Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

La santé des immigrants : Ce que les médecins doivent savoir et faire

Publié initialement en décembre 2015
W15-006-F

Le Canada abrite un nombre sans cesse croissant d'immigrants. Ces derniers constituant un groupe très diversifié, les médecins qui leur prodiguent des soins doivent être attentifs à certaines questions qui leur sont uniques. Cela est aussi valable pour les personnes qui sont en train de suivre le processus d’immigration.

Évaluation de la santé des immigrants

Des études ont montré que les immigrants ont tendance à être en meilleure santé que la population globale. Ce phénomène est, en grande partie, attribuable à certains aspects socioculturels de leurs comportements en matière de santé et d'alimentation, mais aussi aux nombreux examens et critères de sélection qu'ils doivent satisfaire tout le long du processus d’immigration. Cependant, l’état de santé des immigrants tend généralement à se détériorer avec le temps pour enfin correspondre à celui du reste de la population.1

La législation canadienne en matière d'immigration exige que tous les résidents permanents, y compris les demandeurs du statut de réfugié, subissent des examens médicaux aux fins de l'immigration. Ce contrôle permet d'évaluer le possible fardeau des maladies ainsi qu’un nombre limité de risques pour la santé. Il n'est généralement pas conçu pour assurer la prévention clinique comme c'est le cas en soins primaires. Bien qu’il ait, d’une façon générale, prouvé son efficacité quant au dépistage de maladies infectieuses actives chez des immigrants, ce contrôle n'est pas conçu pour parer à l’éventualité qu’un individu malade immigre au Canada avant de se faire soigner. Pour cette raison, les médecins doivent faire preuve d’attention lors du dépistage d'infections ou de maladies chez les nouveaux arrivants en provenance de pays à forte prévalence.2 Comme c'est le cas pour tous les patients, les médecins doivent respecter les exigences législatives ainsi que les normes établies par les organismes de réglementation de la médecine (Collèges) concernant les maladies transmissibles à déclaration obligatoire.

Assurance-maladie à l'arrivée

La plupart des nouveaux arrivants au Canada, y compris les immigrants en provenance d’autres pays, font l'objet d'un délai de carence de quelques mois avant de pouvoir bénéficier du régime public d'assurance-maladie. En général, il serait raisonnable que les médecins prodiguent des soins d'urgence aux nouveaux arrivants qui se présentent avec une maladie potentiellement mortelle durant cette période d'attente. Les médecins doivent également prendre connaissance des règles concernant le régime public d'assurance-maladie dans leur province ou territoire, y compris concernant l’assurance-maladie temporaire que peuvent avoir certains immigrants.

Questions relatives à la santé des immigrants

L'immigration nécessite en général un certain nombre de transitions : les changements dans les liens personnels et la reconstitution des réseaux sociaux, le fait de passer d'un système socio-économique à un autre, mais aussi le passage à un système culturel différent. Pour les immigrants, chaque transition peut être parsemée de perturbations, d'incertitude, de risques ainsi que d'attentes non satisfaites.3 Par conséquent, les médecins devraient prendre ces transitions en compte, notamment lorsqu’ils rencontrent des patients immigrants, mais également lors de la planification et de la prestation des soins.

La santé des immigrants est le produit de facteurs aussi bien environnementaux, économiques, génétiques que socio-culturels liés au moment où ils ont immigré vers le Canada, là où ils habitaient avant d'immigrer, leurs habitudes de vie, ainsi que la manière et les raisons de leur immigration. Les facteurs post-immigration comme le lieu de résidence, l'emploi, la formation, le revenu et l'accès aux soins de santé peuvent également influer sur la santé des immigrants.4 Chez certaines populations migrantes, le risque de contracter des maladies infectieuses, le cancer, le diabète et les maladies cardiovasculaires est plus élevé, et cela a des implications cliniques. Les médecins se devraient donc d'obtenir une anamnèse détaillée des patients immigrants afin de déterminer s'il y a des risques pour leur santé, mais également d’établir les prochaines étapes en matière de soins.5 La prise en compte des différents facteurs pré et post-immigration pourrait aider à la réduction des retards de diagnostic et mener à des soins médicaux adaptés sur le plan culturel.6

Les questions de santé mentale chez les immigrants et les réfugiés

La prévalence de problèmes spécifiques de santé mentale chez les immigrants est souvent influencée par la nature de leur expérience d'immigration, notamment l’adversité à laquelle ils ont dû faire face avant, pendant et après leur immigration.7 Les immigrants sont moins susceptibles que le reste de la population canadienne d'aller d'eux-mêmes ou d'être dirigés vers les services de santé mentale, même lorsqu'ils éprouvent les mêmes degrés de détresse.8 Les réfugiés, en particulier, sont plus à risque de présenter divers troubles psychiatriques que le reste de la population compte tenu de leur exposition à la guerre, la violence, la torture, la migration forcée ou l'exil.9

Parmi les défis majeurs en matière de santé mentale des immigrants figurent les difficultés de communication, qui sont dues principalement aux différences de langues et de culture, l'influence de la culture dans la façon de gérer et de traiter la maladie mentale, ainsi que les structures familiales diverses qui influent sur l'adaptation et l'acculturation, et peuvent aussi entraîner des conflits intergénérationnels. Les défis d'intégration ayant trait à l'emploi et au statut social, en particulier, peuvent également avoir un impact sur la santé mentale des immigrants. Les médecins peuvent aborder certains de ces défis, au moins en partie, en posant des questions sur les origines socioculturelles des patients, en ayant recours à des interprètes ou médiateurs culturels, en rencontrant leur famille et en consultant des organismes communautaires susceptibles d'apporter leur assistance.10 Certains centres de santé communautaires offrent, par exemple, des groupes de soutien, des cliniques sans rendez-vous, des cours de langue, ainsi que des services de counselling visant à faciliter l’établissement des immigrants.

