Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

À la croisée de la médecine et de la culture

Publié initialement en mars 2014
P1401-4-F

La culture englobe les croyances et les comportements qui définissent les valeurs des communautés et groupes sociaux. Chaque médecin a son propre bagage culturel et la plupart des médecins qui exercent au Canada a l'habitude de prodiguer des soins à des patients d'origines diverses. Par ailleurs, les médecins sont de plus en plus conscients de l'influence de la culture sur la pratique et sur les résultats des soins pour la santé.                

La culture se manifeste sous la forme de signes apparents ou non. Les signes apparents sont notamment la langue, la tenue vestimentaire, l'alimentation et les rituels. Les signes non apparents sont notamment la perception du temps, les notions de pudeur, les réactions envers l'espace physique et la gestion des émotions.

Au Canada, patients et médecins sont issus de nombreuses cultures différentes. Par conséquent, il est possible d'offenser une personne sans le vouloir, en n'étant pas conscient d'un indice, ou en ne comprenant pas un point de vue culturel. De la même manière, même si un patient semble parler couramment la même langue que son médecin, il est possible que cela soit la deuxième, voire la troisième langue de ce patient, ce qui rend possible les malentendus. Aussi, il peut être utile d'avoir recours à un interprète fiable. Les médecins doivent toutefois faire preuve de prudence lorsqu'un ami ou un membre de la famille joue ce rôle, car il pourrait influencer ou entraver la discussion.

La culture influence la santé et la prise en charge de la maladie. La problématique culturelle peut parfois accroître les risques ou influencer les soins. Ainsi, la culture peut influencer les croyances sur l'étiologie de la maladie. Elle peut également influencer la participation à certaines activités de promotion de la santé ou la consultation sur différents problèmes de santé, ainsi que le suivi ou non des options thérapeutiques.

La culture peut également influencer l'approche d'un patient à l'égard du respect des rendez-vous médicaux. Certains patients préfèrent ne pas être informés qu'ils sont en phase terminale ou encore qu'il risque d'y avoir des répercussions liées à leur refus de subir une intervention. Les patients membres des Premières Nations peuvent consulter à la fois un médecin et un guérisseur traditionnel.

La culture peut également influencer les habitudes alimentaires et les rituels de jeûne, même lorsqu'une alimentation est d'importance vitale pour la guérison et les fonctions physiologiques dans leur ensemble. Elle peut également jouer un rôle sur le niveau de l'influence familiale dans les décisions relatives aux soins d'un patient. Selon la culture, les différences entre les sexes pourront également avoir une influence sur la santé d'un patient et le résultat des soins pour la santé.1 De la même manière, il peut exister des différences entre les hommes et les femmes qui cherchent à obtenir des soins pour des problèmes de santé mentale.2 Ceci ne représente que quelques exemples des effets possibles de la culture sur les comportements et les choix de santé d'un individu.

Même s'il est fréquent de parler de prise de conscience culturelle ou de sensibilité culturelle, les médecins et les autres professionnels de la santé reconnaissent de plus en plus l'importance de respecter les différences de culture et d'avoir une pratique sécuritaire sur le plan culturel.

 

La culture et les soins prodigués par les médecins

En plus du devoir de diligence fondé sur la relation entre un médecin et son patient, la culture et les croyances d'un médecin peuvent influencer sa capacité à répondre à certaines demandes de soins dans les situations non urgentes. Les médecins ne doivent pas exercer de discrimination envers les patients sur la base notamment du sexe, de l'origine ethnique, de la religion ou de l'orientation sexuelle. Toutefois, ils peuvent adresser le patient à un autre médecin s'ils pensent que cela est dans l'intérêt médical du patient.

