Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Médecins diplômés à l’étranger : sachez comment obtenir de l’aide pour surmonter les défis qui vous attendent!

Publié initialement en août 2017
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Lorsqu’une jeune pédiatre d’Asie de l’Est, pleine d’enthousiasme, a immigré au Canada avec sa famille il y a trois ans, elle s’est retrouvée plutôt dépourvue face à la tâche qui l’attendait : démêler les complexités du système de santé et du cadre de réglementation de la médecine, et se dénicher un poste approprié dans son domaine. Tout cela venait s’ajouter aux embûches qui se posent en général pour les immigrants, y compris l’apprentissage d’une nouvelle langue et l’adaptation à des normes culturelles distinctes. La voie de la réussite en médecine peut en effet se révéler difficile pour de nombreux médecins diplômés à l’étranger à leur arrivée au Canada.

On entend par « médecins diplômés à l’étranger » (MDÉ) ou « diplômés internationaux en médecine » (DIM) : des étudiants étrangers terminant leur formation médicale au Canada, des médecins immigrants exerçant leur profession au Canada, ainsi que des Canadiens ayant étudié la médecine à l’étranger et revenant exercer au pays. Environ un quart des médecins du Canada obtiennent leur diplôme de médecine à l’étranger.1 Souvent, ces MDÉ servent à réduire les pénuries de personnel médical dans les régions mal desservies du pays, comme en milieu rural.2 Il a été démontré que les MDÉ se comparent favorablement sur le plan technique à leurs homologues dans leur pays d’adoption.3,4 Toutefois, l’acquisition de compétences générales associées à l’exercice de la médecine – notamment l’adaptation des styles de communication et l’apprentissage d’une des langues officielles, la compréhension des limites appropriées à respecter avec les collègues et patients, ainsi que l’assimilation de nouvelles normes de professionnalisme – demeure souvent un processus continu.

Exigences en matière de pratique pour les MDÉ

Au Canada, la plupart des MDÉ exercent en Ontario.5 Pour exercer la médecine dans cette province, il faut détenir un diplôme en médecine reconnu par l’Organisation mondiale de la Santé, ainsi qu’un certificat d’inscription autorisant l’exercice indépendant de la médecine auprès de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario.6 À cette fin, un MDÉ doit :
  • obtenir la citoyenneté canadienne, le statut de résident permanent ou une autorisation de travailler au Canada;
  • réussir les examens du Conseil médical du Canada;
  • démontrer qu’il maîtrise la langue;
  • obtenir la certification du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada ou du Collège des médecins de famille du Canada;
  • suivre une formation postdoctorale ou exercer activement la médecine au Canada pendant un an, ou effectuer un stage clinique complet dans une faculté de médecine agréée au Canada.
Les autres provinces et territoires ont établi des exigences semblables; les MDÉ sont invités à consulter l’organisme de réglementation de la médecine (Collège) de leur province ou territoire pour obtenir plus de détails.

Barrières linguistiques et entraves à la communication

Une mauvaise connaissance de la langue officielle utilisée au travail (c.-à-d., le français, l’anglais ou les deux) peut évidemment entraver la communication avec les patients et les collègues, et représenter un risque pour la sécurité des patients. Les soins aux patients peuvent aussi être affectés si certains documents tels que les demandes d’examens et les dossiers médicaux sont inadéquats, ou sont difficiles à lire ou à interpréter.

Surmonter les barrières linguistiques

Lorsque les compétences linguistiques posent un problème pouvant entraîner des malentendus, les MDÉ devraient envisager divers moyens de gérer leurs risques :

  • Suivre une formation linguistique supplémentaire, qui comprend de préférence la terminologie médicale.
  • Demander à un interprète ou à un collègue de confiance de l’aide avec la communication verbale et écrite, au besoin.
  • Être attentif au ton de la voix, aux expressions faciales, au langage corporel et à tout indice non-verbal pouvant aider à éviter les malentendus.

