Bien-être des médecins

Gestion du stress et maintien de la santé

Santé des médecins : Pensez à vous en premier

Publié initialement en septembre 2015
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Les médecins ont les connaissances et les compétences nécessaires pour être en bonne santé. Or, pendant qu’ils s’occupent de leurs patients, leur propre bien-être physique et mental peut en souffrir. Les milieux médicaux reconnaissent que les médecins sont à leur mieux lorsqu’ils sont en bonne santé, et ils encouragent les médecins à s’occuper d’eux-mêmes et à demander de l’aide au besoin.1

Qu’est-ce qui met en danger la santé des médecins?

La nature même de l’exercice de la médecine peut contribuer au stress des médecins. Une journée de travail normale peut être épuisante sur le plan affectif, car les médecins font face à la souffrance, à la peur, à la douleur, à des tragédies et à des décès. Ils peuvent aussi vivre un stress psychologique causé par l’obligation de faire face aux exigences croissantes imposées par le soin des patients, le manque de ressources, des problèmes de rémunération, la paperasse qui s’accumule et la frustration ressentie lorsqu’ils doivent essayer de répondre aux besoins contradictoires des patients et des organisations du secteur de la santé.2

En raison de leurs traits de personnalité intrinsèques, il est souvent facile pour les médecins de ne pas tenir compte de leurs propres besoins en matière de santé. Les médecins sont habituellement très performants, indépendants et autosuffisants.3 Ils peuvent être perfectionnistes et avoir tendance à trop travailler. À cause de ces caractéristiques, ils laissent le travail devenir leur priorité et négligent leurs propres soins et leur vie personnelle.

La culture de la médecine peut dissuader les médecins de s’occuper de leur santé. Dès le début de leur carrière en médecine, les étudiants et les résidents sont exposés aux longues heures et aux lourdes charges de travail, ce qui est souvent considéré comme le seul moyen de réussir.4,5 Les médecins déclarent ressentir la pression exercée par des collègues et des patients qui les pousse à prouver leur compétence en médecine en donnant l’impression d’être toujours bien et capables de s’adapter. Beaucoup hésitent à prendre des congés de maladie ou suffisamment de vacances. Certains craignent que le fait de demander de l’aide puisse être considéré comme un signe de faiblesse et hésitent donc à discuter de leurs problèmes de santé avec des tiers.6

Ces facteurs – soit la nature de l’exercice de la médecine, les traits de personnalité des médecins et la culture de la profession – peuvent rendre les médecins vulnérables au stress, à la fatigue, à la dépression, à l’anxiété, aux toxicomanies, à l’épuisement professionnel et aux dégradations. En outre, les médecins font face aux mêmes facteurs de stress et aux mêmes difficultés que tout le monde. Il se peut, par exemple, qu’ils aient des problèmes familiaux, financiers et relationnels, des défis professionnels à relever, et qu’ils doivent faire face à l’isolement social. Tous ces facteurs peuvent miner leur capacité de s’adapter.

Pourquoi est-il essentiel d’avoir des médecins en bonne santé?

La littérature scientifique révèle que les médecins pourraient ne pas pratiquer efficacement ou en toute sécurité s’ils ne sont pas bien physiquement ou psychologiquement.7

En outre, le Code de déontologie de l’AMC impose aux médecins une responsabilité fondamentale de maintenir et de promouvoir leur propre état de santé.8

Certains organismes de réglementation (Collèges) reconnaissent l’importance pour les médecins d’être conscients de leur état de santé. L’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario, par exemple, rappelle à ses membres que « comme ils ne peuvent servir leurs propres patients s’ils ne sont pas en bonne santé, il se peut que les médecins doivent, dans certaines circonstances, faire passer leurs propres besoins sur le plan du bien-être avant ceux de patients en particulier ou du public en général. Le bien-être des médecins importe aussi en soi, sans égard aux responsabilités envers autrui ».9

Les recherches révèlent aussi que la santé des médecins peut avoir une incidence à la fois sur le soin des patients et sur le système de santé. Une étude réalisée au Canada en 2013 a révélé que les médecins pratiquant la prévention en ce qui a trait à leur propre santé sont susceptibles d’inciter leurs patients à faire de même.10

Pleins feux sur la prévention

L’approche favorisant la promotion de la santé physique et mentale des médecins passe de la santé mentale et la toxicomanie à une plus grande importance accordée à l’amélioration des autosoins et la prévention de la maladie.

