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Délégation et supervision


Responsabilités des superviseurs et des personnes en formation

Le rôle du médecin en tant qu'éducateur (Page 1 de 2)


La compétence par conception

« La compétence par conception » (CPC) est une initiative du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada qui vise à améliorer l'enseignement offert aux personnes en formation. La question centrale que pose ce processus est la suivante : « Qu'est-ce que les apprenants doivent être en mesure de faire? »

La compétence par conception est fondée sur les principes de base suivants :

  1. Cibler les résultats d'apprentissage
  2. Mettre l'accent sur les aptitudes
  3. Réduire l'importance mise sur la durée de la formation
  4. Favoriser une formation davantage centrée sur les besoins de l'apprenant
  5. S'adapter à l'évolution des besoins sociétaux en matière de santé

Par le passé, les personnes en formation acquéraient les connaissances et les habiletés requises par l'intermédiaire d'une relation de type « apprenti » dans laquelle les médecins superviseurs leur déléguaient des tâches et des niveaux appropriés de responsabilité. La formation médicale fondée sur les compétences constitue une approche plus pratique et concertée qui prévoit une collaboration plus étroite entre le superviseur et la personne en formation pour assurer l'acquisition des compétences requises.

Évaluation de la compétence

Référentiel CanMEDSDans le cadre de cette approche, les activités professionnelles confiables (APC) comptent de multiples jalons que doivent franchir les personnes en formation. Ces jalons reflètent les compétences habilitantes propres à des rôles CanMEDS particuliers. Ces APC sont des tâches cliniques qu'un superviseur peut déléguer à une personne en formation lorsque celle-ci a démontré qu'elle disposait d'une compétence suffisante. L'évaluation de la compétence s'effectue par observation directe et indirecte en milieu de travail.

Si l'on tient compte du rôle que le patient et l'équipe doivent jouer dans l'enseignement offert aux personnes en formation, la nécessité de voir évoluer les processus de rétroaction efficace et d'évaluation devient manifeste. Traditionnellement, le médecin superviseur procédait à une évaluation de fin de stage fondée, principalement, sur ses propres interactions. Le modèle fondé sur les compétences exige des superviseurs qu'ils utilisent des données tirées d'une combinaison de sources : ses propres interactions avec la personne en formation, les observations constatées dans le cadre des interactions avec le patient ou les membres de sa famille, la rétroaction à 360 degrés provenant des membres de l'équipe interprofessionnelle et les sondages menés auprès des patients.

L'approche CPC pourrait, si elle est bien mise en œuvre, mener à des soins plus sécuritaires, à de meilleurs résultats de santé et à une réduction des risques en matière de responsabilité médicale pour les superviseurs et les personnes en formation. De plus en plus de pays passent à des modèles fondés sur les compétences avec le soutien de groupes de médecins, de défenseurs des intérêts des patients et de la communauté juridique.

Conséquences médico-légales

Maillet et stéthoscopeIl est toujours difficile de s'avancer quant à la façon dont la responsabilité légale pourrait être attribuée dans une situation particulière. Les circonstances propres à chacun des cas y jouent pour beaucoup.

Cela étant dit, les médecins superviseurs sont généralement en droit de s'attendre à ce que les personnes en formation exécutent les tâches qui leur ont été adéquatement déléguées. Toutefois, un médecin superviseur pourrait être tenu responsable des préjudices causés par la négligence d'une personne en formation s'il savait que cette dernière n'était pas en mesure d'effectuer les tâches qu'il lui a déléguées ou si la personne en formation n'a pas fait l'objet d'une supervision adéquate pendant l'exécution de ces tâches. Une personne en formation pourrait être exposée à des risques liés à la responsabilité professionnelle si, pendant l'exécution d'une tâche qui ne lui a pas été adéquatement déléguée, le patient subit des préjudices.

Les superviseurs ont deux responsabilités : déterminer s'il s'avère indiqué de procéder à la délégation d'une tâche, et établir le niveau requis de supervision en fonction des compétences de la personne en formation et des circonstances cliniques propres à chaque patient. Même si la compétence de la personne en formation a techniquement été établie quant à l'exécution d'une intervention, les médecins superviseurs devraient déterminer le degré adéquat d'autonomie de la personne en formation pour un patient donné au cas par cas; ils devraient tenir compte de facteurs tels que la gravité de l'état du patient ou la présence d'une anatomie inhabituelle.

De leur côté, les personnes en formation devraient se sentir à l'aise de demander de l'aide quant à une intervention ou à un cas particulier, même lorsque leur compétence a été établie quant à l'exécution d'une activité professionnelle confiable (APC) donnée. Il est important de favoriser le dialogue et une communication ouverte entre le superviseur et la personne en formation. Les médecins superviseurs et les personnes en formation devraient discuter des circonstances propres à chaque patient, du niveau de confiance de la personne en formation quant à l'exécution de l'intervention prévue et des complications possibles de celle-ci.

Une telle approche minutieuse et pondérée pourrait contribuer à réduire l'exposition aux risques liés à la responsabilité professionnelle, tant pour les médecins superviseurs que pour les personnes en formation, si une poursuite était intentée. Lorsque l'on parvient à déterminer que le superviseur a adéquatement délégué l'exécution d'une intervention (et en présence d'un processus clair d'évaluation et de documentation de la compétence), il sera plus facile d'affirmer avec conviction que la norme de pratique a été respectée par la personne en formation, si une complication inhérente à l'intervention visée se manifeste.