.College.com,« What makes news? ». Consulté le 21 mai 2014 à l'adresse : http://www.mediacollege.com/journalism/news/newsworthy.html

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.