Le virage s’est amorcé dans les facultés de médecine et en formation clinique. Les jeunes générations ont indiqué que l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle constitue le facteur le plus important dans l’établissement d’une carrière enrichissante en médecine.11 Des représentants des universités et des programmes de formation des résidents ont réagi en créant des ressources de promotion du bien-être et en restructurant les programmes d’études en médecine afin d’aider les étudiants et les résidents à mettre en œuvre l’autogestion de la santé dans leur vie quotidienne.12

Les associations et les organisations médicales préconisent aussi de bonnes habitudes en matière de santé. Plusieurs programmes provinciaux de promotion de la santé des médecins et autres groupes offrent des ressources pour aider les médecins à intégrer les autosoins dans leur vie. Par exemple, le Guide CanMEDS sur la santé des médecins du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada présente aux médecins des conseils particuliers sur le maintien des relations, l’art d’être parent, l’utilisation de l’intelligence émotionnelle, la gestion du stress par la conscience de soi, la façon de faire face à un événement indésirable et l’établissement de plans financiers.13 Le Guide des bonnes pratiques de l’ACPM présente aussi des conseils sur les bonnes habitudes d’autosoins qui aident les médecins à exercer en toute sécurité et à éviter les problèmes médico-légaux.

Programmes de promotion de la santé des médecins

Les coordonnées de chaque programme provincial de promotion de la santé des médecins sont publiées sur le site web de l’Association médicale canadienne à www.amc.ca. Il faut se rendre à la section Gestion médicale et mieux-être et ensuite à Santé et bien-être des médecins.

Le courage de demander de l’aide

Même les médecins qui se débrouillent bien normalement peuvent avoir besoin d’aide à l’occasion. Certains, par exemple, peuvent avoir de la difficulté à continuer s’ils deviennent débordés dans leur travail de tous les jours ou s’ils doivent faire face à des événements tels un incident lié à la sécurité des patients ou un décès dans la famille.

Les médecins doivent tenter d’améliorer leur conscience de soi et reconnaître quand leur santé requiert des soins. Ils doivent analyser leurs options comme prendre congé, modifier leur façon de travailler ou chercher à l’extérieur de l’aide et des conseils, y compris des traitements.

Les médecins doivent se permettre de demander de l’aide : p. ex., discuter avec un collègue à qui ils font confiance, un administrateur d’un établissement, un partenaire de vie ou de travail, un ami ou un conseiller spirituel; communiquer avec le programme local ou provincial de promotion de la santé des médecins; obtenir les traitements professionnels d’un médecin de famille, d’un psychologue, d’un psychiatre ou d’un autre professionnel de la santé.

Certains médecins doivent surmonter des obstacles avant de demander de l’aide. Nombreux sont ceux qui peuvent avoir de la difficulté à accepter le rôle de patient et à s’éloigner de leur travail. D’autres peuvent penser qu’ils surmonteront leurs difficultés avec le temps et tarder par conséquent à demander de l’aide. Beaucoup doivent surmonter la peur que leurs problèmes deviennent publics, portent atteinte à leur réputation et leur fassent perdre leur permis d’exercer.

Les étudiants en médecine et les résidents doivent aussi demander de l’aide lorsqu’ils sont stressés. Ils peuvent communiquer avec le conseiller de leur faculté de médecine, les personnes-ressources du bureau du doyen ou du programme de promotion du bien-être de leur établissement. De nombreux programmes de promotion de la santé des médecins offrent aussi des services aux étudiants et aux résidents.

