Détresse morale : Le coût de l’incertitude en temps de pandémie

Message de la Dre Debra Boyce, présidente de l’ACPM

Publié initialement en juin 2020

Chaque jour, l’ACPM entend les témoignages de médecins qui luttent contre la pandémie de COVID-19. Bien que nous ayons tous des pratiques et des situations de vie différentes, il est clair que la crise nous impose à tous une pression sans précédent. Elle nous affecte à la fois en tant que médecins et en tant qu’êtres humains en créant une incertitude accablante. J’ai pu constater en tant que présidente de l’ACPM et dans ma propre pratique de médecine familiale combien il est difficile d’exercer notre profession quand il y a tant de facteurs inconnus.

Nous avons beaucoup de questions avec peu de réponses, voire aucune :

  • Comment pouvons-nous suivre l’évolution des signes, des symptômes, des examens et des traitements d’une maladie dont nous n’avions jamais entendu parler jusqu’à récemment?
  • Allons-nous la contracter nous-mêmes? Pourrions-nous la transmettre à nos proches ou à nos patients, à notre personnel ou à nos collègues?
  • En cas d’augmentation du nombre de patients infectés, comment allons-nous attribuer les ressources limitées telles que les respirateurs et l’équipement de protection individuelle?
  • Comment pouvons-nous traiter les patients qui ont besoin de soins et d’interventions désormais jugés non essentiels, et comment allons-nous gérer le travail en retard lorsque les traitements non essentiels reprendront?
  • Pouvons-nous prodiguer de bons soins en consultation virtuelle si nous nous sentons plus à l’aise de voir les patients en personne?

Donnons-nous la permission de ressentir les effets de la crise

Les situations incertaines telles que celles auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui peuvent nous rendre vulnérables, anxieux, craintifs ou stressés. Même si nous ne pensons pas que la COVID-19 nous affecte, il est probable que ce soit le cas. Les facteurs inconnus dans nos circonstances particulières et les émotions qui en résultent peuvent conduire à une détresse morale, un sentiment profond de ne pas être en mesure de suivre ce que nous croyons être une bonne ligne de conduite, respectueuse de l’éthique.

La deuxième balado de l’ACPM dans la série sur la COVID-19 traite de la détresse morale que nous éprouvons face à des dilemmes éthiques. Elle examine comment des situations répétées de détresse morale peuvent laisser un effet durable, une blessure morale qui peut ensuite aggraver la détresse morale dans d’autres situations. Je vous encourage tous à prendre un moment pour l’écouter.

Pour atténuer la détresse morale, je pense que nous devons d’abord reconnaître le coût personnel qu’a eue la pandémie et demeurer attentifs aux risques qu’elle représente pour notre santé et notre bien-être. En tant que groupe, nous, médecins, avons tendance à « persévérer » lorsque les choses deviennent difficiles, souvent au détriment de notre bien-être. Nous devons accepter que nous sommes humains et nous traiter avec compassion. Nous devons reconnaître que l’incertitude créée par la pandémie affecte notre santé aujourd’hui et pourrait continuer à l’affecter plus tard.

Adoptons des stratégies pour demeurer en santé

Nous devrions tous adopter au moins une des nombreuses stratégies que l’on peut trouver dans les Ressources pour demeurer en santé pendant la pandémie de COVID-19 de l’ACPM. Il est essentiel d’établir le soutien et les réseaux nécessaires pour discuter maintenant des impacts actuels, et de demeurer à l’affût des répercussions à venir. Voici quelques-unes de ces stratégies que nous devrions, à mon avis, prendre en considération :

En tant que personnes :

En tant qu’équipes :

  • Savoir que les normes de pratique incertaines et l’évolution de la science contribuent à la détresse ressentie lors des discussions et des rencontres des équipes et des organisations. Nous constatons à quel point nous sommes différents sur le plan individuel lorsque nous sommes confrontés à de tels dilemmes.
  • Créer un système de soutien [PDF]. Autrement dit, demander aux membres de notre équipe de trouver une personne de confiance (collègue, ami, membre de l’équipe) à qui confier leurs émotions et leurs expériences. Rompre l’isolement et se relier véritablement aux autres pour mieux traverser les moments difficiles.
  • Dans la mesure du possible, essayer de favoriser (que ce soit dans un contexte virtuel ou, dans le cas des professionnels de première ligne, en personne) un sentiment d’appartenance à la communauté et des liens au travail. Saluer ses collègues quand on les voit; prendre de leurs nouvelles. Offrir de l’aide au besoin et prendre contact pour demander de l’aide à son tour.

En tant qu’organisations :

  • Se concentrer sur la capacité professionnelle à long terme plutôt que sur la réponse aux crises à court terme.
  • Rassurer le personnel au moyen de bonnes communications et d’information précise.

Nous devons, à tous les niveaux, reconnaître et célébrer nos victoires et les leçons retenues.

Nous pouvons compter sur l’appui de l’ACPM

Alors que la pandémie se poursuit, et que nous nous concentrons sur la prestation de soins aux patients, certains n’auront peut-être pas le temps de s’occuper de leurs propres besoins. Nous aurons toutefois tous besoin de nous soigner et de nous rétablir dans les jours et les mois à venir, et nous pourrons compter sur l’ACPM tout au long de ce processus.

Avec tous les changements et l’incertitude qui ont accompagné la COVID-19, je sais que le dynamisme durable de l’ACPM ainsi que la confiance et le courage qu’elle inspire aux médecins membres canadiens sont essentiels. L’Association reconnaît la détresse que nous avons vécue et que nous continuons de vivre. Elle sera là pour nous aider. Elle nous répondra, conseillera, assistera et informera comme elle l’a toujours fait et comme l’exige la nouvelle normalité. Ensemble, nous découvrirons ce qu’il nous faut.

Debra E. Boyce, BSc, MD, CCFP, FCFP
Présidente de l’ACPM