Le mot du directeur général

La médecine, tout comme d’autres professions, se fonde sur des principes et des codes de conduite bien ancrés, ainsi que sur l’engagement collectif envers l’intégrité et le professionnalisme de ceux qui l’exercent. En tant que chirurgien et directeur général de l’ACPM, j’ai eu l’occasion de voir des médecins se faire questionner – et se questionner eux-mêmes – sur ce que signifie aujourd’hui le professionnalisme en médecine. Il ne s’agit pas là d’une question d’ordre purement philosophique, comme nous sommes en mesure de le constater chaque jour à l’ACPM dans le cadre de nos interactions avec des médecins. En effet, les écarts de conduite et l’érosion de la confiance peuvent entraîner des conséquences réelles et profondes pour les médecins ainsi que pour leur réputation.

Toutefois, j’estime, en dépit de certains jugements contraires, que le professionnalisme des médecins est toujours aussi solide. Ce qui a plutôt changé, c’est la culture du milieu de travail. Jusqu’aux années 60, les médecins se concentraient presqu’exclusivement sur les aspects cliniques de leur profession. Par la suite, et jusque dans les années 2000, l’accent a été mis de plus en plus sur la mesure et la « gestion du rendement », en grande partie pour répondre à la demande croissante d’un accès amélioré au système de santé en des temps de restrictions. Bien que la devise « faire toujours plus avec moins » ait pu sembler logique, elle a semé découragement et frustration parmi de nombreux médecins, et cette nouvelle réalité a parfois donné lieu à des comportements incompatibles avec les idéaux que nous cherchons à atteindre et à défendre.

Nous nous trouvons aujourd’hui au seuil de ce que le Dr Donald Berwick, fondateur de l’Institute for Healthcare Improvement, qualifie d’« ère de la philosophie morale », où nous nous forgerons une identité professionnelle plus solide, empreinte d’un quotient émotionnel et d’une plus grande sensibilité à l’égard de la culture. Nous voulons réimaginer ce que nous sommes – que ce soit dans notre vie privée en tant que parents, grands-parents, enfants ou membres d’une fratrie; ou encore dans le cadre de notre travail à titre de professionnels de la santé, où nous devons interagir avec collègues, patients, gestionnaires de clinique et d’autres encore. Vouloir, c’est pouvoir, et nous voulons bâtir un système de soins sur lequel nous pourrons compter lorsque nous en aurons besoin en tant que patients, et dont nous pourrons tirer grande fierté en tant que professionnels de la santé.

Les médecins sont confrontés à des objectifs concurrentiels : l’impératif économique d’assurer efficacement la prestation de services de santé au plus faible coût possible, et l’impératif professionnel d’assurer l’excellence des soins tout en ayant la latitude d’exercer un jugement professionnel. Ce n’est qu’en se fondant sur la confiance accordée aux collègues, aux autres professionnels de la santé, aux patients, aux employeurs et aux divers paliers de gouvernement que les médecins pourront concilier ces forces. Le rétablissement et le maintien d’une telle confiance sont essentiels à une culture « juste » en soins de santé, qui encourage la responsabilisation mais résiste à l’attribution du blâme et à la culpabilisation lorsque des problèmes surviennent.

Je suis ravi du travail accompli par l’ACPM pour soutenir les médecins en ces temps exigeants. Au moyen d’une approche holistique visant à faire changer des postulats culturels, l’Association se penche entre autres sur les domaines de la médecine où les risques sont élevés. Elle doit pour cela offrir une formation aux chefs de file des hôpitaux afin qu’ils puissent cultiver des relations de confiance, concevoir des processus équitables et transparents, et intervenir rapidement. Cela signifie également l’offre plus globale d’occasions éducatives pour les médecins qui se retrouvent peut-être aux prises avec des difficultés.

L’année 2017 représentera un tournant décisif pour l’Association, et je suis impatient de pouvoir vous faire part de plus d’information sur le travail que l’ACPM accomplira, à cet égard ainsi qu’à d’autres, dans les mois à venir. « Pour l’avancement des soins de santé », c’est beaucoup plus qu’un slogan : c’est notre engagement.

Hartley Stern, MD, FRCSC, FACS