Sécurité des soins

Amélioration de la sécurité des patients et réduction des risques

Prévenir le mésusage des opioïdes

Publié initialement en juin 2015
P1503-2-F

Les patients estiment, à juste titre, que les médicaments qui leur sont prescrits sont sécuritaires et appropriés; la plupart d’entre eux suivent les consignes de leur médecin pour prendre ces médicaments en toute sécurité. Toutefois, il arrive que des patients fassent un usage abusif de leurs médicaments, en deviennent dépendants ou participent au détournement de médicaments d’ordonnance ou à d’autres activités illégales. Pour prévenir l’abus des opioïdes prescrits, les médecins peuvent entreprendre des démarches; ils réduiront ainsi leurs risques médico-légaux et amélioreront la sécurité de leurs patients.

Prescrire des opioïdes

Divers types de médicaments peuvent être utilisés de manière abusive ou entraîner une dépendance. S’ils sont très importants pour le soulagement de la douleur, les opioïdes font souvent l’objet d’une attention particulière en raison des risques et du potentiel d’abus qu’ils comportent. Une approche judicieuse à la gestion de ces risques comporte généralement les éléments suivants : évaluation rigoureuse du patient, plan de traitement clair, consentement éclairé, suivi régulier, consultation auprès d’autres médecins ou professionnels de la santé au besoin, documentation exhaustive et respect des lois et règlements en vigueur.1

Le Canadian Guideline for Safe and Effective Use of Opioids2 offre des conseils aux médecins pour prescrire des opioïdes dans le but de traiter les douleurs chroniques non cancéreuses. Cette directive recommande des précautions à prendre pour réduire la fraude en matière d’ordonnance, ainsi que des approches pour amorcer et surveiller le traitement aux opioïdes, gérer les mésusages et dépendances, et travailler de manière collaborative avec les pharmaciens.

Certains organismes de réglementation de la médecine (Collèges) disposent de directives sur l’utilisation des opioïdes pour le traitement des douleurs d’origine non cancéreuse et les médecins devraient en prendre connaissance; entre autres, le Collège des médecins et chirurgiens de Terre-Neuve-et-Labrador fournit des ressources pour les médecins, dont un modèle de lettre d’entente avec le patient et de feuille de surveillance des patients recevant des narcotiques.3

Les médecins devraient connaître et suivre les normes et directives des Collèges en matière d’ordonnances.

Parler des analgésiques avec les patients

Au moment de prescrire des opioïdes ou de rétablir le traitement après une longue période, les médecins devraient parler aux patients des indications du traitement, des risques, des interactions et des avantages liés au médicament, des signes et symptômes indiquant une réaction indésirable possible et tout suivi continu pouvant s’avérer nécessaire. Les médecins peuvent également envisager de conclure une entente de traitement par opioïdes avec certains patients.

Il importe de comprendre les motivations sous-jacentes d’un patient qui recherche un analgésique. Un médecin peut assumer qu’un patient a des prédispositions à la dépendance, alors qu’en fait, le patient peut avoir mal compris le processus normal de rétablissement, ne pas connaître d’autres modalités de traitement ou encore ne pas adhérer au plan de traitement (p. ex., la physiothérapie).4 Il peut être difficile de parler au patient de son usage de médicaments, y compris celui d’opioïdes.

Les stratégies suivantes peuvent faciliter la discussion avec le patient des médicaments qui lui sont prescrits, y compris les opioïdes :5

  • Faire preuve d’empathie et reconnaître la souffrance du patient.
  • Conserver une attitude respectueuse à l’égard du patient et éviter d’être paternaliste.
  • Être ferme et sûr de soi lors de la présentation des informations, et encourager les réponses honnêtes au moyen de questions ouvertes et simples.
  • Communiquer clairement toute politique relative aux opioïdes et au renouvellement d’ordonnances.
  • Prévenir le patient de votre intention de communiquer avec les autres médecins ou professionnels de la santé concernés pour les informer des soins prodigués, et obtenir son autorisation à cet effet.
  • Protéger la confidentialité des renseignements personnels des patients pour que ces derniers se sentent à l’aise d’exprimer leurs préoccupations.
  • Documenter toute discussion et décision thérapeutique et vérifier que le patient comprend et accepte toute lettre d’entente ou tout contrat.

Identifier les comportements de pharmacodépendance

L’évaluation et le traitement de la douleur chez les patients représentent des défis de taille, non seulement pour les spécialistes de la gestion de la douleur, mais également pour l’ensemble des médecins. Il n’est pas toujours facile de déterminer si l’état d’un patient requiert un traitement par opioïdes.

Les médecins doivent être vigilants lorsqu’un patient dit avoir perdu son ordonnance ou son médicament ou demande un opioïde ou une dose en particulier; cette précaution pourrait contribuer à identifier un comportement de pharmacodépendance.

Au moment d’examiner un patient qui cherche à obtenir un opioïde, les médecins devraient prendre en compte l’inventaire de la douleur et l’état clinique général du patient. Il importe d’avoir une bonne compréhension des problèmes antérieurs et actuels du patient, et de rechercher une cohérence dans les résultats des évaluations physiques et psychologiques. Il peut également être approprié de procéder à des examens, y compris une évaluation du risque de pharmacodépendance.

