Médecins au triage : mieux comprendre votre rôle et gérer vos risques médico-légaux

Mieux comprendre son devoir de diligence et communiquer clairement peuvent aider à réduire les risques et à favoriser la prestation de soins sécuritaires, en temps opportun, aux urgences.

Salle d'attente des urgences avec chaises et patients

5 minutes

Publié : avril 2026

Au Canada, les hôpitaux continuent de développer des innovations qui visent à favoriser la prestation des meilleurs soins possible dans un système où les ressources sont limitées et les urgences mises à rude épreuve.

En vue d’améliorer la migration des patient·es et possiblement diminuer les temps d’attente aux urgences, certains hôpitaux ont adopté un modèle de « médecins au triage ». 1 En collaboration avec le personnel infirmier, ces médecins ont pour tâche d’effectuer un deuxième triage des patient·es.

La participation au triage peut exposer les médecins à un risque médico-légal semblable à celui associé à la prestation d’autres types de soins. Il est toutefois possible de le diminuer lorsque les patient·es comprennent bien le rôle limité et le devoir de diligence des médecins au triage. Il revient ensuite aux tribunaux d’établir la responsabilité des médecins dans chaque cas particulier, selon ce qu’un·e médecin raisonnable aurait fait dans des circonstances semblables. Par exemple, les tribunaux pourraient s’attendre à ce que les médecins informent leurs patient·es des mesures à prendre en cas d’aggravation de leur état de santé pendant qu’elles ou ils attendent de subir une évaluation complète.

Rôle des médecins au triage

En général, les médecins au triage ne font qu’un bref examen ciblé des patient·es à l’urgence. De façon plus précise, elles ou ils :

  • ciblent les patient·es pour qui il faut accélérer la prestation des soins;
  • demandent les premiers tests diagnostiques (p. ex. analyses de laboratoire, examens d’imagerie, ECG);
  • demandent une consultation auprès d’un·e spécialiste, s’il y a lieu;
  • réévaluent les patient·es dont l’état pourrait avoir évolué dans la salle d’attente.

Risques médico-légaux des médecins au triage

Voici quelques exemples de situations qui exposent les médecins au triage à un risque médico-légal :

  • patient·e qui quitte l’urgence avant l’évaluation clinique;
  • patient·e qui quitte l’urgence après l’évaluation, mais avant la réception des résultats ou du traitement (c.-à-d. en dépit d’un avis médical contraire);
  • patient·e dont l’état pourrait avoir changé ou s’être aggravé à son retour dans la salle d’attente, après l’évaluation au triage;
  • patient·e chez qui une affection grave n’a pas été décelée au moment de l’évaluation au triage ou dont le traitement pourrait avoir été retardé en raison de l’engorgement de l’urgence.

Les médecins au triage sont généralement exposé·es aux mêmes risques médico-légaux sous-jacents que les autres médecins. En cas de préjudice donnant lieu à une plainte auprès d’un organisme de réglementation de la médecine (Collège) ou à une action en justice, quiconque a participé aux soins peut être cité dans le dossier, y compris la ou le médecin au triage, le personnel infirmier et l’hôpital.

Pour établir la responsabilité légale des médecins, on cherchera entre autres à déterminer si chacun·e a ou non un devoir de diligence envers la patiente ou le patient. En général, une relation thérapeutique impose un devoir de diligence. Au Québec, des obligations semblables découlent du régime général de responsabilité civile.

Il est probable que l’on considère qu’une relation thérapeutique a été établie et qu’il existe un devoir de diligence lorsqu’un·e médecin a participé au triage d’un·e patient·e, procédé à son évaluation initiale, pris une décision clinique concernant l’acuité de son état, demandé des examens ou amorcé un traitement. Le devoir de diligence peut s’imposer même en l’absence de contact direct avec les patient·es, quand des décisions qui ont une incidence sur les soins sont prises.

