Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

L’annonce d’un mauvais pronostic aux patients en phase terminale

Publié initialement en mars 2015
P1501-6-F

L’une des tâches les plus difficiles pour les médecins est celle d’annoncer de mauvaises nouvelles associées à l’état de santé de leurs patients ou à un pronostic. En dépit des avancées remarquables de la formation médicale sur la communication lors des discussions concernant les soins de fin de vie, de nombreux médecins ne se sentent pas toujours suffisamment préparés en vue de cette tâche ardue. En raison de ce malaise, les médecins pourraient ne pas tenir ces discussions importantes ou ne pas communiquer adéquatement avec les patients en phase terminale, ainsi qu’avec leurs familles, au besoin. Le fait de ne pas communiquer efficacement peut parfois entraîner des conséquences fâcheuses, telles que des interventions effractives au détriment du confort et du soutien du patient. Ceci pourrait précipiter des plaintes et des actions en justice contre les médecins qui auraient pu être évitées.

Une étude récente a permis de déterminer 11 éléments clés dans les discussions de soins de fin de vie avec des patients hospitalisés et dont l’état était très grave.1 Ces éléments comprenaient, entre autres, la divulgation du pronostic et le questionnement du patient sur ses valeurs dans le contexte de la prise de décisions en soins de santé. Parmi les autres éléments, on retrouvait : la communication de l’information concernant les résultats attendus, et la discussion des risques des traitements de maintien de la vie et des mesures de confort. Les patients ont signalé qu’en moyenne, seulement 1,4 des 11 éléments avait été discutés lors des premiers jours d’hospitalisation; 10 % des patients n’ont pas appris leur pronostic.

Les médecins qui prennent le temps de se préparer avant de communiquer de mauvaises nouvelles, qui réfléchissent à la façon de gérer les réactions des patients et qui prennent soin de leur propre santé émotionnelle seront bien placés pour communiquer efficacement avec les patients et leurs familles lors de l’annonce d’un pronostic de fin de vie. Une telle approche aidera aussi les patients à faire des choix informés, conformes à leurs valeurs et qui contribueront à des soins de fin de vie de qualité.

Se préparer à annoncer une mauvaise nouvelle

Lorsque les résultats définitifs des examens sont connus et que le médecin a établi un diagnostic final, il importe d’amorcer dès que possible un dialogue pour aider les patients à faire face à une maladie en phase terminale. Voici quelques conseils à cet égard :

  • Exercez-vous à présenter l’information. Observez un collègue plus expérimenté ou faites des jeux de rôles pour pratiquer divers scénarios si votre expérience est limitée en ce qui a trait à la communication de mauvaises nouvelles.
  • Prévoyez tenir la discussion dans un endroit privé et confortable. Planifiez suffisamment de temps et évitez les interruptions. Veillez à ce qu’un membre de la famille, un soignant ou un décideur-remplaçant puisse y participer, quand cela est possible, et avec la permission du patient.
  • Ayez sous la main le dossier médical du patient, y compris les résultats des investigations.
  • Soyez préparé à fournir autant d’information qu’un patient raisonnable souhaiterait recevoir et dont il aurait besoin de connaître.

Gérer les réactions du patient

Les médecins pourraient préparer le patient et la famille à l’annonce de ce genre de nouvelle en leur disant, entre autres : « J’ai reçu les résultats des examens et nous devons en parler. Je suis désolé, mais j’ai de mauvaises nouvelles. » Les médecins doivent être sincères, mais empathiques, et l’information doit être présentée de façon bien organisée en utilisant un langage simple et non technique. La documentation scientifique présente des exemples pouvant être utilisés.2,3 En tout temps, il importe d’être sensible aux valeurs culturelles et personnelles des patients, ainsi qu’aux croyances religieuses ou spirituelles.

La plupart des patients ont besoin de temps pour assimiler les nouvelles difficiles; toutefois, les médecins doivent pouvoir intervenir s’il y a des réactions émotives, y compris un état de choc et de la détresse. La discussion doit évoluer au rythme du patient et en fonction de ses émotions. Il importe aussi d’écouter et de donner, aux patients ainsi qu’à leur famille, des occasions de poser des questions. La fourniture de documents écrits, tel que des outils d’aide à la décision, peut aider les patients à mieux comprendre leur état clinique.

