À la fin de 2025, l’ACPM comptait 4 273 anesthésiologistes (code de travail 90) parmi ses membres.
Le graphique ci-dessous présente une comparaison des tendances observées sur 10 ans dans les dossiers médico-légaux ciblant des anesthésiologistes et l’ensemble des membres de l’ACPM.
Quels sont les risques relatifs de problème médico-légal chez les anesthésiologistes?
- Anesthésiologistes, plaintes aux Collèges (n = 749)
- Anesthésiologistes, actions civiles (n = 355)
- Ensemble des membres de l’ACPM, plaintes aux Collèges (n = 50 903)
- Ensemble des membres de l’ACPM, actions civiles (n = 13 358)
Entre 2016 et 2025, les taux de plaintes aux Collèges (p < 0,0001) et d’actions civiles (p < 0,0001) étaient significativement inférieurs chez les anesthésiologistes que chez l’ensemble des membres de l’ACPM. 1
Par rapport aux autres anesthésiologistes, quel est le risque de vous faire citer dans des dossiers médico-légaux?
Pourcentage d’anesthésiologistes, fréquence des dossiers sur 5 ans
| Aucun dossier |
83,0 |
| 1 dossier |
13,7 |
| 2 dossiers ou plus |
3,3 |
Pourcentage d’anesthésiologistes, fréquence des dossiers sur 1 an
| Aucun dossier |
95,4 |
| 1 dossier |
4,6 |
| 2 dossiers ou plus |
0,0 |
Sur une période de 5 ans (2021 à 2025), 2 17 % de l’ensemble des anesthésiologistes ont été cité·es dans au moins un dossier médico-légal (y compris les actions civiles, les plaintes aux Collèges et les plaintes intrahospitalières).
Sur une période de 1 an, plus de 95 % des anesthésiologistes n’ont été cité·es dans aucun dossier, alors que 4,6 % ont été cité·es dans, en moyenne, 1 dossier.
Les sections suivantes présentent les résultats tirés de 600 dossiers d’actions civiles, de plaintes aux Collèges et de plaintes intrahospitalières conclus par l’ACPM entre 2016 et 2025, 3 et visant des anesthésiologistes.
Quelles sont les plaintes le plus souvent émises par les patient·es et les critiques le plus couramment formulées par l’expertise médicale? 4 (n=600)
| Évaluation déficiente |
34 |
10 |
| Préjudice associé à la prestation de soins de santé |
23 |
12 |
| Processus de consentement inadéquat |
21 |
9 |
| Comportement non professionnel |
18 |
6 |
| Problèmes de communication médecin-patient·e |
15 |
6 |
| Surveillance ou suivi inadéquats |
14 |
3 |
| Erreur de diagnostic |
13 |
7 |
| Omission de réaliser un test ou une intervention |
12 |
6 |
| Problèmes liés à l’administration de médicaments |
11 |
4 |
| Connaissances ou compétences insuffisantes |
10 |
6 |
Les plaintes découlent de préoccupations des patient·es ou de membres de leur famille à la suite de problèmes survenus pendant la prestation de soins médicaux. Ces plaintes ne sont pas toujours appuyées par l’opinion de l’expertise médicale. Il arrive que celle-ci n’ait pas de critiques à formuler quant aux soins prodigués, ou que ses critiques n’aient aucun lien avec les allégations des patient·es. Un dossier peut compter plus d’une plainte ou critique de l’expertise médicale.
Quelles sont les interventions le plus souvent mises en cause dans les dossiers médico-légaux citant des anesthésiologistes? (n=600)
- Anesthésie générale (255)
- Techniques neuraxiales (p. ex. anesthésie péridurale, anesthésie rachidienne) (122)
- Maintien des voies respiratoires (50)
- Sédation consciente (47)
- Blocage nerveux (28)
- Bloc facettaire et infiltration myofasciale (9)
La fréquence des interventions recensées dans les dossiers médico-légaux est, selon toute probabilité, représentative de ce qu’on observe dans la pratique des anesthésiologistes; toutefois, elle ne reflète pas nécessairement les interventions à risque élevé.