On s’attend à ce que les médecins respectent la norme de pratique reconnue, ce qui est généralement déterminé par le Collège ou le tribunal qui examine les dossiers de négligence ou de faute professionnelle. Les décisions et les actions des médecins sont évaluées en fonction des circonstances dans lesquelles les soins ont été prodigués, y compris les installations, le matériel et le personnel à leur disposition. On s’attend donc à ce que les médecins déploient tous les efforts possibles pour leurs patient·es et agissent raisonnablement dans ces circonstances.

Responsabilité des soins

Les médecins au triage pourraient entretenir des préoccupations à l’égard du fait de pouvoir être considéré·es comme les médecins les plus responsables, puisqu’elles ou ils effectuent une évaluation clinique. 2

En général, ce ne sera pas le cas, sauf si leurs décisions ou actions outrepassent celles d’une brève évaluation initiale. Même quand on ne les considère pas comme les médecins les plus responsables, les médecins au triage ont quand même un devoir de diligence et sont responsables des soins prodigués et des décisions prises durant leurs interactions avec les patient·es.

Transfert des soins

Si un transfert des soins est nécessaire, par exemple d’un·e urgentologue vers un·e obstétricien·ne ou un·e autre spécialiste, il est important de bien identifier la personne ayant le rôle de médecin le plus responsable afin d’assurer la continuité des soins. Pour obtenir plus de renseignements sur la définition des rôles et sur les processus de transfert des soins, consultez les articles Qui est le médecin le plus responsable? Vérifiez vos connaissances et Transitions en matière de soins de l’ACPM

Réduction du risque médico-légal

Si votre hôpital adopte un système de médecins au triage ou qu’il l’élargit, vous pouvez prendre certaines mesures pour réduire les risques médico-légaux :

  1. Communiquez clairement avec les patient·es
    • Expliquez la nature limitée de votre rôle (triage des patient·es seulement).
    • Informez les patient·es du temps d’attente prévu avant de rencontrer un·e médecin et des symptômes qui exigent de demander immédiatement des soins durant ce temps.
    • Consignez la discussion et utilisez les modèles de notes de triage approuvés par l’hôpital, s’il y a lieu.
  2. Communiquez avec l’équipe de l’urgence et les autres médecins traitant·es
    • Favorisez la continuité des soins en communiquant et en collaborant activement avec les autres médecins traitant·es.
  3. Encouragez la mise en place de protocoles clairs
    Travaillez avec la direction de l’hôpital pour veiller à ce que les politiques en place présentent :
    • une définition des rôles et responsabilités des médecins au triage, du personnel infirmier et des médecins recevant les patient·es;
    • des attentes claires en ce qui concerne le transfert des soins;
    • des systèmes fiables pour le suivi des investigations demandées au triage.
  4. Consultez vos collègues de l’urgence
    • Si vous avez des préoccupations au sujet du système de triage de l’urgence de votre hôpital, parlez-en rapidement et souvent aux personnes concernées. Cela peut permettre de cibler certaines lacunes en matière de sécurité.
    • Apprenez et partagez les meilleures pratiques en consultant vos collègues d’autres établissements qui pourraient avoir une expérience des modèles de médecins au triage.
    • Renseignez-vous sur les modèles de médecins au triage auprès de l’Association canadienne des médecins d’urgence.

Suggestions de lecture


  1. Dans les hôpitaux, différentes expressions peuvent désigner les modèles de médecins au triage (p. ex. première évaluation par un·e médecin et évaluation par un·e médecin pour décongestionner les services d’urgence).
  2. L’expression médecin la ou le plus responsable désigne la personne qui est investie de la responsabilité globale de gérer et de coordonner les soins d’un·e patient·e à un moment précis. Il s’agit normalement de la ou du médecin traitant·e ou d’admission. Les médecins devraient consulter les politiques de leur hôpital pour obtenir des renseignements précis sur le rôle de médecin la ou le plus responsable dans leur établissement.