Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Lorsque collégialité rime avec soins sécuritaires

Publié initialement en septembre 2016
P1603-2-F

Tous les médecins admettent avoir un jour manqué de collégialité dans leurs relations de travail. La plupart se sentent mal à l’aise d’évoquer le manque de respect dont ils ont pu faire preuve à l’égard de collègues ou d’autres professionnels de la santé, ou d’autres situations dans lesquelles ils n’ont pas soutenu ces derniers.

Le manque de collégialité chez les médecins peut avoir de graves conséquences. Un tel comportement risque en effet de nuire à la qualité des soins prodigués aux patients et d’entraîner un stress malsain chez les médecins, ce qui peut mener à des problèmes médico-légaux.

L’ACPM a constaté, dans certains dossiers médico-légaux, qu’une approche collégiale aurait pu avoir un effet positif. « Dans ces dossiers », précise le Dr Hartley Stern, directeur général de l’Association, « une petite dose de collégialité aurait pu s’avérer très utile. Une telle approche aurait pu réduire le risque de préjudice chez les patients ainsi que le stress vécu chez les médecins. »

Qu’est-ce que la collégialité?

Les médecins décrivent souvent la collégialité au moyen de divers termes : confiance, respect mutuel; connaissance de l’expertise, des compétences et des responsabilités de l’autre;1 collaboration; ouverture; transparence; intérêt commun pour le patient; compassion et soutien.2,3

L’absence de collégialité et les problèmes médico-légaux

Dans certains dossiers médico-légaux de l’ACPM, l’absence de collégialité a eu une incidence directe sur les soins. Dans un de ces dossiers, un chirurgien a demandé qu’un médecin suppléant s’occupe d’un patient dont l’état de santé était fragile en période postopératoire. Le médecin suppléant voulait cependant participer aussi aux soins pré et peropératoires. Mais le chirurgien n’a pas voulu accepter sa demande et le suppléant a par conséquent refusé d’assumer les soins postopératoires. En raison du différend, l’hôpital n’a pu assurer les soins postopératoires du patient. Le chirurgien a donc dû prendre d’autres dispositions et, 24 heures après l’intervention, le patient a été transféré à un autre hôpital situé à trois heures de route.

Le patient s’est plaint des soins et de son transfert auprès de l’organisme de réglementation de la médecine (Collège). Le différend a eu pour conséquences un transfert inutile pour le patient, une enquête du Collège à l’égard du chirurgien et du médecin suppléant, ainsi que des mesures disciplinaires imposées au suppléant par le Collège.4

Dans d’autres dossiers de l’ACPM, l’absence de collégialité a eu une incidence indirecte sur les soins aux patients. Dans ces dossiers, les médecins se sont trouvés bouleversés ou affectés au point de ne plus pouvoir exercer de manière efficace ou sécuritaire. Les soins aux patients en ont été affectés, ce qui a entraîné une plainte ou une action en justice. L’Association constate souvent qu’un comportement irrespectueux et l’absence de soutien entre collègues sont des facteurs contributifs qui laissent les médecins désemparés.

Les problèmes médico-légaux et le stress

Pour de nombreux médecins, le fait d’apprendre qu’ils font l’objet d’une plainte auprès du Collège ou de l’hôpital, ou encore d’une action en justice, peut être une source de stress et d’anxiété. Ils peuvent se sentir soulagés de pouvoir se tourner vers l’Association pour discuter de la situation avec ses médecins-conseils chevronnés, possédant eux-mêmes une expérience clinique. Ces médecins peuvent leur donner des renseignements utiles et les diriger vers d’autres ressources. L’ACPM encourage ses membres à communiquer avec elle dès qu’ils prennent connaissance d’un problème médico-légal.

Comment encourager la collégialité?

De nombreux médecins reconnaissent l’importance de la collégialité et travaillent activement par l’entremise de diverses organisations à faire valoir le rôle de celle-ci en médecine. Ainsi, le Référentiel de compétences CanMEDS 2015 pour les médecins accorde maintenant un plus grand poids à la collégialité, qui y est plus explicite.5 Les membres de l’assemblée représentative de l’Association médicale de la Saskatchewan ont discuté du thème de la collégialité et de la façon de consolider les relations entre médecins.6 Par ailleurs, les médecins ayant assisté au forum sur le professionnalisme organisé par l’Association médicale canadienne ont «… déterminé qu’il était nécessaire d’améliorer la collégialité entre les omnipraticiens et les spécialistes, ainsi que de se pencher sur la collégialité intergénérationnelle ».3

Les médecins peuvent donc, à titre individuel, profiter d’occasions qui se présentent au quotidien pour s’exercer à la collégialité. Le processus de demandes et de rapports de consultation, par exemple, représente une activité qui permet aux médecins de forger des relations respectueuses et positives avec leurs collègues.

Demandes et rapports de consultation

Tant les médecins traitants que les médecins consultants peuvent s’exercer à la collégialité en maintenant les soins du patient au cœur de la relation de travail.7

Un médecin traitant qui demande une consultation ou une investigation devrait se poser certaines questions : De quelle information ai-je besoin? Cette requête est-elle urgente? Quelle sorte d’aide me faut-il : des conseils, une deuxième opinion ou une prise en charge continue des soins? La demande de consultation en soi devrait clairement énoncer le but recherché et comprendre les renseignements cliniques pertinents.7

Le médecin consultant devrait pour sa part fournir son rapport en temps opportun, et s’assurer que celui-ci est clair et complet. Le plan de suivi devrait indiquer quelles sont les personnes chargées des investigations et des autres soins, afin que chacun soit bien au fait de ses responsabilités.7