Soins préventifs pour les immigrants

Pour évaluer les immigrants aux fins de soins préventifs, il est important de déterminer leur âge, leur sexe, leur pays d’origine et leur histoire migratoire. La Collaboration canadienne pour la santé des immigrants et des réfugiés (CCSIR) a publié des directives cliniques sur les immigrants et les réfugiés11 qui pourraient être une source utile d’informations. Ces directives sont centrées sur :

  • les maladies infectieuses, car beaucoup d’immigrants sont vulnérables à leur arrivée au Canada aux maladies pouvant être prévenues par la vaccination.
  • la santé physique et mentale ainsi que la violence psychologique
  • les maladies chroniques et non transmissibles, parce que le traitement précoce et des interventions sur le mode de vie peuvent être efficaces dans la prise en charge des maladies.
  • la santé des femmes

Respect de la culture du patient

Les médecins savent qu’il est important de comprendre les croyances de leurs patients de même que leurs comportements et leurs valeurs pour prodiguer des soins culturellement adaptés et sécuritaires.

Certains immigrants peuvent choisir de ne pas accéder aux soins de santé en raison de barrières linguistiques. Les médecins peuvent recourir aux services d’un traducteur ou d’un interprète médical qualifié pour faciliter la communication. Dans tous les cas, toutes les discussions avec les patients doivent être consignées dans leur dossier médical. Cela inclut les discussions sur le consentement, les questions posées par les patients et les réponses données, les signes qu’ils ont compris ou pas, ainsi que toute documentation qui leur est fournie.

La culture du patient peut également influer sur son interprétation des symptômes, sa capacité de résistance, mais aussi sa manière d’aborder les questions de santé en général. En outre, la culture peut influencer le niveau d’engagement du patient dans la planification de son traitement, son choix de traitement et son adhésion au traitement. Les médecins doivent s’efforcer de faire participer les patients à leur traitement autant que possible, mais ils doivent aussi être conscients de l’influence culturelle. Si le médecin ne fait pas attention à certains indices ou ne comprend pas le point de vue culturel du patient, il peut l’offenser sans le vouloir et risquer de mettre en péril non seulement son diagnostic, mais aussi l’adhésion du patient au traitement, ainsi que les résultats cliniques.

Points à retenir

Traiter des immigrants au Canada peut poser un certain nombre de défis particuliers aux médecins. Les facteurs de risque de mauvaise santé dans la population immigrante sont nombreux. Cependant, les directives de la CCSIR peuvent être d’une grande utilité. Les médecins devraient prendre en considération les suggestions suivantes lorsqu’ils prodiguent des soins aux immigrants et aux réfugiés :

  • Être attentifs lors du dépistage d'infections ou de maladies chez les nouveaux arrivants en provenance de pays à forte prévalence.
  • Tenir compte des expériences de vie des immigrants ainsi que de leurs expériences de transition lors de la planification et de la prestation des soins.
  • Obtenir des anamnèses suffisamment détaillées des patients immigrants pour déterminer s'il y a des risques pour leur santé, mais également pour établir les prochaines étapes en matière de soins.
  • Faire attention aux différences de langues et de cultures qui peuvent avoir un impact sur les habiletés d’adaptation des patients et sur leur engagement dans le système de santé.
  • Identifier les services de santé communautaire aptes à apporter leur aide aux immigrants et aux réfugiés et en informer les patients.

Les membres qui ont des questions spécifiques peuvent communiquer avec l’ACPM pour obtenir des conseils.

 


 

Références

  1. Kirmayer, L.J., Narasian, L., Munoz, M., Rashid, M., Ryder, A.G., Guzder, J., Hassan, G., Rousseau, C., Pottie, K., « Common mental health problems in immigrants and refugees: general approach in primary care », Canadian Medical Association Journal (2011), vol. 183, no 12, p. E959-E967
  2. Elwood, K., « Immigration medicals: What’s the point? » BC Medical Journal (2009) Vol. 51, no 8, p. 341
  3. Kirmayer, L.J., Narasian, L., Munoz, M., Rashid, M., Ryder, A.G., Guzder, J., Hassan, G., Rousseau, C., Pottie, K., « Common mental health problems in immigrants and refugees: general approach in primary care », Canadian Medical Association Journal (2011), vol. 183, no 12. p. E959-E967
  4. Gushulak, B.D., Pottie, K., Hatcher Roberts, J., Torres, S., DesMeules, M., « Migration and health in Canada: health in the global village », Canadian Medical Association Journal (2010), Vol. 183, no 12, p. E952
  5. Ibid
  6. Ibid
  7. Kirmayer, L.J., Narasian, L., Munoz, M., Rashid, M., Ryder, A.G., Guzder, J., Hassan, G., Rousseau, C., Pottie, K., « Common mental health problems in immigrants and refugees: general approach in primary care », Canadian Medical Association Journal (2011), vol. 183, no 12, p. E959-E967
  8. Ibid
  9. Ibid
  10. Ibid
  11. Pottie, K., Greenaway, C., Feightner, J., Welch, V., Swinkels, H., Rashid, M., Narasiah, L., Kirmayer, L.J., Ueffing, E., MacDonald, N.E., Hassan, G., McNally, M., Kahn, K., Buhrmann, R., Dunn, S., Dominic, A., McCarthy, A.E., Gagnon, A.J., Rousseua, C., Tugwell, P., « Evidence-based clinical guidelines for immigrants and refugees », Canadian Medical Association Journal (2011), Vol. 183, no 12, p. E824

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