Programme de soutien aux membres de l’ACPM : une année de changements positifs

Publié initialement en décembre 2018
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En novembre 2017, l’ACPM a lancé le Programme de soutien aux membres (PSM) pour identifier et aider, de façon préventive, les médecins connaissant un volume élevé d’événements médico-légaux.

Nous avons récemment discuté du programme, de la façon dont il a été reçu et des prochaines étapes avec le Dr Todd Watkins, directeur administratif, Services aux médecins, de l’ACPM.

Q. Parlez-nous du programme. D’où en est venue l’idée?

Bien que tous nos membres cherchent à prodiguer les meilleurs soins possible, les défis qu’ils doivent relever sont si nombreux qu’ils ont parfois de la difficulté à y parvenir. Cela mène souvent à des problèmes de communication, de collaboration ou de professionnalisme, lesquels peuvent donner lieu à des plaintes et contribuer à de possibles actions en justice.

À l’ACPM, nous avons le très grand privilège de pouvoir porter assistance aux membres, et nous reconnaissons qu’un profil d’événements médico-légaux récurrents ou dont la gravité s’accroît avec le temps peut indiquer qu’un médecin a besoin d’être aidé, et non puni. Nous avons conçu le PSM pour apprendre à mieux connaître nos membres et à cerner leurs besoins particuliers dans le but de réduire leurs risques médico-légaux. Le programme est ouvert à tous les membres, mais vise principalement à porter assistance à ceux dont l’expérience médico-légale est plus importante que celle de leurs pairs. Pour certains, une hausse des problèmes médico-légaux peut mener à l’imposition de restrictions considérables à leur pratique. Nous souhaitons donc les aider à identifier leurs facteurs de risque et à apporter les rectifications requises pour prévenir les problèmes.

Q. Qu’est-ce que le principe de mutualité et comment s’imbrique-t-il dans le PSM?

Le principe de mutualité est l’un des principes fondateurs de l’ACPM. Il établit la réciprocité des rôles et des attentes de l’ACPM et de ses membres. L’ACPM a en partie pour rôle de soutenir les médecins, dans la mesure de ses capacités, pour contribuer à la réduction de leurs risques médico-légaux. En contrepartie, elle s’attend à ce que ses membres exercent leur profession de façon sécuritaire, conformément aux pratiques de l’ensemble des membres, et à ce qu’ils prennent les devants pour atténuer leurs risques médico-légaux.

Le PSM offre, aux médecins qui nécessitent une assistance, une façon de réduire leurs risques médico-légaux tout en améliorant la qualité des soins qu’ils prodiguent et en regagnant leur confiance.

Q. Comment le PSM fonctionne-t-il?

Il faut tout d’abord apprendre à mieux connaître nos membres. Lorsque nous percevons certaines tendances dans l’expérience médico-légale d’un médecin, nous communiquons avec lui pour voir comment l’aider.

Ensuite, nous analysons ses antécédents médico-légaux de plus près afin d’y déceler tout facteur sous-jacent contribuant à son taux accru d’événements médico-légaux. Chaque situation étant particulière, nous sollicitons l’avis du membre pour mieux comprendre son milieu d’exercice et le contexte ayant entouré ces événements. Parfois, le profil de l’expérience médico-légale est entièrement situationnel ou temporaire; dans un tel cas, le médecin n’a probablement pas besoin d’une assistance à long terme. Toutefois, plus souvent qu’autrement, nous pouvons cerner des facteurs liés à la pratique qui pourraient être à l’origine de l’aggravation du risque, comme une piètre tenue de dossiers, des problèmes communicationnels et des défis liés au professionnalisme.

Une fois ces facteurs cernés, nous élaborons un plan personnalisé d’éducation et de soutien pour répondre aux besoins particuliers du médecin. Ce plan peut comprendre des recommandations en matière d’éducation (ressources et cours), des conseils ciblés, des objectifs pédagogiques pertinents et des discussions au sujet du bien-être.

Les dernières étapes du programme sont le suivi et l’aide à l’atteinte des objectifs du médecin. Par exemple, nous pourrions créer un calendrier pour communiquer avec lui à intervalles réguliers afin de le soutenir et de le conseiller.

