Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Sécurité en tout temps ... dans la pratique à temps partiel aussi : Réduire la charge de travail clinique tout en gérant les risques

Publié initialement en juin 2015
P1503-3-F

Selon le Sondage national des médecins réalisé en 2010, la plupart des médecins travaillent près de 49 heures par semaine. Pour ceux ayant des gardes, le nombre d’heures augmente de façon très importante.

Toutefois, certains médecins réduisent leur travail clinique pour respecter d’autres engagements, tels que mener un travail de recherche, poursuivre leurs études, prendre progressivement leur retraite, s’adapter à des problèmes de santé ou répondre à des obligations familiales. Quoi qu’il en soit, diminuer la charge de travail clinique ne dispense pas un médecin de son obligation de prodiguer des soins sécuritaires.

Le travail clinique à temps partiel peut prendre différentes formes : journée ou semaine de travail réduite; restrictions sur les quarts de travail (seulement le jour ou seulement la nuit); permanence des soins pendant les fins de semaine ou une fin de semaine sur deux; ou encore partage de la charge de travail avec un collègue. Il existe de nombreuses combinaisons d’arrangements de pratique selon le contexte clinique et le type d’exercice de la médecine.

Ainsi, les médecins qui exercent dans le cadre d’un grand domaine de spécialité, mais ne voient que des patients présentant des pathologies particulières et non aiguës, peuvent trouver relativement gérable de limiter leur travail clinique. D’un autre côté, les médecins et chirurgiens qui exercent dans le cadre d’une surspécialité peuvent estimer que les difficultés liées aux interventions ou aux traitements complexes rendent le travail à temps partiel moins réaliste.1 La modalité d’exercice de la médecine la plus souvent retrouvée dans le contexte des quarts de travail, comme aux services des urgences, peuvent se prêter plus facilement à une réduction des heures de travail. Les médecins travaillant en groupe peuvent plus facilement réduire leurs heures que les médecins qui exercent seuls, car il est plus facile de trouver d’autres médecins pour les remplacer pendant les heures d’absence.

En 2010, 14,6 % des médecins ont déclaré travailler à temps partiel ou être en semi-retraite. 2

Permanence des soins

Il est recommandé aux médecins qui souhaitent réduire leur charge de travail clinique d’évaluer la pertinence, pour leur pratique et leurs patients, d’un service après les heures normales, et de prendre les dispositions nécessaires. Certains organismes de réglementation de la médecine (Collèges) soulignent également l’étendue du service qu’ils attendent des médecins, et leur obligation de prendre des dispositions pour qu’un service soit offert à leurs patients en dehors des heures normales, les fins de semaines et pendant les vacances.

Par exemple, le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique s’attend à ce que les médecins prennent des dispositions particulières pour assurer le transfert des soins d’un patient, que ce soit à un médecin qui exerce au service des urgences le plus proche ou à un autre médecin d’une pratique privée. Il est recommandé de vérifier ceci avec le Collège, étant donné que les exigences diffèrent selon la province ou le territoire.

Les médecins qui exercent dans un cabinet ont des besoins de remplacement différents de ceux qui exercent pendant un nombre limité d’heures ou de quarts de travail dans un hôpital ou une clinique. Deux pédiatres qui partagent la charge de travail en cabinet privé, par exemple, peuvent avoir, à de rares occasions, besoin d’un remplacement de la part d’un autre médecin lorsqu’ils sont tous deux absents au même moment. Les omnipraticiens qui exercent seuls en cabinet et dont les heures d’ouverture sont restreintes peuvent avoir besoin de trouver au moins un collègue dans leur communauté qui pourrait les remplacer auprès des patients pendant leurs absences. Par ailleurs, dans le cadre d’une pratique de groupe, les dispositions pour assurer un service en dehors des heures normales peuvent être intégrées au modèle de pratique.

Enfin, les patients peuvent être informés des jours où ils pourront rencontrer leur médecin et de la façon d’obtenir des soins en son absence. Par exemple, lorsqu’un patient arrive pour un premier rendez-vous, le médecin devrait l’informer de ses heures de consultation et du lieu où il devrait se présenter lorsque le cabinet est fermé.

Transfert des soins

Chaque fois que la responsabilité des soins d’un patient est confiée ou transférée à un autre médecin, il y a un risque que des informations cliniques essentielles manquent ou « passent entre les mailles du filet ». Lorsqu’un médecin travaille un nombre limité d’heures, le nombre de transferts peut augmenter.

Pour la sécurité des patients, il est recommandé aux médecins travaillant à temps partiel d’être particulièrement attentifs aux bonnes habitudes de communication et de documentation. Les renseignements pertinents sur les patients doivent être accessibles aux médecins qui assurent le remplacement et à l’ensemble de l’équipe soignante.

Les médecins doivent également être informés des obstacles possibles à un transfert efficace et s’interroger sur les approches à adopter pour les éviter. S’assurer que le dossier médical contient tous les renseignements importants constitue un élément essentiel, en particulier en ce qui a trait aux examens, aux médicaments et à la personne responsable du suivi.

Pour renforcer la continuité des soins, les médecins peuvent s’interroger sur la pertinence de mettre directement à contribution le patient, et sa famille s’il est d’accord, dans le processus de transfert. Cette approche informe le patient qu’il y a eu un changement d’équipe ou de médecin le plus responsable. Elle permet de clarifier les antécédents, de corriger les renseignements erronés, et de fournir une occasion d’aborder toute question ou préoccupation.

Demandes de consultation

Les médecins qui exercent pendant un nombre limité d’heures et participent aux demandes de consultation, que ce soit en tant que médecin traitant ou en tant que consultant, ont les mêmes responsabilités à l’égard d’un patient qu’un médecin travaillant à temps plein. Ils doivent répondre aux demandes en temps opportun et être attentifs lorsqu’un patient a besoin d’une consultation en urgence.