Lorsqu’il reçoit le rapport du consultant, le médecin traitant devrait le lire et prendre connaissance des recommandations. Il devrait communiquer directement avec le consultant s’il a besoin d’éclaircissements, et documenter les réponses de ce dernier pour pouvoir y revenir ultérieurement. Le plan de suivi et les responsabilités respectives des investigations et des soins prescrits devraient être clairement établis afin que chaque médecin comprenne bien ce qu’il doit faire.7

Une discussion plus détaillée de cette approche à la collaboration dans les demandes et les rapports de consultation est présentée dans le Guide des bonnes pratiques de l’ACPM.7

Ressources sur la collégialité

Il existe des ressources pour les médecins qui aimeraient améliorer la collégialité dans leur pratique. Les lignes directrices, normes de pratique ou recommandations des Collèges peuvent constituer un bon point de départ. De nombreux Collèges, en effet, offrent des renseignements sur le travail en collaboration avec d’autres médecins dans des domaines précis tels que le processus de consultation.8

Les programmes d’aide aux médecins, offerts dans chaque province et territoire, représentent une autre source d’information sur la pratique collégiale. Il y a aussi une série d’articles publiés en 2014 et 2015 par le Dr Michael Kaufman du Programme de santé des médecins de l’Ontario, qui traite de la courtoisie en médecine.9

D’autres organisations médicales telles que le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, le Collège des médecins de famille du Canada et l’Association médicale canadienne se penchent aussi sur divers aspects de la collégialité dans la profession. Ces trois organisations ont notamment commandé un document d’information sur les facteurs en médecine qui entravent la collégialité et les bons comportements chez les médecins.10

L’ACPM constitue une autre source d’information sur la collégialité. Le site web de l’Association (www.cmpa-acpm.ca) contient plusieurs articles sur le travail dans le respect et la collaboration, et son Guide des bonnes pratiques7 offre des conseils précis sur les façons d’encourager la collégialité.

La collégialité : l’effort en vaut la peine

L’Association a répertorié des dossiers médico-légaux dans lesquels l’absence de collégialité avait nui aux soins des patients et avait accru le stress chez les médecins. Dans certaines situations, les patients ont remarqué l’absence de collégialité chez les médecins, ce qui risque de dévaloriser la profession à leurs yeux.

Alors que de nombreuses organisations médicales, dont l’ACPM, cherchent activement à améliorer la collégialité dans la profession médicale,3, 5, 6 les médecins sont encouragés à faire leur part dans leur propre pratique. Ils peuvent en effet être attentifs à la façon dont ils collaborent avec leurs collègues et d’autres membres de l’équipe de soins, et forger des relations fondées sur le respect et la collaboration tout en étant axées sur les soins aux patients.

 
 

Références

  1. Groupe de travail conjoint du Collège des médecins de famille du Canada et du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Document de travail conjoint : Médecins de famille et autres spécialistes : Travailler et apprendre ensemble [En ligne]. Toronto: Collège des médecins de famille du Canada; 2006. http://www.cfpc.ca/uploadedFiles/Resources/Resource_Items/Doc%20de%20travail%20conjoint.pdf
  2. Voigt K. Physician collegiality is alive in Saskatchewan, but is it well? SMA News Digest [En ligne]. Printemps 2011 [cité le 2 mai 2016]; 51(1):4-7. http://www.sma.sk.ca/kaizen/content/files/sma_news_digest_spring_2011.pdf
  3. CMA President, Dr. Cindy Forbes delivers address to AMO members at AGM [En ligne]. Ottawa (ON): Academy of Medicine; 2 mars 2016 [cité le 18 juillet 2016]. http://amodocs.ca/cma-president-dr-cindy-forbes-delivers-address-amo-members-agm/
  4. Plénière 1, Professionalism and collegiality. Can we talk? Physician to physician communication [diapo]. Ottawa (ON): L’Association canadienne de protection médicale; 212, 132 diapos: couleur.
  5. Snell L, Flynn L, et coll.. The CanMEDS 2015 Professional Expert Working Group report. Ottawa (ON): Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada; février 2014, 6 p.
  6. Latest news [En ligne]. Saskatoon (SK): Saskatchewan Medical Association, Highlights of 2015 Fall Representative Assembly; 2015 [cité le 2 mai 2016]. http://www.sma.sk.ca/news/110/highlights-of-2015-fall-representative-assembly.html
  7. L’Association canadienne de protection médicale. Guide des bonnes pratiques de l’ACPM, Demandes de consultation et consultations [En ligne]. Ottawa (ON) : Association canadienne de protection médicale [cité le 2 mai 2016]. https://www.cmpa-acpm.ca/serve/docs/ela/goodpracticesguide/pages/communication/Consultations_and_Referrals/content_of_the_referral_request-f.html
  8. Professional Standards and Guidelines, Referral [En ligne]. Vancouver (BC): College of Physicians and Surgeons of British Columbia; 2009 [cité le 2 mai 2016]. https://www.cpsbc.ca/for-physicians/standards-guidelines
  9. Kaufmann M. Physician Health, The five fundamental of civility for physicians, initiating an important conversation – series introduction [En ligne]. Mars 2014; 81(3)13-15. http://omr.dgtlpub.com/2014/2014-03-31/home.php
  10. Lisa Little Consulting. Enjeux, politiques et pratiques liés au système qui ont une incidence sur la collaboration intraprofessionnelle entre médecin. Document d’information commandé par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, le Collège des médecins de famillet du Canada et l’Association médicale canadienne [En ligne]. 16 décembre 2011. http://www.cfpc.ca/uploadedFiles/Directories/Committees_List/Enjeux,%20politiques%20et%20pratiques%20li%C3%A9s%20au%20syst%C3%A8me%20qui%20ont%20une%20incidence%20sur%20la%20collaboration%20intraprofessionnelle%20entre%20m%C3%A9decin.pdf

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