Les critiques le plus couramment formulées par des experts sont les suivantes :
- Tenue de dossiers inadéquate
- Évaluation déficiente
- Processus de consentement inadéquat
- Problèmes de communication médecin-patient·e
Par ailleurs, les préjudices liés à la prestation de soins figurent également au nombre des problèmes fréquents qui ont fait l’objet des plaintes des patient·es et des critiques de l’expertise médicale. Par exemple :
- Une patiente a subi un traumatisme dentaire durant son intubation; il s’agissait d’un risque qui n’avait pas été mentionné durant la discussion préalable au consentement ou n’avait pas été consigné dans le dossier médical.
- Durant une intervention chirurgicale, un anesthésiologiste n’a pas surveillé et dégagé adéquatement les voies respiratoires d’un patient; les sécrétions ont été inhalées et le patient est décédé des suites d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë.
- Après l’induction, un anesthésiologiste n’a pas été capable d’intuber une patiente, ce qui a provoqué des lésions cérébrales anoxiques.
Des erreurs de diagnostic sont également ciblées dans plusieurs dossiers. Par exemple :
- Une anesthésiologiste n’a pas envisagé la possibilité d’une infection chez un patient présentant de la fièvre et une céphalée d’apparition nouvelle après une anesthésie péridurale; une méningite a par la suite été diagnostiquée.
- Une patiente est devenue paraplégique en raison du diagnostic tardif d’un hématome épidural consécutif à une anesthésie péridurale.
Quels sont les principaux facteurs associés à un préjudice grave 5 dans les dossiers médico-légaux? (n=600)

Facteurs liés aux patient·es 6
Facteurs liés aux médecins 8
- Évaluation déficiente (p. ex. défaut d’évaluer adéquatement les antécédents cardiaques avant l’anesthésie)
- Omission de réaliser un test ou une intervention (p. ex. défaut d’utiliser l’échoguidage pendant la mise en place d’un cathéter veineux central)
- Processus de consentement inadéquat (p. ex. omission de mentionner les infections parmi les risques liés à une anesthésie péridurale)
- Dérogation aux procédures cliniques (p. ex. dérogation aux protocoles de sécurité des médicaments entraînant l’administration intrarachidienne d’un médicament inapproprié)
- Défaut de prodiguer des soins (p. ex. défaut d’un·e anesthésiologiste de garde de prodiguer des soins à un·e patient·e dont l’état se détériore pendant la période postopératoire)
Facteurs liés à l’équipe 8
- Problèmes de communication avec le personnel infirmier
- Problèmes de communication avec d’autres médecins
Aide-mémoire pour réduire les risques
D’après l’étude des dossiers de l’ACPM, les anesthésiologistes peuvent gérer les risques comme suit :
Période préopératoire
- Réaliser une anamnèse exhaustive, choisir l’anesthésie appropriée qui permet d’atteindre les objectifs thérapeutiques et discuter des autres options raisonnables.
- Consigner toutes les discussions et les décisions relatives aux soins anesthésiques, y compris le type d’anesthésie, la voie d’administration et les interventions.
- Tenir compte de tout facteur de risque pertinent lié aux patient·es, y compris les comorbidités et les antécédents médicaux, qui pourrait avoir une incidence sur la prise en charge.
- Durant les discussions entourant le consentement à une intervention chirurgicale ou à une autre intervention, fournir de l’information complète sur les risques importants, les bienfaits, les solutions de rechange, les résultats escomptés et les complications possibles attribuables aux affections préexistantes. Permettre aux patient·es (ainsi qu’aux membres de leur famille ou aux personnes proches aidantes, s’il y a lieu) de poser des questions. Consigner toutes les discussions dans le dossier médical.
- Personnaliser les communications de façon à satisfaire les différents besoins des patient·es et de leur famille tout en utilisant des techniques d’écoute active pour favoriser une communication claire et efficace.
Période peropératoire
- Demander de l’aide promptement en présence d’une intervention difficile ou de tentatives répétées qui échouent.
- Assurer un niveau de supervision approprié selon l’expérience des membres de l’équipe.
- Passer en revue et vérifier la concentration, la posologie, la vitesse d’administration et la voie d’administration des médicaments avant leur administration.
- Adopter des protocoles normalisés et s’y conformer pour assurer la conscience situationnelle de l’équipe interdisciplinaire et améliorer les pratiques de vérification (p. ex. patient·e, site et intervention).
