Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

En début de carrière? Les cinq premières années en médecine : Conseils pratiques

Publié initialement en juin 2017
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Les médecins font face à de nombreux défis au cours de leurs premières années d’exercice. Au moment où ils s’établissent dans la profession, ils ne connaissent peut-être pas toutes les politiques de leur organisme de réglementation (Collège), ce qui peut mener à des problèmes médico-légaux.

Cette évidence est ressortie dans l’étude quinquennale de 227 dossiers médico-légaux conclus de l’Association canadienne de protection médicale (ACPM) dans lesquels le Collège et les experts ont été critiques à l’endroit de nouveaux médecins.1 Les préoccupations des experts ciblaient souvent les problèmes d’administration de la pratique, notamment la gestion du cabinet, la communication et le professionnalisme. Ces problèmes ont souvent eu des conséquences sur les soins cliniques, puisqu’il n’y avait pas, entre autres, de système fiable pour gérer les résultats de laboratoire, entraînant ainsi un retard dans l’établissement du diagnostic.

À titre de médecin-conseil à l’ACPM, la Dre Ellen Tsai participe à former de nombreux médecins en début de carrière. Elle constate trois thèmes récurrents lors de discussions avec ces nouveaux médecins : le suivi des résultats de laboratoire, la conclusion d’une relation médecin-patient et le moment où demander de l’aide. Elle déclare « qu’il est très facile pour les nouveaux médecins de s’isoler et de penser qu’ils doivent être capables de tout faire parce qu’ils viennent tout juste de terminer leur formation. »

Environ 20 % des membres de l’ACPM en sont aux cinq premières années de leur carrière suivant leur résidence.2 Par rapport aux autres catégories de problèmes médico-légaux, l’Association a le plus souvent prêté assistance à de nouveaux médecins dans le cadre de plaintes auprès de leur organisme de réglementation.3

Exemples de cas

Les exemples de cas suivants illustrent deux domaines d’exercice qui posent souvent un défi aux nouveaux médecins − mettre fin à la relation médecin-patient et communiquer clairement avec les patients.

Cas 1 : Un médecin ne respecte pas la politique du Collège pour mettre fin à sa relation professionnelle avec une patiente de sa clinique

Que s’est-il produit?

Un médecin de famille accuse du retard dans son horaire alors qu’une patiente se présente à son rendez-vous pour obtenir le résultat de ses analyses de laboratoire. Après un moment, la patiente devient irritable et demande à la réceptionniste quand elle pourra voir son médecin. La réceptionniste lui répond qu’il y a encore huit personnes avant elle. La patiente déclare que cette attente est inacceptable, puis elle reporte son rendez-vous à un autre jour. Plus tard ce même jour, la réceptionniste confie au médecin que cette patiente a été impolie envers elle. Le médecin dit à la réceptionniste de rappeler la patiente et de lui dire qu’elle ne pourra plus revenir le consulter.

Quels ont été les commentaires du Collège?

Le Collège affirme que le médecin n’a pas respecté la politique du Collège lorsqu’il a mis fin à sa relation avec cette patiente. Il aurait dû informer la patiente de la raison pour laquelle il mettait fin à la relation thérapeutique et planifier un suivi des soins approprié. Le Collège a aussi signalé des problèmes relativement aux horaires de rendez-vous des patients et aux temps d’attente. Le médecin, qui ignorait la politique du Collège, a présenté ses excuses à la patiente et a apporté des changements à sa pratique pour améliorer la planification des rendez-vous.

Cas 2 : Une mauvaise communication mène une dermatologue à prescrire la mauvaise préparation topique à une patiente

Que s’est-il produit?

Une dermatologue prescrit des médicaments topiques pour traiter le psoriasis chez une nouvelle patiente. Comme la dermatologue se lève pour quitter la pièce, la patiente tente de lui poser une autre question, mais la dermatologue lui dit de prendre un autre rendez-vous puisque d’autres patients attendent. La patiente, une anglophone, explique que ce serait difficile, car elle devrait trouver une gardienne et planifier en fonction de son horaire de « nursing ». Pourtant, la dermatologue refuse toujours de permettre à la patiente de poser sa question. Sentant que ses préoccupations ont été ignorées, la patiente dépose une plainte auprès du Collège.

Lorsque la dermatologue prend connaissance de la plainte, elle découvre qu’elle a mal interprété les propos de la patiente lors de la consultation. La dermatologue a assumé à tort que la patiente parlait de son horaire de travail en tant qu’infirmière au lieu de l’horaire d’allaitement de son bébé. La dermatologue se rend également compte qu’elle a prescrit un médicament non approprié pour une patiente qui allaite; elle a donc changé l’ordonnance pour un médicament plus indiqué.

Quels ont été les commentaires du Collège?

Le Collège a avisé la dermatologue de prévoir le temps nécessaire avec les patients. Son empressement a mené à une erreur qui aurait pu être évitée dans cette situation où la patiente a reçu une ordonnance inappropriée.

Stratégies pour améliorer la sécurité des soins médicaux

Trois principaux domaines de risque ont été identifiés :

  • les erreurs de diagnostic
  • la gestion d’un cabinet
  • la communication avec les patients

Les stratégies suivantes sont fondées sur les opinions des experts dans les dossiers étudiés.