L’ACPM peut aider, elle aussi

L’ACPM a plus de 100 ans d’expérience lorsqu’il s’agit d’aider les médecins qui ont des problèmes médico-légaux. Nous savons que ces questions peuvent causer un stress excessif, nuire à la santé et avoir un effet sur la capacité d’exercer des médecins. Des membres nous ont dit que le simple fait d’appeler à l’Association et de parler à l’un de nos médecins-conseils a réduit leur stress et amélioré leur bien-être. En obtenant de l’information et de l’aide de nos experts qui ont reçu une formation spécialisée, les membres peuvent voir leur situation du bon angle.

Suggestions de lecture

 
 

Références

  1. Wallace, J.E., Lemaire, J.B., Ghali, W.A., « Physician wellness: a missing quality indicator », The Lancet, 14 novembre 2009, vol. 374. Consulté le 4 mai 2015 : https://soci.ucalgary.ca/sites/soci.ucalgary.ca/files/Wallace_in_Lancet.pdf
  2. Ibid.
  3. Wiskar, K., « Physician health: A review of lifestyle behaviors and preventive health care among physicians », British Columbia Medical Journal, 2012, vol. 54, no 8, p. 419-423. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.bcmj.org/mds-be/physician-health-review-lifestyle-behaviors-and-preventive-health-care-among-physicians
  4. Gautam, M., « Medical misconception #11: Doctors are healthy », The Medical Post, 21 avril 2015. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.canadianhealthcarenetwork.ca/physicians/life-travel/medical-misconception-11-doctors-are-healthy-39203
  5. Wiskar, K., « Physician health: A review of lifestyle behaviors and preventive health care among physicians », British Columbia Medical Journal, 2012, vol. 54, no 8, p. 419-423. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.bcmj.org/mds-be/physician-health-review-lifestyle-behaviors-and-preventive-health-care-among-physicians
  6. Wallace, J.E., Lemaire, J.B., Ghali, W.A., « Physician wellness: a missing quality indicator », The Lancet, 14 novembre 2009, vol. 374. Consulté le 4 mai 2015 : https://soci.ucalgary.ca/sites/soci.ucalgary.ca/files/Wallace_in_Lancet.pdf
  7. Ibid.
  8. Association médicale canadienne, Code de déontologie de l’AMC, 2004, articles 5, 10, 53, 54. Consulté le 4 mai 2015 : https://www.cma.ca/fr/Pages/code-of-ethics.aspx
  9. Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario, Duties: To themselves and colleagues, Wellness. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.cpso.on.ca/Policies-Publications/The-Practice-Guide-Medical-Professionalism-and-Col/Principles-of-Practice-and-Duties-of-Physicians/Duties-to-Themselves-and-Others/Duties-To-Themselves-and-Colleagues-Wellness
  10. Frank, E., Dresner, Y., Shani, M., Vinker, S., « The association between physicians’ and patients’ preventive health practices », Journal de l’Association médicale canadienne, 14 mai 2013, vol. 185, no 8. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.cmaj.ca/content/185/8/649.long
  11. Sondage national des médecins 2012, Résultats pour les étudiants en médecine, résultats pour les médecins résidents, question 15, p. 44. Consulté le 4 mai 2015 : http://nationalphysiciansurvey.ca/fr/surveys-fr/2012-sondage/resultats-du-sondage/
  12. Pour voir un exemple, consulter la rubrique Bien-être des étudiants, Université d’Ottawa, Faculté de médecine, Bureau des services aux étudiants : http://www.med.uottawa.ca/Students/StudentAffairs/fra/bien_etre_bee.html
  13. Puddester, D., Flynn, L., Cohen, J. 2009. Guide CanMEDS pour la santé des médecins : Un manuel pratique pour la santé et le mieux-être des médecins. Ottawa : Le Collège Royal des médecins et chirurgiens du Canada. Consulté le 4 mai 2015 : http://www.royalcollege.ca/portal/page/portal/rc/canmeds/resources/publications/

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