Différences culturelles

Les normes, valeurs et convictions culturelles diffèrent chez les médecins, les patients et les autres professionnels de la santé, ce qui peut avoir des répercussions sur les rencontres médicales, ainsi que sur les choix de traitement et les soins continus au patient.7 Des problèmes pourraient, par exemple, survenir lorsqu’un MDÉ est originaire d’une région où les troubles de santé mentale, tels que la dépression, ne sont pas généralement reconnus ni même considérés à titre de maladie, et n’auraient donc pas fait partie de la formation professionnelle de ce médecin.8 La diversité ethnoculturelle du Canada peut compliquer les choses pour certains MDÉ, affectant ainsi leur aptitude à prodiguer des soins en tenant compte de la dimension culturelle.3

Les embûches culturelles pouvant toucher les MDÉ comprennent ce qui suit :

  • Dans certains pays, l’éducation suit une structure plus hiérarchique qu’au Canada et présente moins d’occasions d’apprentissage autodirigé et de collaboration entre l’enseignant et l’apprenant.3 Les MDÉ formés dans le cadre d’une telle structure peuvent avoir plus de difficulté à prodiguer des soins dans un contexte pluridisciplinaire et ne pas comprendre ou apprécier l’expertise des autres professionnels de la santé.
  • Les normes du professionnalisme en médecine peuvent être différentes à l’étranger. Par exemple, il se peut que les attentes au Canada à l’égard de la résolution des conflits avec des collègues et de la détermination des limites appropriées à respecter avec les patients diffèrent de celles dans le pays d’origine du MDÉ.
  • Les rôles d’ordre social dévolus aux hommes et aux femmes dans le pays d’origine du MDÉ peuvent influer sur les soins que celui-ci prodigue au Canada.7 Par exemple, un MDÉ peut se sentir mal à l’aise de prodiguer des soins à une personne du sexe opposé, ainsi qu’à des personnes transgenres, tout particulièrement lorsque des questions de nature délicate sont soulevées et lors des examens physiques. (L’article « Traiter les personnes transgenres » accessible sur le site web de l’ACPM, présente des conseils dans ce domaine.)

Responsabilités envers le patient

Le Code de déontologie de l’AMC [PDF], publié par l’Association médicale canadienne, offre une orientation éthique aux médecins du Canada, qui se concentre sur la prise de décisions, le consentement, la protection de la vie privée, la confidentialité et les responsabilités du médecin. En ce qui a trait aux responsabilités envers le patient, le Code de déontologie de l’AMC fait la recommandation suivante aux médecins : « Prévenir votre patient lorsque vos valeurs personnelles auraient un effet sur la recommandation ou la prestation de toute intervention médicale que le patient souhaite ou dont il a besoin. » Il poursuit en précisant : « Dans la prestation des services médicaux, n’exercer de discrimination envers aucun patient en raison, notamment, de son âge, son sexe, son état civil, son état de santé, son origine nationale ou ethnique, son incapacité physique ou mentale, son affiliation politique, sa race, sa religion, son orientation sexuelle ou sa situation socioéconomique. »9

Faire face et s’adapter

Il est évident que des défis attendent les MDÉ dans leur adaptation au milieu de travail canadien, en plus des défis habituels qui se posent à tous les médecins. L’ACPM, de concert avec d’autres organisations du domaine de la santé, reconnaît les effets cumulatifs que ceci peut avoir sur le bien-être des MDÉ et sur leur capacité à prodiguer aux patients des soins sécuritaires et efficaces.3

Les MDÉ peuvent trouver rassurant de savoir que de l’aide leur est offerte. Divers organismes provinciaux et territoriaux offrent des programmes de santé pour venir en aide aux médecins, aux résidents, ainsi qu’à leurs familles. Ils sont présentés sur le site web de l’ACPM au www.cmpa-acpm.ca/fr/advice-publications/physician-wellness.

Protection en matière de responsabilité et appui de l’ACPM

Dans la plupart des provinces et des territoires, les médecins (y compris les résidents) doivent détenir une protection en matière de responsabilité avant d’obtenir leur permis d’exercice. Une protection en matière de responsabilité peut également être exigée par les hôpitaux, les programmes de formation postdoctorale en médecine, ainsi que les employeurs. Les MDÉ devraient communiquer avec le Collège de leur province ou territoire, ou avec leur hôpital, université ou employeur, pour obtenir des détails sur la protection requise en matière de responsabilité.

La protection en matière de responsabilité offerte par l’ACPM permet de veiller à ce que les médecins membres, y compris les MDÉ, soient admissibles à une assistance dans l’éventualité de problèmes médico-légaux, par exemple si un patient intente une action civile ou dépose une plainte auprès du Collège. L’adhésion à l’ACPM donne également accès aux services de nos médecins-conseils et avocats au besoin.