Un patient qui consulte à plusieurs reprises parce que son état ne s’améliore pas, que ses symptômes s’aggravent ou qu’il ne réagit pas adéquatement au traitement, peut présenter une affection grave insoupçonnée. Les médecins doivent faire preuve d’ouverture d’esprit et envisager tous les diagnostics possibles, y compris ceux confirmant une pathologie qui pourrait mettre la vie du patient en danger. Ils doivent également être attentifs à leurs propres réactions émotionnelles, ainsi qu’à celles des membres de leur équipe, qui peuvent fausser l’évaluation objective de certains patients.

Prévenir le détournement de médicaments

L’expression « détournement de médicaments » signifie l’utilisation de médicaments d’ordonnance à des fins non médicales, ou encore le transfert d’un médicament d’une personne à qui il est prescrit à une autre à qui il ne l’est pas, en vue d’une distribution ou d’un usage illégal.6 Les patients peuvent détourner les médicaments, que ce soit des opioïdes ou non, pour leur propre utilisation ou encore pour les vendre ou les donner à un tiers. Ils peuvent faire du « magasinage d’ordonnances » ou consulter plus d’un médecin. Les médecins doivent s’assurer de garder leur réserve de blocs ou de formulaires d’ordonnances en lieu sûr, qu’il s’agisse de versions électroniques ou papier.

Les patients qui abusent des opioïdes ou qui détournent des médicaments d’ordonnance peuvent se rendre dans des cliniques dans le seul but d’en obtenir. Certains peuvent prétendre être traités à l’aide d’opioïdes depuis longtemps et ne plus avoir de médicament ou ne pas être en mesure de voir leur médecin traitant; ils demanderont alors une ordonnance temporaire.7 Les médecins doivent se rappeler qu’ils ont la responsabilité professionnelle de toutes les ordonnances qu’ils rédigent. Les médecins qui exercent dans une clinique ou un établissement devraient prendre connaissance de toute politique relative aux ordonnances d’opioïdes, car ceci permet une réponse cohérente de la part de l’ensemble des médecins de l’établissement. L’adoption d’un système d’ordonnances électroniques comportant des fonctions de contrôle et d’audit additionnelles peut également freiner efficacement la fraude en matière d’ordonnance.

Le détournement de médicaments, en particulier celui des opioïdes, peut également se produire au domicile des patients. Certains se livrent à l’autotraitement ou prennent les médicaments d’un proche pour les utiliser ou encore les échanger ou les vendre.8 Les médecins pourraient, le cas échéant, discuter avec le patient de l’importance de conserver les médicaments dans un endroit sécuritaire, ainsi que du risque de détournement à son domicile.

Gestion des risques

L’équilibre est souvent délicat entre le fait de soulager un patient de sa douleur, de son anxiété ou de son inconfort, et la possibilité de contribuer à l’apparition d’une dépendance ou de l’aggraver. Les médecins peuvent entreprendre les démarches suivantes pour atteindre cet équilibre et gérer leurs risques : 9

  • Maintenir leurs connaissances à jour à l’égard des médicaments, y compris des opioïdes, ainsi que sur les indications et contre-indications thérapeutiques.
  • Rédiger avec prudence les ordonnances d’opioïdes, en précisant les quantités exactes prescrites jusqu’au prochain rendez-vous. Envisager d’instituer un plan de traitement du type « un médecin-une pharmacie » avec le patient.
  • Documenter toutes les discussions et décisions liées aux médicaments dans le dossier médical.
  • Consulter des pairs, des superviseurs ou des experts au besoin.
  • Obtenir le consentement éclairé des patients. Fournir au patient des renseignements sur les avantages et les risques liés à la prise d’opioïdes ou d’autres médicaments (y compris les risques liés à l’utilisation de machineries et la conduite d’un véhicule) ainsi que sur d’autres choix de traitement.
 
 

Références

  1. Toombs, James D. « Commonsense opioid risk management in chronic non-cancer pain: A clinician’s perspective », Practical Pain Management (2008). vol.8, no 3. Consulté le 28 mai 2015. http://www.practicalpainmanagement.com/treatments/pharmacological/ opioids/commonsense-opioid-risk-management-chronic-non-cancer-pain
  2. National Opioid Use Guideline Group « Canadian Guideline for Safe and Effective Use of Opioids for Chronic Non-Cancer Pain ». (avril 2010) Consulté le 13 mars 2015. http://nationalpaincentre.mcmaster.ca/opioid/ Cette directive est également offerte sous la forme d’une application
  3. College of Physicians and Surgeons of Newfoundland and Labrador, « Guideline – Safe and Effective use of opioids for chronic non-cancer pain » 2010. Consulté le 13 mars 2015. http://www.cpsnl.ca/default.asp?com=Policies&m=329&y=&id=68
  4. Marks, Michael R., Phillips, Donna, Wong, Andrew. « Tips for dealing with the drug-seeking patient », American Academy of Orthopaedic Surgeons Now. (mars 2014)
  5. Ibid
  6. Forschini-Field, Darlene, Inciardi, James A. « Prescription drug abuse and diversion: An expert interview with James A. Inciaridi, PhD », Medscape Neurology (10 septembre 2008)
  7. Ibid
  8. Shehnaz, S. I., Agarwal, A. K., Khan, N.« A systematic review of self-medication practices among adolescents » Journal of Adolescent Health, vol. 55, no 4, p. 467-483
  9. Longo, Lance P., Parran, Ted, Johnson, Brian, Kinsey, William. « Addiction: Part II. Identification and management of the drug-seeking patient », American Family Physician, vol. 61, no 8, p. 2401-2408

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