Q. Quelles ont été les réactions au programme jusqu’à présent?

Nos membres (y compris les participants au PSM) ont accueilli le programme de façon extrêmement positive. Bien qu’une attention particulière ait été initialement portée à un faible nombre de membres, ce programme est offert à tous. Les médecins cautionnent le programme non seulement comme moyen d’améliorer leurs pratiques, mais également parce qu’il témoigne de l’engagement global de l’ACPM envers les soins médicaux sécuritaires.

Les membres qui reçoivent l’assistance du PSM participent activement au programme et apprécient cette occasion d’atténuer leurs niveaux de stress et de prévenir les événements médico-légaux. Bon nombre de participants se sont dits soulagés après avoir reçu leur plan d’amélioration de la pratique. En fait, ils auraient aimé que ce service soit mis en place plus tôt. Il ne fait aucun doute que les participants veulent prodiguer des soins efficaces et de qualité. Le PSM vise à aider les membres à retrouver la satisfaction dans l’exercice de la médecine.

Q . Y a-t-il eu des surprises?

Le simple fait d’aider les membres à prendre conscience de leur expérience médico-légale et à comprendre ce qui la différencie de celle de leurs collègues nous a permis de constater des améliorations notables. Les médecins ne discutent généralement pas d’événements médico-légaux avec leurs collègues; ainsi, il est difficile de savoir ce qui est normal ou prévisible. Sans ces connaissances de base, il est facile de ne voir en l’augmentation des événements médico-légaux qu’un épiphénomène lié à un milieu de pratique exigeant ou encore propre à l’exercice même de la médecine. Bon nombre des membres avec qui le PSM a communiqué n’avaient pas pris conscience que leur expérience médico-légale se situait au-delà de la norme. Nous avons constaté que le simple fait de transmettre cette information mène souvent les médecins à faire des changements positifs.

Certains chercheurs ont établi des liens entre l’épuisement professionnel et un taux accru d’événements médico-légaux.1,2 Nous discutons souvent avec les participants des questions de bien-être et de la façon dont celles-ci pourraient contribuer aux risques médico-légaux. Une fois de plus, la sensibilisation favorise la réflexion et le changement. Il est intéressant de souligner que de nombreux participants ont déjà entrepris des démarches pour tenter d’améliorer leur bien-être et de rectifier leurs problèmes de charge de travail.

Q . Que nous réserve l’avenir?

Au cours de la deuxième année du programme, nous nous centrons sur l’évaluation et l’amélioration du soutien que nous offrons. Nous analysons présentement les commentaires des participants, en plus d’évaluer les effets de chacune de nos interventions (y compris l’influence exercée par nos conseils et les cours suggérés sur les pratiques, les attitudes et les comportements des participants). Les données tirées de cette analyse nous permettront d’améliorer le PSM et de mieux porter assistance aux membres présentant des besoins particuliers. La réussite globale du programme sera définie par notre capacité de réduire le nombre d’événements médico-légaux et d’améliorer la satisfaction et la santé générale de nos membres.

Nous nous penchons également sur la question du bien-être des médecins. En 2018, dans le cadre de notre assemblée annuelle et de notre séance d’information, nous avons abordé la nécessité d’une réponse collective pour soutenir une approche systémique envers l’amélioration du bien-être des médecins et, par le fait même, de la sécurité et de la qualité des soins. Nous entendons bien analyser les occasions de collaborer avec nos partenaires, en tirant parti de notre statut d’organisation fiable, pour aider les médecins à combattre l’épuisement professionnel et à améliorer leur bien-être. Bien que nos interactions particulières avec les participants demeurent confidentielles, les thèmes globaux que nous dégagerons du programme seront au cœur de l’élaboration de solutions pratiques à cet enjeu important.




Références

  1. West CP, Huschka MM, Novotny PJ, et al. Association of perceived medical errors with resident distress and empathy: A prospective longitudinal study. JAMA. 2006;296(9):1071-8
  2. Balch CM, Oreskovich MR, Dyrbye LN, et al. Personal consequences of malpractice lawsuits on American surgeons. J Am Coll Surg. 2011;213(5):657-67