Par ailleurs, l’ACPM offre diverses ressources pour aider les médecins à acquérir des compétences essentielles à la pratique médicale : communication et documentation efficaces, travail d’équipe, gestion des risques cliniques et que faire lorsque surviennent des résultats inattendus. Ces ressources comprennent les articles publiés dans le site web de l’ACPM, le Guide des bonnes pratiques de l’ACPM, des publications telles que le Guide médico-légal à l’intention des médecins du Canada [PDF], ainsi que des conférences et ateliers présentés dans l’ensemble du pays.

Faire les bons choix

Comme de nombreux autres MDÉ, notre pédiatre a consulté les ressources mises à sa disposition et a réussi à obtenir un poste dans un hôpital communautaire à proximité. Elle a, par exemple, étudié les lignes directrices et les politiques du Collège touchant son travail, et a pris connaissance de ses obligations en matière de développement professionnel continu. De son expérience d’émigration de son pays natal pour entreprendre une nouvelle vie au Canada, elle n’a aucun regret : « Les premières années ont été dures. C’est auprès de ma famille que j’ai puisé la force de continuer et je compte maintenant sur de bons collègues auprès desquels j’apprends un peu plus chaque jour. Il me faut aussi dire que je suis très rassurée de savoir que nous pouvons nous tourner vers des organisations telles que l’ACPM pour obtenir de l’aide. »

Suggestions de lecture

Les MDÉ peuvent consulter les ressources suivantes pour obtenir plus d’information :

Pour en savoir plus sur l’adhésion à l’ACPM et les mesures à suivre avant d’exercer au Canada, consultez la section « Adhérer » du site web de l’Association :




Références

  1. Les médecins au Canada, 2015 : Rapport sommaire [En ligne]. Ottawa (ON); Institut canadien d’information sur la santé; [cité le 9 mai 2017]. Disponible : https://secure.cihi.ca/free_products/Rapport_Sommaire_2015_FR.pdf
  2. Islam N. The dilemma of physician shortage and international recruitment in Canada. Int J Health Policy Manag [En ligne]. 2014 [cité le 9 mai 2017]; 3(1): 29-32. Disponible : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4075100/pdf/ijhpm-3-29.pdf
  3. Triscott JAC, Szafran O. Waught EH, Torti JMI, Barton M. Cultural Transition of International Medical Graduate Residents into Family Practice in Canada. Int J Med Educ [En ligne]. 2016 [cité le 9 mai 2017]; 7: 132-41. Disponible : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4860287/pdf/ijme-7-132.pdf
  4. Tsugawa Y, Anupam BJ, Newhouse RL, Orav EJ, Jha AK. Quality of care delivered by general internists in US hospitals who graduated from foreign versus US medical schools: observational study. BMJ [En ligne]. 2017 [cité le 10 mai 2017; 356: j273. Disponible : http://www.bmj.com/content/356/bmj.j273
  5. Nombre, répartition et migration des médecins canadiens, 2015 : tableaux de données Ottawa (ON); Institut canadien d’information sur la santé; [cité le 9 mai 2017]. Disponible : https://secure.cihi.ca/estore/productFamily.htm?locale=fr&pf=PFC3269
  6. Pour en savoir plus, consulter le site ProfessionsSantéOntario, « Diplômé international en médecine vivant en Ontario » : http://www.health.gov.on.ca/fr/pro/programs/hhrsd/physicians/international_medical_graduates.aspx
  7. À la croisée de la médecine et de la culture Association canadienne de protection médicale. 2014 [cité le 11 mai 2017]. Disponible : https://www.cmpa-acpm.ca/fr/advice-publications/browse-articles/2014/when-medicine-and-culture-intersect
  8. La santé des immigrants : Ce que les médecins doivent savoir et faire. Association canadienne de protection médicale. 2015 [cité le 11 mai 2017]. Disponible : https://www.cmpa-acpm.ca/fr/advice-publications/browse-articles/2015/immigrant-health-issues-what-physicians-should-know-and-do
  9. Code de déontologie de l’AMC [En ligne]. Ottawa (ON); Association médicale canadienne; 2004 [cité le 19 mai 2017]. Disponible : https://www.cma.ca/Assets/assets-library/document/fr/advocacy/policy-research/CMA_Policy_Code_of_ethics_of_the_Canadian_Medical_Association_Update_2004_PD04-06-f.pdf

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