Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

La bonne intervention au bon moment : une question d’équilibre

Publié initialement en septembre 2014/Révisé en avril 2017
P1403-3-F

En contexte de prudence financière, et malgré les efforts continus pour améliorer la sécurité des soins, l'utilisation efficiente et efficace des ressources du domaine de la santé demeure une priorité pour les gouvernements, les autorités en matière de santé, les administrateurs et les professionnels de la santé. Dans ce contexte, les médecins doivent donc concilier leur obligation d'agir de manière responsable sur le plan financier avec celle de prodiguer des soins sécuritaires.

On reconnaît de plus en plus que les patients ne retirent aucun bienfait des examens, des traitements ou des interventions excessifs ou inutiles, ceux-ci pouvant même drainer des ressources en santé déjà restreintes. Cette situation pose un défi aux médecins qui tentent de trouver un équilibre approprié dans ce qu'ils recommandent aux patients. Pour tenir compte des réalités financières tout en continuant à prodiguer des soins sécuritaires, les médecins doivent donc s'appuyer sur leurs connaissances, leur jugement clinique et les meilleures données probantes pour guider leurs décisions.

Intérêt croissant à l'égard des examens, des traitements et des interventions

La pénurie de ressources actuelle ajoute un niveau de complexité à la prestation des soins, même si les cliniciens connaissent bien les examens, les traitements et les interventions qu'ils évaluent par ailleurs régulièrement.

En 2013, le Groupe de travail sur l'innovation en matière de santé a commencé à réévaluer et à établir de nouvelles lignes directrices pour certaines interventions dont les imageries par résonance magnétique, les remplacements d'articulation et les exérèses de cataracte. En se fondant sur les recommandations de ce groupe de travail interprovincial, les premiers ministres du Canada ont approuvé les lignes directrices relatives à l'usage approprié de l'imagerie médicale pour les lombalgies, les céphalées et les traumatismes crâniens mineurs. Au même moment, des autorités en matière de santé ont présenté des lignes directrices sur l'usage approprié de certains examens diagnostiques. Parmi ces initiatives, lors de l'assemblée annuelle de l'Association médicale canadienne en 2013, les membres ont appuyé la proposition qu'un groupe de travail soit mis sur pied pour élaborer une liste d'examens, de traitements et d'interventions qui non seulement posent des risques et consomment les ressources de façon inappropriée, mais qui ne font pas progresser le rétablissement du patient. Ces initiatives et bien d'autres mettent en évidence l'importance accrue d'une saine utilisation des ressources dans les soins de santé.

Responsabilités des médecins

Tous les médecins exerçant au Canada doivent « tenir compte d'abord du mieux-être du patient1 ». Cet énoncé sous-entend de prescrire les bons examens et le bon traitement en fonction de l'état de chaque patient et des circonstances. Les médecins doivent aussi avoir une discussion éclairée avec les patients au sujet des risques et des avantages de tout examen, traitement ou intervention, et ces discussions doivent être consignées dans les dossiers médicaux.

Dans le cadre de la campagne Choisir avec soin, les sociétés professionnelles nationales de médecins participantes ont émis plus de 220 recommandations fondées sur des données probantes concernant des examens, traitements ou interventions dont les patients n'ont pas toujours besoin, qui ont été diffusées auprès de 37 spécialités2. Le but premier de cette initiative est de promouvoir le dialogue chez les médecins et les patients à l’égard des examens, traitements et interventions inutiles, et de les aider à faire des choix réfléchis et efficaces qui appuient la prestation de soins de grande qualité. Les examens et traitement inutiles ne représentent en effet aucune valeur ajoutée. Au contraire, ils nuisent aux soins en exposant possiblement les patients à des préjudices, en entraînant d’autres séries d’examens pour investiguer les « faux positifs » et en contribuant au stress chez les patients. Bien entendu, ces examens et traitements inutiles exercent par ailleurs des pressions supplémentaires sur les ressources de notre système de soins de santé. Les médecins n'ont pas l'obligation d'adopter les recommandations de Choisir avec soin dans toutes les situations, mais ils devraient se familiariser avec les listes des examens, traitements et interventions qui y sont énumérés. L’ACPM considère que cette campagne sert d’exemple novateur de leadership pour les médecins en ce qui a trait aux défis que représentent la bonne gestion des ressources et la prévention des préjudices découlant de soins cliniques inutiles chez les patients.