Les patients et leur famille peuvent demander d’avoir des discussions de suivi après avoir pris le temps d’absorber les nouvelles à la suite des discussions initiales. Lors de ces discussions subséquentes, les patients devraient pouvoir poser des questions additionnelles et les médecins devraient répéter l’information ou fournir plus de détails. À ces rendez-vous de suivi, les objectifs des soins, les choix de traitement et les préférences concernant la fin de vie devraient être discutés. Les objectifs des soins doivent être évalués continuellement et demeurés centrés sur la compassion et les besoins du patient. L’état émotif du patient doit être surveillé étroitement. De plus, le médecin le plus responsable doit transmettre les renseignements pertinents à l’équipe soignante, en plus de communiquer avec le patient et la famille, au besoin. Ces discussions et interventions doivent être documentées dans le dossier médical.

Le fait de garder espoir est crucial pour de nombreux patients. Lorsque la guérison n’est pas un résultat vraisemblable, l’espoir peut prendre la forme de la recherche de confort et de qualité de vie. Les patients voudront connaître les choix de soins palliatifs et les familles chercheront à obtenir des services de soutien offerts au sein de la collectivité. Le moment pourrait être bien choisi pour demander au patient s’il souhaite un soutien spirituel et pour le diriger ensuite, selon le cas, vers les ressources appropriées. Le patient doit savoir que le médecin s’occupera de lui, qu’il lui fournira le soutien nécessaire ou trouvera les ressources pour le faire.

Les médecins ont aussi besoin de soutien

Les médecins doivent être attentifs à leurs propres émotions, pendant ces discussions difficiles avec les patients et les familles ainsi que par la suite. Les médecins qui se sentent accablés ou stressés peuvent parler à un collègue ou encore communiquer avec le personnel du programme d’aide aux médecins de leur province ou territoire, qui pourra leur offrir des conseils individuels et du soutien. Puisque la réponse émotive se poursuit bien au-delà des heures de travail, les médecins peuvent trouver utile de se confier à des êtres chers, sans toutefois divulguer l’information personnelle des patients.

En bref

L’attitude des médecins et leur capacité à communiquer sont essentielles pour aider les patients à faire face aux nouvelles difficiles. Voici quelques conseils à cet effet :

  • Soyez sensible aux valeurs culturelles et aux croyances spirituelles; ceci pourrait vous aider à déterminer le volume d’information qu’un patient souhaite recevoir sur son état clinique. Les patients doivent toutefois recevoir suffisamment d’information pour leur permettre d’évaluer leurs options et de prendre des décisions éclairées au sujet de leurs soins et de leur plan de fin de vie.
  • Déterminez la compréhension du patient en ce qui a trait à l’information fournie et répondez aux questions honnêtement et franchement. Tenez compte de toutes les barrières cognitives, culturelles et linguistiques à une communication efficace.
  • Faites preuve d’empathie et apportez un soutien au patient et à sa famille.
  • Documentez les consultations et les communications dans le dossier médical.

Les médecins préoccupés par des problèmes d’ordre médico-légal sont encouragés à communiquer avec l’ACPM pour obtenir des conseils et de l’assistance.




Références

  1. You, John, Dodek, Peter, et coll. « What really matters in end-of-life discussions? Perspectives of patients in hospital with serious illness and their families. » Canadian Medial Association Journal ( 2014), DOI : 10.1503/cmaj.140673. Consulté le 2 février 2015. http://www.cmaj.ca/content/early/2014/11/03/cmaj.140673
  2. Pantilat, S. « Communicating with Seriously Ill Patients: Better Words to Say », Journal of the American Medical Association (2009) vol. 301, no 12, p.1279-1281.
  3. Workman, S. « A communication model for encouraging optimal care at the end of life for hospitalized patients », Quarterly Journal of Medicine (2007) vol. 100, no 12, p. 791-797.

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