Période postopératoire
- Informer rapidement les patient·es (et les membres de leur famille, s’il y a lieu) de toute complication liée à l’anesthésie qui est survenue pendant l’intervention chirurgicale. Discuter des conséquences, du déroulement prévu de la période postopératoire et du plan de traitement. Assurer une communication ouverte et un suivi adéquat. Consigner toutes les discussions dans le dossier médical.
- Communiquer assez d’information et solliciter l’avis de l’ensemble des professionnel·les de la santé pour favoriser la conscience situationnelle (c.-à-d. suivre la situation actuelle et anticiper les mesures que l’on pourrait devoir prendre) quant à l’état de santé des patient·es et son évolution. S’assurer que les membres responsables de l’équipe comprennent l’urgence de toute préoccupation exprimée au sujet de l’état ou de l’évolution d’un·e patient·e. Utiliser une terminologie normalisée pour décrire l’état de santé des patient·es dans les discussions et les dossiers médicaux.
- Concevoir et mettre en œuvre des formations et des exercices à l’intention des membres de l’équipe de soins pour favoriser une conscience situationnelle commune, une communication efficace et une réaction adéquate en cas d’urgence.
Limites
Les nombres qui figurent dans ce rapport sont tirés des données médico-légales de l’ACPM. Les dossiers médico-légaux de l’ACPM ne représentent qu’une faible proportion de l’ensemble des incidents liés à la sécurité des patient·es. De nombreux facteurs peuvent inciter une personne à intenter une poursuite ou à déposer une plainte, et ces facteurs varient grandement en fonction du contexte. Ainsi, bien que les dossiers médico-légaux de l’ACPM puissent constituer une précieuse ressource pour la détermination de thèmes importants, ils ne peuvent pas être considérés comme représentatifs de l’ensemble des incidents liés à la sécurité des patient·es.
Maintenant que vous connaissez les risques liés à votre travail…
Limitez les risques médico-légaux grâce aux ressources de l’ACPM.
- Ressources éducatives de l’ACPM :
- ACPM – Soutien au bien-être :
Des questions?
Pour toute demande de données, écrivez à [email protected].
Ce rapport a été rédigé à la lumière des commentaires du Dr Michael Wong de l’Université Dalhousie. L’ACPM est reconnaissante de sa contribution aux travaux de recherche de l’Association.
Notes
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Les médecins n’ont pas l’obligation de signaler les plaintes au Collège à l’ACPM, et ne le font que sur une base volontaire. Par conséquent, il n’est pas possible de brosser un portrait complet de ce type de dossiers au Canada.
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En moyenne, un dossier médico-légal est ouvert deux à trois ans après un incident lié à la sécurité des patient·es. Ainsi, il est possible qu’un nouveau dossier médico-légal concerne un incident survenu il y a quelques années.
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Les concepts et les thèmes abordés dans ce rapport reposent sur les résumés cliniques anonymisés et les avis d’expert·es tirés des dossiers médico-légaux ciblant la spécialité médicale concernée.
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Par expertise médicale, on entend les médecins expert·es qui interprètent les problèmes cliniques, scientifiques ou techniques liés aux soins prodigués et qui émettent une opinion à leur égard. Ces médecins ont habituellement une formation et une expérience semblables à celles de leurs collègues ayant prodigué les soins à évaluer.
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Patient·es ayant subi un préjudice grave ou décédé·es. Selon le glossaire du service de recherche de l’ACPM, un préjudice grave pour les patient·es est défini comme symptomatique, dictant une intervention nécessaire à la survie ou une intervention médicale ou chirurgicale majeure, entraînant une diminution de l’espérance de vie, ou causant, de façon permanente ou temporaire, une perte fonctionnelle ou un préjudice majeurs.
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Les facteurs liés aux patient·es regroupent toutes les caractéristiques ou les affections médicales présentes au moment de la consultation médicale, ou tout événement survenant durant la consultation.
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La classification de l’état physique de l’American Society of Anesthesiologists (ASA) est utilisée par les médecins pour prévoir les risques auxquels les patient·es sont exposé·es avant une intervention chirurgicale. Un score ASA de 3 indique une maladie systémique grave.
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D’après l’opinion d’expert·es.