Pour bien exercer la médecine, les médecins doivent avoir recours à leurs connaissances, à leur jugement, de même qu'aux données probantes lorsqu'ils recommandent les examens, les traitements et les interventions les plus appropriés à leurs patients. Les médecins sont responsables en dernier ressort non seulement de poser un diagnostic précis en temps opportun, mais aussi de discuter des recommandations et des choix de traitement pertinents.

La participation des patients

Dans le monde branché d'aujourd'hui, les patients ont accès à plus d'information médicale que jamais. Il se peut alors que les patients demandent un certain nombre d'examens, de traitements ou d'interventions inutiles ou inappropriés. Ce plus grand accès à l'information médicale peut aussi mener des patients à refuser des examens, des traitements ou des interventions en fonction de ce qu'ils jugent « malavisé ». Puisque la nouvelle technologie médicale (y compris les médicaments) évolue, autant les médecins que les patients peuvent être leurrés par ces innovations. Les médecins reconnaissent généralement que la diffusion de certaines de ces avancées n'est pas toujours bien gérée; ils doivent aussi évaluer si les examens, les traitements et les interventions auront des conséquences pour le patient ou viendront influer sur les résultats3.

En envisageant les recommandations à faire, les médecins doivent communiquer clairement avec les patients et les faire participer aux discussions relatives à leurs choix et préférences. Les risques et les avantages d'un examen diagnostique, de même que la nature et les effets prévus du traitement proposé, devraient être discutés. Ce ne sont pas tous les patients qui sont en mesure de comprendre que des examens ou des traitements excessifs peuvent causer un préjudice et que la plupart des examens risquent d'entraîner des complications, un inconfort physique, un stress émotionnel ou de faux résultats. Les médecins devraient toujours donner l'occasion aux patients de poser des questions; ils devraient aussi les informer sur les conséquences de ne pas poursuivre un traitement ou de ne pas traiter une affection. Les médecins doivent aussi respecter le fait qu'un patient apte a le droit d'accepter ou de rejeter tout soin médical recommandé.

Gérer les risques associés aux examens, aux traitements et aux interventions recommandés

Lorsqu'ils prescrivent des examens, des traitements et des interventions, les médecins peuvent respecter leurs responsabilités et gérer les risques associés en suivant ces conseils :

  • Soyez informé au sujet des examens, des traitements et des procédures couramment prescrits, y compris les données probantes récentes.
  • Parlez des examens, des traitements et des interventions avec le patient en n'oubliant pas d'énoncer la raison pour laquelle ils sont prescrits ainsi que le résultat escompté. Parlez également des avantages, des risques importants et des autres options de traitement.
  • Informez le patient de la possibilité d'effets secondaires négatifs et de résultats inattendus.
  • Obtenez le consentement éclairé du patient avant l'administration de tout examen, traitement et intervention.
  • Documentez l'information partagée avec le patient dans le dossier médical, y compris (si requis) la justification de votre décision de prescrire des examens, des traitements et des interventions. Documentez le diagnostic différentiel si cela est approprié.
  • Demandez l'opinion d'un second médecin, lorsque nécessaire, pour obtenir une autre perspective sur les examens, les traitements et les interventions envisagés.

Prendre la bonne décision

Les patients comptent sur les médecins pour leur prescrire les bons examens, traitements et interventions en fonction de besoins cliniques particuliers. Voilà pourquoi les médecins doivent tirer parti de leurs connaissances, de leur jugement clinique et des meilleures données probantes pour guider leurs décisions; ils doivent discuter avec les patients du caractère approprié ou non de certains examens, traitements ou interventions. Les médecins doivent donc utiliser judicieusement les ressources en matière de soins de santé, faire preuve d'un solide jugement et aider les patients à prendre des décisions éclairées.


Références

  1. Association médicale canadienne, Code de déontologie de l'AMC, 2004, (dernière révision en mars 2014). Consulté le 12 juin 2014 à l'adresse suivante : http://www.cma.ca/code-deontologie
  2. Choisir avec soin (www.choisiravecsoin.org). L'Association médicale canadienne est un partenaire principal de la campagne et plus de 50 sociétés professionnelles de médecins y participent à divers degrés. Cette initiative s'inspire de la campagne américaine Choosing Wisely.
  3. Wolfson, Michael, « Saving our health system means reigning in costs for doctors, tests and drugs », The Evidence Network of Canadian Health Policy, 2013. Consulté le 12 juin 2014 à l'adresse suivante : http://umanitoba.ca/outreach/evidencenetwork/archives/14632

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