Effectuer une évaluation diagnostique rigoureuse

  • Obtenir une anamnèse pertinente et suffisante, et effectuer un examen physique approprié pour être en mesure de formuler un diagnostic clinique, ainsi qu’un plan de soins clairement justifié.
  • Utiliser un système efficace pour gérer le suivi des résultats d’analyses en temps opportun (p. ex. des alertes automatisées dans le dossier médical électronique) y compris la communication des résultats aux patients. Éviter d’utiliser l’approche « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » en ce qui a trait à la gestion des résultats d’analyses.

Dans quelques cas, les experts ont reconnu que le nouveau médecin n’avait pas la connaissance, l’expérience ou les ressources suffisantes pour s’occuper de certains problèmes. Les suggestions suivantes sont proposées pour éviter les risques :

  • Exécuter uniquement les évaluations et les traitements relevant de votre champ de pratique.
  • Si cela est nécessaire, demander conseil à un collègue ou passer en revue la littérature médicale pour y trouver des informations sur les diagnostics, les médicaments, les dispositifs et les produits que vous ne connaissez pas bien.

Se concentrer sur la gestion du cabinet

  • Connaître les politiques et procédures de votre milieu clinique et s’assurer, autant que possible, qu’elles respectent les politiques du Collège.
  • Se familiariser avec les politiques du Collège, en particulier celles concernant la prise en charge thérapeutique des nouveaux patients.
  • Mettre en œuvre une procédure administrative pour gérer efficacement et équitablement les patients qui ne se présentent pas à leurs rendez-vous.
  • S’il est nécessaire de mettre fin à la relation avec un patient dans votre pratique, se demander si les raisons sont appropriées et si elles respectent les lignes directrices du Collège.
  • Évaluer les plaintes et envisager des améliorations pour corriger les problèmes.

Communiquer efficacement avec les patients

  • Communiquer avec les patients de façon respectueuse et professionnelle, et tenir compte des barrières cognitives, culturelles et linguistiques possibles à une communication efficace.
  • Communiquer clairement et efficacement, et faire preuve d’écoute active. Permettre au patient de décrire ses problèmes de santé actuels.
  • Assurer un suivi approprié, fournir des instructions claires aux patients (verbales et [ou] écrites), y compris les signes et symptômes qui devraient les inciter à consulter un médecin, et expliquer ce qui constitue une urgence. Déterminer dans quelle mesure le patient a compris l’information fournie, et répondre aux questions honnêtement et franchement.

Appels à l’ACPM provenant de nouveaux médecins

En 2015, l’ACPM a reçu plus de 3 000 appels de nouveaux médecins qui demandaient des conseils. Presque le tiers de ces appels concernait la gestion du cabinet et traitait des problèmes suivants : mettre fin à la relation médecin-patient, accepter de nouveaux patients, tenir les dossiers médicaux à jour, se joindre à un cabinet, abandonner une pratique, ainsi que les problèmes de facturation.

Assistance de l’ACPM

L’ACPM n’offre pas une assistance dans le cadre de toutes les demandes associées à la pratique. Par exemple, l’assistance de l’ACPM ne s’étend pas aux différends contractuels, en particulier ceux concernant la garde des dossiers médicaux. Les médecins travaillant dans une clinique ou un groupe de pratique ne savent pas toujours qui a la garde des dossiers médicaux. Dans certaines circonstances, les médecins, qui planifient de déménager ou de quitter leur pratique, peuvent être surpris d’apprendre qu’ils n’auront plus accès à leurs dossiers médicaux en raison de modalités contractuelles. La réglementation ayant trait à la garde des dossiers varie d’une province ou d’un territoire à l’autre. Les médecins doivent comprendre cette réglementation avant de se joindre à une pratique.

L’ACPM encourage les nouveaux médecins à consulter leur propre avocat et, au besoin, leur association ou fédération professionnelle pour obtenir une assistance avec les contrats.

Pour en savoir davantage sur l’établissement d’une pratique :

En bref

Les risques élevés, déterminés en fonction des dossiers de l’ACPM concernant des plaintes auprès des Collèges, comprennent les activités suivantes : mettre fin à la relation médecin-patient, communiquer avec les patients et gérer le suivi des examens de laboratoire. Les nouveaux médecins devraient être particulièrement conscients de leurs limites et demander conseil ou accepter le soutien de leurs collègues. Ils devraient aussi connaître et respecter les politiques et les lignes directrices des Collèges, ainsi que les lois et les règlements de la province ou du territoire.


Références

  1. Ces données sont fondées sur l’analyse quinquennale des dossiers médico-légaux de l’ACPM conclus faisant l’objet d’actions en justice, de plaintes auprès des Collèges et de problèmes intrahospitaliers. Ces événements se sont produits autant en contexte hospitalier qu’à l’extérieur et mettaient en cause des nouveaux médecins dans les cinq premières années de leur pratique.
  2. Proportion annuelle moyenne entre 2010 et 2014.
  3. Cette analyse est fondée sur une étude quinquennale (2010-2015) de tous les dossiers de l’ACPM ouverts et conclus entre 2010 et 2014 (sauf ceux associés aux conseils) mettant en cause des médecins dans les cinq premières années de leur pratique.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.