Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Deux opinions valent-elles mieux qu’une?

Publié initialement en septembre 2014
P1403-1-F

Les patients ont le droit de prendre des décisions au sujet de leur propre santé; ils peuvent, maintenant plus que jamais, faire leurs propres recherches, poser des questions et, parfois, demander une seconde opinion. Toutefois, des questions associées aux responsabilités sont soulevées lorsqu'un patient demande une seconde opinion. Entre autres, quel médecin est considéré comme le plus responsable, celui consulté à la première visite ou celui qui fournit un autre point de vue? Que doit faire le médecin traitant si l'autre choix proposé par le second médecin entre en conflit avec le plan de traitement initial? Quels facteurs doivent être envisagés par le médecin consultant?

Pourquoi les patients veulent-ils une seconde opinion?

En cette ère du numérique, les patients peuvent accéder rapidement à une vaste gamme d'information en matière de santé. Un récent sondage effectué aux États-Unis a révélé qu'un adulte sur trois a, un jour ou l'autre, tenté de trouver sur Internet un diagnostic fondé sur un symptôme; 41 % de ces « diagnostiqueurs en ligne » ont dit qu'un médecin avait confirmé leur diagnostic, alors que 18 % ont avoué que le clinicien qu'ils ont consulté était en désaccord ou a donné une opinion différente par rapport au problème de santé présenté1.

Lorsque des patients consultent un clinicien au sujet d'un problème de santé, ils peuvent choisir d'obtenir une seconde opinion pour des raisons variées : anxiété et peur, scepticisme par rapport à la médecine traditionnelle, manque de compréhension ou de confiance, recherche d'une « meilleure opinion » ou résultat d'une recherche en ligne. Peu importe la motivation, dans la plupart des cas, les patients voulaient seulement confirmer le diagnostic et valider les choix de traitement proposés.

Si vous êtes le médecin traitant

Pour poser un diagnostic et choisir un plan de traitement, le médecin fait appel au raisonnement et au jugement cliniques; il devrait ensuite expliquer sa démarche en communiquant au patient l'information au sujet des choix de traitement, y compris les risques importants ainsi que les autres possibilités pour que le patient puisse faire un choix éclairé. Les médecins doivent « accéder à la demande raisonnable d'un patient qui veut obtenir un deuxième avis de la part de son médecin de son choix2 », mentionne clairement le Code de déontologie de l'AMC. Le Code de déontologie des médecins du Québec abonde dans le même sens : « Le médecin doit reconnaître le droit du patient de consulter un confrère, un autre professionnel ou une autre personne compétente. Il ne doit en aucune façon porter atteinte au libre choix exercé par le patient3 ».

Après avoir vu un autre médecin ou professionnel de la santé, le patient peut avoir obtenu la confirmation voulue quant au plan de traitement recommandé. Par contre, si la deuxième consultation a mené à un autre diagnostic ou choix de traitement, le patient peut demander un différent plan de traitement. À titre de médecin traitant, vous n'avez aucune obligation de prodiguer un traitement si vous croyez qu'il n'y a aucune indication médicale, si ce traitement n'est pas appuyé par des données probantes ou s'il se situe en dehors de votre zone de compétence ou d'expérience. Tout traitement ou toute thérapie que vous prodiguez doit être conforme aux normes de pratique acceptées et reconnues et devrait respecter les lignes directrices en vigueur de l'organisme de réglementation de la médecine (Collège).

Lorsque, à titre de médecin traitant, vous recherchez une seconde opinion auprès d'un spécialiste, vous devez envisager sérieusement la recommandation du consultant et l'intégrer au plan de traitement si vous la jugez appropriée. Si l'état clinique évolue ou que la recommandation ne semble pas appropriée, une discussion de suivi avec le consultant pourrait s'imposer. Si la seconde opinion est demandée par le patient lui-même ou au moyen d'une demande de consultation, il importe de se rappeler que la responsabilité des soins du patient incombe au médecin traitant. Vous devez procéder vous-même à l'évaluation et élaborer votre propre plan de traitement; vous devez aussi expliquer la recommandation reçue et le plan de traitement final au patient.

Quand vous donnez une seconde opinion

Dans diverses circonstances, on demande parfois aux médecins de donner leur opinion; p. ex., un patient peut demander au médecin de commenter le plan de soins proposé par un autre médecin. Avant de faire part de votre point de vue et de donner une seconde opinion, vous devez vous assurer que vous détenez tous les renseignements cliniques et tous les antécédents nécessaires (p. ex., anamnèse, résultats de l'examen physique et des examens de laboratoire). Gardez en tête qu'il y a souvent plus d'une façon de gérer un problème médical. Un commentaire désobligeant sur les soins prodigués par d'autres professionnels constitue souvent le fondement d'une insatisfaction et peut mener un patient à déposer une plainte ou une action en justice. Envisagez plutôt de communiquer avec le médecin traitant pour connaître son point de vue, surtout si vous ignorez les faits et les circonstances.

Une personne peut aussi demander une seconde opinion ou rechercher officieusement une expertise médicale dans un contexte autre que votre pratique médicale (p. ex., lors d'une activité sociale). Dans pareille situation, vous pourriez expliquer à la personne, qu'étant donné les circonstances, vous ne pouvez pas lui fournir un avis médical pour des raisons autant déontologiques que légales. Vous pouvez lui demander si elle reçoit déjà des soins d'un médecin et suggérer le cas échéant qu'elle communique avec lui puisqu'il a accès au dossier médical. Vous pouvez aussi lui suggérer de prendre un rendez-vous pour vous voir à votre bureau. Si vous choisissez de donner votre avis, vous avez l'obligation de fournir un conseil conforme aux normes de pratique appropriées, quel que soit le lieu où celui-ci est donné. Si les symptômes d'une personne laissent présager une situation d'urgence, le transfert à un service d'urgence ou à une clinique peut être approprié.

En bref

Les patients ont le droit de rejeter les recommandations de leur médecin et peuvent choisir de consulter un autre professionnel de la santé. Le fait qu'un patient cherche à obtenir une seconde opinion ne devrait pas être interprété comme une détérioration de la relation entre un patient et son médecin. Habituellement, l'opinion d'un autre médecin viendra renforcer celle du premier médecin et satisfaire le patient. Le patient pourrait très bien revenir plus confiant en sa capacité de prendre une décision éclairée au sujet de ses soins.

Évidemment, les conséquences pour la santé pourraient être graves si les patients ne suivent pas les recommandations du médecin en ce qui a trait à leur état de santé. Les médecins doivent donc s'efforcer d'aider leurs patients à comprendre les risques, les avantages et les autres options raisonnables au traitement recommandé et respecter la décision éclairée de leurs patients. Cependant, s'il y a perte de confiance dans la relation entre le patient et le médecin et que cela affecte les soins prodigués, il pourrait être approprié de mettre fin à cette relation conformément aux lignes directrices du Collège de la province ou du territoire.




Références

  1. Fox, Susannah, Duggan, Maeve, Pew Research Center, Health Online 2013. Consulté le 14 avril 2014 à l'adresse suivante : http://www.pewinternet.org/2013/01/15/health-online-2013/
  2. Association médicale canadienne, Code de déontologie de l'AMC, 2004, (dernière révision en mars 2014). Consulté le 27 mai 2014 à l'adresse suivante : http://www.cma.ca/code-deontologie
  3. Collège des médecins du Québec, Code de déontologie des médecins, 2010. Consulté le 4 juillet 2014 à l'adresse suivante : http://www.cmq.org/fr/Medias/Profil/Commun/AProposOrdre/Reglements.aspx

 


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