Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Comment réduire les risques de traumatisme dentaire

Publié initialement en mai 2010 / révisé en août 2018
W10-002-F

Malgré les nombreuses percées réalisées en médecine, les traumatismes dentaires continuent d’être une source de préoccupation pour les médecins et leurs patients. De nombreuses innovations et améliorations ont été apportées à l’équipement utilisé pour la gestion des voies respiratoires (p. ex. vidéolaryngoscopes, masques laryngés spécialisés et endoscopes à fibre optique). Parallèlement, davantage d’interventions endoscopiques ou autres sont maintenant effectuées par la cavité buccale. Comme les exemples de cas suivants le démontrent, des traumatismes dentaires peuvent survenir; les médecins peuvent toutefois prendre certaines mesures pour en réduire les risques.

Exemples de cas

Couronne dentaire délogée

Dans le questionnaire préopératoire, un patient avait signalé une couronne sur une incisive centrale supérieure. Lors d’une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, sa couronne se déloge. Une action en justice est déposée à la Cour des petites créances pour réclamer les coûts de la réparation dentaire. L’anesthésiologiste a avoué qu’il n’avait pas expliqué les risques de traumatisme dentaire au patient. L’ACPM a choisi de régler le dossier en concluant une transaction avec le patient au nom de l’anesthésiologiste.

Perte d’une incisive

Un patient ayant une mauvaise dentition subit une urétéroscopie sous anesthésie générale pour extraire des lithiases urétérales à l’aide d’un panier. Dans la salle de réveil, le patient remarque l’absence d’une incisive. Il dépose une action en justice contre l’anesthésiologiste alléguant que la perte de sa dent était due à une faute professionnelle.

Les notes de l’anesthésiologiste dans le dossier du patient n’ont pas démontré une discussion adéquate des risques de traumatisme dentaire, et ce, malgré les problèmes dentaires connus du patient. L’ACPM a choisi de régler le dossier en concluant une transaction avec le patient au nom de l’anesthésiologiste.

Incisive supérieure ébréchée

Un anesthésiologiste évalue les voies respiratoires d’un patient avant une intervention chirurgicale. Le patient relève de la classe I du score de Mallampati et présente une bonne dentition. L’anesthésiologiste explique la nécessité d’une intubation endotrachéale, ainsi que les risques de dommages dentaires.

L’anesthésiologiste procède à l’induction et essaie d’intuber le patient. Des problèmes inattendus se présentent. Après une seconde tentative d’intubation à l’aide d’un vidéolaryngoscope GlideScope® AVL, le chirurgien déclare avoir entendu un craquement. L’anesthésiologiste examine les dents et observe que l’incisive supérieure est ébréchée. Après l’intervention, il divulgue le traumatisme au patient de façon appropriée.

Le patient dépose une action en justice à la Cour des petites créances. Le juge a conclu que l’anesthésiologiste a informé le patient de la possibilité de dommages dentaires, le patient a donné son consentement éclairé et l’anesthésiologiste n’a pas commis de faute professionnelle.

Dent et pont égarés

Un gastroentérologue effectue une cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique après avoir au préalable expliqué au patient les risques dentaires de l’intervention. Il insère ensuite un protecteur buccal. Le compte rendu de l’examen diagnostique révèle des problèmes liés à la sédation. Après l’intervention, le patient a une dent en moins et allègue qu’un pont a aussi été endommagé. Un expert a revu le dossier et a accordé son appui aux soins prodigués. Le patient a abandonné l’action en justice.

Gestion des risques

Une analyse des dossiers médico-légaux de l’ACPM révèle que la plupart des problèmes liés à des traumatismes dentaires avaient été répertoriés chez des patients ayant des problèmes dentaires préexistants (p. ex. des ponts, des couronnes, des prothèses, une mauvaise dentition ou une maladie parodontale).

Cette analyse a fait ressortir l’importance de considérer les questions suivantes pour mieux gérer les risques :

  • Le médecin a-t-il fait ou revu l’anamnèse et l’examen préanesthésique?
  • Le médecin a-t-il évalué de façon appropriée les voies respiratoires et consigné ses observations au dossier?
  • Le médecin a-t-il des informations laissant présager une intubation difficile?
  • Le médecin a-t-il identifié les dents vulnérables?
  • Le médecin ou un autre professionnel de la santé a-t-il expliqué les risques de traumatismes dentaires au patient?
  • Le médecin ou un autre professionnel de la santé a-t-il consigné au dossier la discussion préalable au consentement?

Si un traumatisme dentaire survient

Si des traumatismes dentaires se produisent à la suite d’une intervention médicale, les médecins doivent les divulguer aux patients. La discussion pourrait préciser entre autres les éléments suivants :

  • un dommage aux dents est considéré un risque inhérent à une intervention
  • tout problème rencontré pendant une intervention
  • toute mesure prise pour prévenir cette complication.

Un médecin faisant preuve d’empathie peut contribuer grandement à répondre aux préoccupations d’un patient à l’égard des traumatismes dentaires. Le guide de l’ACPM Divulgation d’un préjudice résultant de la prestation des soins : Pour une communication ouverte et honnête avec les patients peut aider les médecins à préparer ce genre de discussion.

Si un traitement dentaire est requis, le médecin traitant devrait généralement s’abstenir d’offrir ou de s’engager à assumer les coûts d’une réparation sans avoir, au préalable, obtenu conseil auprès de l’ACPM. Entre autres, il se peut que toute aide financière offerte volontairement par un médecin en vue d’un traitement dentaire puisse devoir être signalée à l’hôpital et à l’organisme de réglementation de la médecine (Collège) au moment d’adhérer ou de renouveler le permis d’exercice, même si aucune plainte, poursuite ou menace de poursuite n’a été amorcée.

En bref

Un traumatisme dentaire est un risque pouvant survenir au cours d’une intervention où des instruments sont insérés dans la bouche. Lorsque la situation le permet, les médecins peuvent prendre des précautions pour réduire les risques pour les patients et pour eux-mêmes, en :

  • examinant la bouche avant de procéder à une assistance respiratoire
  • discutant avec le patient de toute situation qui augmenterait le risque de traumatisme dentaire et en consignant cette discussion au dossier.
  • consignant au dossier le déroulement de l’intervention et les constatations qui en découlent.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Les renseignements publiés dans le présent document sont destinés uniquement à des fins éducatives. Ils ne constituent pas des conseils professionnels spécifiques de nature médicale ou juridique et n'ont pas pour objet d'établir une « norme de diligence » à l'intention des professionnels des soins de santé canadiens. L'emploi des ressources éducatives de l'ACPM est sujet à ce qui précède et à la totalité du Contrat d'utilisation de l'ACPM.