Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

La patiente est-elle en âge de procréer? Gardez en tête la possibilité d’une grossesse

Publié initialement en mars 2018/révisé en août 2018
18-04-F

Exemple de cas

Deux mois après avoir subi une augmentation mammaire, une femme de 38 ans découvre qu’elle est enceinte de 3 mois.

Lors de la visite préopératoire, le chirurgien plasticien avait recueilli l’anamnèse de la patiente et effectué un examen physique, mais n’avait pas posé de question concernant la possibilité d’une grossesse. Le formulaire préopératoire n’incluait pas non plus de question à cet effet.

La patiente décide de poursuivre sa grossesse. Même si le bébé ne semble pas avoir subi de conséquences négatives, la patiente dépose une plainte auprès de l’organisme de réglementation de la médecine (Collège). Elle allègue que le chirurgien aurait dû prescrire un test de grossesse avant de procéder à l’intervention chirurgicale effectuée sous anesthésie générale.

Dans ce dossier particulier, le Collège a avisé le chirurgien qu’un test de grossesse devrait faire partie de l’évaluation préopératoire de toute patiente en âge de procréer, sauf dans les situations de soins d’extrême urgence.


Des membres ont communiqué avec l’ACPM pour décrire des situations semblables à celle de cet exemple de cas où le médecin traitant ignorait que la patiente était enceinte avant de lui prescrire une intervention ou un traitement. Pour mieux comprendre les facteurs ayant contribué à ces situations, l’ACPM a effectué une analyse de ses dossiers médico-légaux.

Ce que les dossiers de l’ACPM ont révélé

Quatorze dossiers médico-légaux de l’ACPM conclus entre 2011 et 2015 étaient associés à des grossesses dont les médecins n’étaient pas informés avant de prescrire ou d’effectuer des examens ou des traitements. De ces 14 dossiers, on a dénombré huit actions en justice et six plaintes auprès des Collèges. Des transactions ont été conclues dans cinq des actions en justice tandis que le Collège a critiqué les soins prodigués dans cinq dossiers de plainte.

La majorité des médecins cités dans l’analyse étaient des obstétriciens-gynécologues et des médecins de famille. L’âge des patientes se situait entre 20 et 49 ans.

Huit patientes ont subi des interventions chirurgicales, dont la laparoscopie, l’hystérectomie, l’insertion d’un dispositif intra-utérin, la biopsie de l’endomètre et l’augmentation mammaire; cinq ont reçu des ordonnances d’hormonothérapie, d’antibiotiques ou d’opioïdes. L’autre dossier était associé à l’imagerie diagnostique.

Les opinions des experts

Les experts consultés à l’égard des soins prodigués dans les cas analysés ont formulé les observations suivantes :

  • Les médecins ignoraient qu’un test de grossesse était préalablement requis par les politiques de l’hôpital dans le cas d’examens et de traitements particuliers
  • Les professionnels de la santé n’ont pas communiqué adéquatement entre eux concernant une grossesse possible chez une patiente.
  • Les notes au dossier concernant l’évaluation clinique, les choix de traitement et la discussion entourant le consentement étaient inadéquates.
  • Avant de procéder à une intervention chirurgicale, le médecin aurait dû envisager et écarter la possibilité d’une grossesse à l’aide d’une anamnèse adéquate (p. ex. date de la dernière menstruation, contraception) et (ou) un examen minutieux (p. ex. taux sérique de gonadotropine chorionique, examen pelvien ou abdominal, ou les deux).
  • Avant de mettre en œuvre tout examen ou tout traitement pouvant causer une tératogenèse ou un danger pour le fœtus, il aurait fallu évaluer si la patiente pouvait être enceinte et discuter avec elle des risques associés à l’examen ou au traitement en présence d’une grossesse.
  • Si le fœtus a été exposé à un examen ou un traitement susceptible de présenter un danger et que la patiente choisit de poursuivre sa grossesse, il aurait pu s’avérer judicieux d’entreprendre les examens appropriés ou de demander une consultation pour évaluer le fœtus sur une base régulière. Une consultation auprès d’un spécialiste en médecine fœto-maternelle est aussi souvent nécessaire.

Gestion des risques

L’analyse de ces dossiers illustre ce que tout médecin devrait envisager avant une intervention non urgente qui pourrait avoir des conséquences sur une grossesse. Lors de la planification des examens, interventions ou traitements chez des patientes en âge de procréer, un médecin devrait considérer les mesures suivantes :

  • Au besoin, écarter la possibilité d’une grossesse tout en se conformant aux protocoles de la profession, de l’hôpital ou d’autres autorités. Passer en revue, avec la patiente, tout résultat d’examen en suspens.
  • Si la patiente est enceinte et qu’un examen, une intervention ou un traitement est proposé, évaluer les conséquences pour la mère et le fœtus, y compris celles des médicaments, puis l’informer des risques et des avantages.
  • Si la patiente est enceinte et qu’une intervention chirurgicale est proposée, parler des risques et des avantages, y compris les risques pour le fœtus. Songer à reporter une intervention non urgente après l’accouchement, le cas échéant.
  • Si la patiente a subi un examen ou un traitement susceptible de présenter un danger pour le fœtus et que l’on découvre plus tard qu’elle est enceinte, parler à la patiente pour évaluer les risques, les conséquences, ainsi que les options possibles.
  • Expliquer à la patiente l’importance d’une contraception efficace pour prévenir une grossesse lors d’un traitement susceptible de présenter un danger pour le fœtus. Aviser les patientes de l’importance d’informer leur médecin traitant dès qu’elles découvrent qu’elles pourraient être enceintes.

En bref

Il est possible qu’un examen, un traitement, un acte ou une intervention chirurgicale présente un danger pour le fœtus, la patiente enceinte, ou les deux. Si une grossesse est décelée à l’avance, le médecin et la patiente doivent alors discuter de façon approfondie des risques pour le fœtus, ainsi que des risques émotionnels et physiques pour la femme.

Les membres devraient communiquer avec l’Association pour obtenir des conseils s’ils ont des préoccupations médico-légales en ce qui a trait à toute discussion sur la possibilité d’une grossesse.


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