Les médecins dont la charge de travail clinique est réduite doivent s’interroger sur la manière d’organiser leur pratique pour satisfaire les besoins de consultation de leurs patients. Fournir des renseignements complets et clairs dans la demande ou le rapport de consultation est une première étape. Par ailleurs, un médecin travaillant à temps partiel doit s’assurer que l’autre professionnel qui participe à la consultation est au fait de ses heures de travail, de la personne qui assure le remplacement en cas d’absence et de la façon de communiquer avec cette personne, surtout en cas d’urgence.

D’autres membres de l’équipe soignante doivent également être avisés lorsqu’une consultation est requise en urgence et recevoir des directives sur la manière de communiquer avec le médecin ou son remplaçant.

Enfin, fournir des renseignements aux patients au sujet de la consultation peut aider à maintenir le processus sur la bonne voie. On peut dire aux patients pour quelles raisons la consultation est requise, s’il y a une urgence, et ce à quoi ils peuvent s’attendre par la suite. Si la consultation ne se déroule pas comme il avait été expliqué, il convient d’informer le patient du nom de la personne à joindre pour obtenir de l’assistance.

Gestion des résultats d’examen

Quelle que soit leur charge de travail, les médecins qui demandent des examens ou des investigations doivent effectuer le suivi des résultats en temps opportun. Ceci peut être plus difficile pour les médecins dont les heures de cliniques sont intermittentes.

Il est recommandé aux médecins de déterminer à l’avance comment ils assureront le suivi des résultats. Ils peuvent commencer par s’interroger sur ce qu’une réponse opportune aux résultats d’examen signifie pour leur type de pratique. Lorsque les patients sont susceptibles de subir des changements rapides de leur état clinique et que les horaires de travail créent des retards conséquents, il est important d’adopter un mécanisme de suivi en temps opportun des résultats d’examen.

Quelle serait l’efficacité d’un « système de surveillance mutuelle » permettant de s’assurer que les résultats d’examen sont vérifiés par un collègue en l’absence du médecin traitant? Serait-il nécessaire de s’assurer personnellement et régulièrement de la transmission et de la prise de connaissance des résultats? Le médecin qui assure le remplacement pourrait-il également examiner les résultats d’examen?

Après avoir déterminé quelle serait la prise en charge des résultats d’examen au sein de leur pratique, les médecins doivent décider comment ils peuvent communiquer cette information de façon claire et en temps opportun à leurs patients et leur famille, aux autres médecins et professionnels de la santé, aux laboratoires d’analyse, aux établissements et aux membres du personnel de soutien qui ont des contacts avec leurs patients.

Faire participer les patients à leurs soins peut également renforcer le suivi des tests diagnostiques. Les médecins peuvent discuter avec leurs patients des raisons pour lesquelles un examen d’investigation est demandé. Ceci permet aux patients de reconnaître l’importance de l’examen pour leur état clinique et la nécessité d’un suivi en temps opportun.

Compétence clinique

Les médecins qui limitent leurs heures de travail clinique peuvent trouver plus difficile de maintenir des habiletés cliniques pour certains aspects de leur pratique.

Le Code de déontologie de l’AMC stipule qu’il est de la responsabilité élémentaire d’un médecin de « pratiquer l’art et la science de la médecine avec compétence et intégrité, et sans incapacité »3 et de chercher à approfondir toujours son savoir afin de préserver et d’améliorer ses compétences.

Les médecins qui diminuent leur travail clinique ont les mêmes responsabilités que les médecins travaillant à temps plein, à savoir d’exercer dans un domaine clinique dans lequel ils sont compétents. Ayant moins d’occasions d’exercer certaines compétences, il est recommandé à ces médecins de réfléchir aux habiletés qu’ils souhaitent conserver ou acquérir, ainsi qu’au type de travail clinique qui leur permettrait d’atteindre cet objectif.

Ils devraient également s’engager à suivre des activités de DPC et à répondre aux normes de leur Collège. Même si certains médecins ont réduit leur travail clinique, ils peuvent continuer d’avoir un emploi du temps chargé d’autres responsabilités. Trouver du temps pour les activités de DPC peut alors représenter un défi et il donc essentiel de découvrir des solutions nouvelles et innovantes.

Continuité des soins

Les médecins qui souhaitent avoir d’autres responsabilités et activités peuvent décider de limiter leur travail clinique. En accordant une attention particulière aux dispositions prises dans leur pratique pour assumer leurs responsabilités dans le remplacement des collègues, les transferts, les demandes de consultation et le suivi des résultats d’examen, les médecins peuvent minimiser les risques et prodiguer des soins efficaces à leurs patients. Les médecins ont également la responsabilité de maintenir leur engagement en matière de développement professionnel pour assurer la qualité et la sécurité des soins.

 
 

Références

  1. NEJM CareerCentre, « Part-Time Practice on the Rise », 2010. Consulté le 21 janvier 2015. http://www.nejmcareercenter.org/article/part-time-physician-practice-on-the-rise/
  2. Collège des médecins de famille du Canada, Association médicale canadienne, Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Sondage national des médecins, 2010 : Résultats nationaux par MF/omnipraticien ou autre spécialiste, sexe, âge et pour l’ensemble des médecins. Consulté le 21 janvier 2015. http://nationalphysiciansurvey.ca/wp-content/uploads/2014/11/2014-National-FR.pdf
  3. Association médicale canadienne, « Code de déontologie de l’AMC », 2004. Consulté le 21 janvier 2015. http://policybase.cma.ca/dbtw-wpd/PolicyPDF/PD04-06.pdf

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.