Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Divulgation des préjudices associés à l’analyse pathologique ou à l’imagerie diagnostique : Un travail d’équipe

Publié initialement en décembre 2019
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Les professionnels de la santé ont des obligations légales, professionnelles et déontologiques de divulguer aux patients un préjudice résultant de la prestation de soins. Lorsque les résultats de l’analyse pathologique ou de l’imagerie diagnostique ont été mal interprétés, il pourrait être pertinent d’intégrer le pathologiste ou le radiologiste au processus de divulgation. Toutefois, la participation des pathologistes et des radiologistes aux discussions avec les patients est souvent compliquée par le fait que ces professionnels n’interagissent habituellement pas directement avec eux.

Cet article offre des conseils pour les processus de divulgation de préjudices aux patients qui mettent en jeu des médecins n’ayant généralement pas de contacts directs avec ces derniers. Le guide de l’ACPM intitulé Divulgation d’un préjudice résultant de la prestation des soins : Pour une communication ouverte et honnête avec les patients,1 présente plus d’information et de recommandations destinées à l’ensemble des médecins au sujet du processus de divulgation; il est accessible sur le site web de l’ACPM.

Exemple de cas 1 : Cellules atypiques préoccupantes, mais bénignes

Un polype rectal a fait l’objet d’une biopsie lors d’une colonoscopie chez un homme de 40 ans ayant des antécédents familiaux de cancer du côlon. La pathologiste qui l’analyse estime que bon nombre des cellules prélevées sont atypiques et indique dans son rapport que la biopsie révèle une malignité pour les raisons suivantes : les antécédents familiaux, les caractéristiques cliniques en cause, l’atypie, et les conséquences possibles du fait de manquer un diagnostic de cancer. Le patient subit une résection antérieure basse. Lorsque la pathologiste analyse les tissus réséqués, elle n’y constate aucune malignité. Elle relit son rapport initial de biopsie et estime, a posteriori, qu’il est possible qu’elle ait accordé une importance excessive au polype. Elle demande à un collègue de passer en revue à l’aveugle les deux prélèvements; ce collègue estime qu’ils sont tous deux bénins. Compte tenu de ces nouveaux faits, elle se demande comment le chirurgien expliquera la situation au patient.

 

Exemple de cas 2 : Carcinome passé inaperçu lors d’une biopsie

Une femme de 47 ans subit un dépistage du cancer du sein incluant une mammographie. Aucune lésion inquiétante n’est constatée. Neuf mois plus tard, elle découvre une masse au sein et consulte son médecin de famille, qui prescrit une mammographie et une échographie diagnostiques. Le radiologiste passe en revue la mammographie précédente et constate une anomalie, qu’il soupçonne être maligne. Une biopsie révèle la présence d’un carcinome canalaire infiltrant. Le médecin de famille se demande si les résultats normaux issus de la mammographie précédente constituent une erreur de diagnostic, et n’est pas sûr de la façon d’en discuter avec sa patiente.

Qui devrait divulguer?

Lorsque l’analyse pathologique ou l’imagerie diagnostique révèle une divergence de diagnostic, il peut être difficile de déterminer qui, parmi les membres de l’équipe, devrait participer à la divulgation du problème au patient. Bien qu’ils puissent ne disposer que de données limitées au sujet de la divergence en question, les médecins traitants ont une relation directe avec le patient. D’un autre côté, les pathologistes ou les radiologistes, qui en savent généralement plus sur le contexte entourant les problèmes en cause, pourraient ne pas se sentir à l’aise de participer à une discussion de divulgation en raison de leur interaction limitée avec le patient. Selon Perkins, les pathologistes confient habituellement la divulgation à leurs collègues cliniciens, malgré leurs inquiétudes selon lesquelles ces derniers « pourraient ne disposer que de connaissances directes limitées au sujet de l’erreur et ne pas être au courant de certaines données pertinentes propres à la pathologie qui pourraient être éclairantes pour le patient dans le cadre du processus de divulgation ».2 Par conséquent, lorsque des préjudices causés au patient sont associés à de possibles problèmes mettant en cause la pathologie ou l’imagerie diagnostique, une approche d’équipe envers la divulgation pourrait s’avérer dans l’intérêt du patient.2, 3

Bien que les pathologistes et les radiologistes aient le même devoir que leurs collègues cliniciens de divulguer aux patients les préjudices issus de la prestation des soins, bon nombre d’entre eux se dégagent de leur obligation en avisant le médecin traitant. Dans certains cas, la participation active des pathologistes ou des radiologistes aux discussions de divulgation pourrait aider à soutenir le médecin traitant, à renforcer les liens collégiaux, et à fournir aux patients une meilleure compréhension des faits.

Bien que la perspective de devoir divulguer un problème à un patient avec lequel aucune interaction directe n’a eu lieu puisse être intimidante, l’exercice pourrait au bout du compte s’avérer bénéfique. La formulation de lignes directrices et de politiques au sein d’une organisation contribue à clarifier les responsabilités et les processus en matière de divulgation, à favoriser la transparence, et à transmettre aux patients des renseignements pertinents. Une étude a révélé que les pathologistes ayant participé avec le médecin traitant à la discussion de divulgation « ont exprimé leur soulagement d’avoir l’occasion de mieux faire comprendre au patient les circonstances entourant l’erreur et de pouvoir lui présenter leurs excuses »3

En bref

  • Si vous êtes un pathologiste ou un radiologiste et que vous soupçonnez une divergence de diagnostic, discutez-en sans tarder avec le médecin traitant et songez à la signaler à un programme institutionnel d’assurance de la qualité, le cas échéant.
  • Si vous êtes impliqué dans un incident lié à la sécurité du patient, songez à vous prévaloir d’occasions de participer au processus de divulgation. Cela pourrait inclure le fait de communiquer avec le médecin le plus responsable pour passer les faits en revue, planifier la divulgation au patient et lui offrir de participer à la réunion de divulgation afin d’y fournir votre point de vue.

Références

  1. L’Association canadienne de protection médicale [en ligne]. Ottawa (CA): ACPM; 2015 (révisé en mars 2017). Divulgation d’un préjudice résultant de la prestation des soins : Pour une communication ouverte et honnête avec les patients, 3e éd. [cité le 3 juin 2019]. Disponible :  https://www.cmpa-acpm.ca/fr/advice-publications/browse-articles/2015/disclosing-harm-from-healthcare-delivery-open-and-honest-communication-with-patients
  2. Perkins I. Error Disclosure in Pathology and Laboratory Medicine: A Review of the Literature. AMA J Ethics [En ligne]. 2016 Aug [cité le 3 juin 2019]. 18(8):809-16. doi: 10.1001/journalofethics.2016.18.8.nlit1-1608. Disponible : https://journalofethics.ama-assn.org/article/error-disclosure-pathology-and-laboratory-medicine-review-literature/2016-08
  3. Dintzis S, Clennon E, Prouty C, et al. Pathologists’ Perspectives on Disclosing Harmful Pathology Error. Arch Pathol Lab Med [En ligne]. 2017 [cité le 3 juin 2019];141(6):841-45; doi: 10.5858/ arpa.2016-0136-OA. Disponible : https://www.archivesofpathology.org/doi/pdf/10.5858/arpa.2016-0136-OA

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