Compétence culturelle

Sont considérés « culturellement compétents », les médecins qui utilisent leurs connaissances et habiletés pour prodiguer des soins de santé efficaces à des patients d'origines culturelles diverses. Cette compétence nécessite à la fois des connaissances, des convictions et la capacité d'agir. La compétence culturelle clinique comporte le fait d'être conscient de son propre bagage socio-culturel et de celui d'un patient, et d'utiliser des habiletés et stratégies qui se focalisent sur des interventions thérapeutiques culturellement appropriées. Elle comporte également une compréhension du déséquilibre des pouvoirs entre médecins et patients et de la façon de permettre aux patients de devenir, le cas échéant, des partenaires plus actifs dans les soins de santé qui leur sont prodigués.3

Une absence de compétence culturelle peut avoir des répercussions sur la sécurité des patients et influencer les résultats des soins pour la santé. Il n'y a qu'à songer aux hospitalisations à répétition, aux erreurs de diagnostic, à la prescription d'examens inutiles ou inappropriés, ou encore à l'incompréhension des patients à l'égard des protocoles de traitement.4 Les médecins peuvent exercer de manière plus respectueuse des différences culturelles en :

  • étant conscient de la manière dont les valeurs et biais culturels potentiels de chaque individu peuvent influencer les interactions avec les patients et les familles de cultures diverses
  • démontrant de la compréhension et de la réceptivité à l'égard des différentes valeurs et cultures
  • adaptant, si possible, le style de pratique permettant d'individualiser les besoins des patients et des familles.
  • collaborant de façon respectueuse avec des personnes d'origines diverses
  • continuant d'en apprendre davantage sur la culture et son incidence sur les professionnels de la santé, les patients et leur famille adoptant des pratiques médicales inclusives.5

Il est non seulement attendu des médecins et des autres professionnels de la santé qu'ils prodiguent des soins respectueux des différences culturelles, mais cette attente porte également de plus en plus sur les établissements de santé eux-mêmes.  Ceci implique que des connaissances et des comportements sécuritaires sur le plan culturel doivent être vivement encouragés au sein même de ces établissements. Ainsi, ces organisations peuvent promouvoir des valeurs, principes et structures permettant de travailler en contexte interculturel; de reconnaître et respecter les contextes culturels des communautés desservies; et de faire systématiquement participer aux soins prodigués les patients, leur famille et leur communauté.6

Étant donné la place importante qu'ils occupent au sein du système de santé, les médecins peuvent devenir d'efficaces pionniers en compétence culturelle parmi les professionnels de la santé et dans les établissements de soins. Parmi les stratégies visant à améliorer la compétence culturelle clinique des médecins, il est notamment possible de discuter de ce sujet pendant l'orientation d'un stagiaire ou d'un résident, lors d'une séance scientifique, d'une réunion départementale interprofessionnelle ou dans le cadre d'ateliers spécialisés. Les informations et les présentations devraient être adaptées à la problématique culturelle associée à certaines spécialités médicales telles que la médecine d'urgence, la pédiatrie et les soins palliatifs.

Sécurité culturelle

Les concepts de conscience, de sensibilité et de compétence culturelle contribuent à la sécurité culturelle, mais ils ne suffisent pas. La sécurité culturelle se fonde sur des actions permettant une pratique sécuritaire telle que définie par les patients eux-mêmes.

Il est possible d'atteindre une sécurité culturelle en construisant des relations qui visent à accroître les possibilités et les choix d'accès aux soins de santé des individus, des groupes et des communautés.7 Ceci sous-entend qu'une relation de confiance respectueuse des différences individuelles s'est instaurée entre le médecin et son patient. Dans de nombreux cas, le professionnel de la santé et le patient doivent comprendre et prendre en compte les différences de l'un et l'autre.

Lorsqu'il prodigue des soins à ses patients, un médecin qui adopte une pratique sécuritaire sur le plan culturel garde à l'esprit qu'il existe différents points de vue. Cela signifie qu'il s'interroge sur les renseignements obtenus sur les personnes à qui il prodigue des soins, ainsi que sur son propre bagage culturel. La qualité et la sécurité des soins médicaux s'améliorent lorsque ces connaissances se traduisent en actions et pratiques précises.  Les médecins doivent également démontrer et encourager cette approche dans le cadre de soins prodigués en équipe. Comme dans toute évaluation de la qualité des soins de santé, la personne bénéficiant de soins médicaux est également celle qui décide si ces soins ont été respectueux de sa culture.

« L'objectif de tout médecin dans les soins de première ligne est d'utiliser la conscience de soi pour permettre une rencontre avec le patient que ce dernier considérera comme respectueuse de sa culture ».8 [Traduction]


Réduire le risque au minimum

Respecter les patients est essentiel pour réduire au minimum les risques de désaccord ou de malentendu liés à la culture. Les médecins devraient envisager les pratiques suivantes :

  • Favoriser une forte relation médecin-patient en adoptant une approche aux soins des patients « délibérément inclusive ».  Ceci diminue le risque d'avoir involontairement adopté une approche « accidentellement exclusive ».
  • Traiter toute rencontre avec un patient comme potentiellement interculturelle.
  • Être à l'affût de barrières linguistiques potentielles, en particulier lors d'entretiens dans la deuxième ou troisième langue du patient.  Un interprète de confiance peut être mis à contribution si la situation s'y prête. Cependant, les médecins devraient jouer de prudence et réfléchir avant de se fier à des amis ou des membres de la famille, qui pourraient nuancer la discussion de leur propre interprétation.
  • S'enquérir des croyances d'un patient au sujet de sa maladie, des raisons de sa maladie et de ses questions sur le traitement.
  • Demander au patient comment il souhaite être traité et comment les soins peuvent être prodigués en tenant compte de ses sensibilités culturelles.
  • Prendre conscience de la façon dont les limites professionnelles (c.-à-d. les limites à la relation entre un médecin et son patient) sont perçues.
  • Documenter au dossier médical tout accommodement culturel accordé au patient.
  • S'appuyer sur un tiers ou sur un intermédiaire culturel lorsque les différences culturelles engendrent des situations difficiles ou sensibles sur le plan émotif, telles que les conflits de valeurs entre les générations.

Trouver le bon équilibre

Même si la plupart des médecins souhaitent respecter la culture de tous leurs patients et collaborer avec eux pour planifier les soins en conséquence, ils doivent s'assurer de fournir des soins compétents et qui satisfont les normes de pratique au Canada. Il est tout aussi important d'accorder des accommodements sur la base de la diversité culturelle, que de respecter les choix de soins d'un patient. Les médecins doivent, en toute circonstance, fournir des conseils aux patients sur le traitement et les soins en vertu de solides motifs et principes médicaux. L'obligation d'obtenir un consentement éclairé revient toujours au médecin qui effectuera le traitement ou l'intervention exploratoire.

Dernière réflexion

Les médecins sont souvent reconnus pour leur compréhension et leur respect des patients, y compris ceux dont le bagage culturel diffère du leur. Compréhension et respect seront utiles aux membres de l'ACPM pour que leur pratique soit sécuritaire sur le plan culturel et respecte les différences de culture. Encourager la mise en œuvre d'une telle pratique médicale représente l'engagement d'une vie. Il en est dans l'intérêt évident des patients comme des médecins.
 


Références

  1. Organisation mondiale de la Santé, « Genres, femmes et santé ». Consulté le 20 décembre 2013 à l'adresse : http://www.who.int/gender/genderandhealth/en/index.html
  2. Organisation mondiale de la Santé, « Gender and Mental Health ». Juin 2002. Consulté le 20 décembre 2013 à l'adresse : http://www.who.int/gender/other_health/en/genderMH.pdf
  3. Adapté de The Hospital for Sick Children, « Introduction to clinical cultural competence », Cultural competence E-learning modules series, 2013 (diapositive 10). Consulté le 29 octobre 2013 à l'adresse : http://www.sickkids.ca/NISN_ELearning/IntroductionToClinicalCulturalCompetence/player.html
  4. Id., ibid., diapositive 12.
  5. Id., ibid., diapositive 11.
  6. Brascoupé, S., Waters, C., « Cultural safety : Exploring the applicability of the concept of cultural safety to Aboriginal health and community wellness, » Journal of Aboriginal Health (novembre 2009) p. 18-19.
  7. Université de Victoria, « Cultural safety: Module 1 », 2013. Consulté le 29 octobre 2013 à l'adresse : http://web2.uvcs.uvic.ca/courses/csafety/mod1/index.htm
  8. Baker, A.C., Giles, A.R., « Cultural safety: A framework for interactions between Aboriginal patients and Canadian family medicine practitioners, » Journal of Aboriginal Health (novembre 2012) p.1.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.