Obligations et responsabilités

Les attentes des médecins en exercice

Le comportement perturbateur des médecins dans les établissements de santé

Publié initialement en septembre 2013
P1303-3-F

La nécessité d'aborder la question du comportement perturbateur des médecins dans le domaine des soins de santé fait l'objet d'un intérêt croissant notamment en raison des modifications apportées aux lois et règlements, et de la reconnaissance croissante de l'incidence négative d'un tel comportement sur les professionnels de la santé et la sécurité des patients. Bien que les actions perturbatrices des médecins et des autres intervenants n'aient jamais été acceptables, la communauté médicale travaille collectivement à l'élimination de tels comportements.

Lors de l'assemblée annuelle 2013 de l'ACPM à Calgary, l'Association a publié un document de discussion intitulé « Le comportement perturbateur des médecins dans les établissements de santé : quel est le rôle des médecins chefs de file [PDF] ». L'intérêt que manifeste l'ACPM pour l'amélioration des problèmes de comportement perturbateur chez les médecins découle du mandat de l'Association, visant à protéger l'intégrité professionnelle des médecins et à promouvoir des soins médicaux plus sécuritaires. Les faits saillants du document de discussion de l'ACPM, reproduits ici, peuvent aider les médecins chefs de file et les médecins à aborder la question de façon constructive et proactive.

L'établissement d'une compréhension commune

Un comportement perturbateur renvoie généralement à une conduite inappropriée, exprimée par des actions ou des paroles, qui porte atteinte ou qui a le potentiel de porter atteinte à la prestation de soins de santé de qualité.1 Des exemples d'un tel comportement comprennent les paroles inappropriées, les propos violents, l'humiliation, les accès de colère, le lancer d'instruments médicaux et la menace ou le recours à une force physique injustifiée. Le comportement perturbateur des médecins correspond habituellement à un type de conduite plutôt qu'à un seul incident isolé. Un comportement perturbateur peut aussi prendre des formes très subtiles, comme refuser de collaborer avec d'autres personnes ou se présenter régulièrement en retard aux réunions, aux rendez-vous prévus ou à la salle d'opération.

Les comportements qui à priori peuvent sembler inappropriés ne sont pas nécessairement tous perturbateurs. Cela dépend en effet de la nature du comportement et du contexte dans lequel il se manifeste. L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario offre des exemples de comportements qui ne sont pas considérés comme perturbateurs, notamment les « critiques constructives formulées de bonne foi avec l'intention d'améliorer les soins aux patients ou le fonctionnement des établissements de santé, déposer une plainte auprès d'une agence externe, témoigner contre un collègue ou défendre les intérêts d'un patient en toute bonne foi ».2 [Traduction]

Un comportement perturbateur entraîne des conséquences immédiates et à long terme. Il produit un effet immédiat sur la personne qui le subit, telle une infirmière ou un autre médecin, ce qui peut compromettre le rendement de cette personne lors de la prestation des soins. à long terme, un comportement perturbateur peut conduire à une inefficacité des soins, des préjudices chez les patients et de plus mauvais résultats cliniques.3

Bien que tous les professionnels de la santé et les administrateurs puissent manifester un comportement perturbateur, une telle conduite chez les médecins peut être plus évidente en raison de leur rôle dans la prestation des soins de santé. Des études ont montré qu'environ 5 % des médecins manifestent des comportements perturbateurs récurrents.4 Une analyse des dossiers conclus de l'ACPM a révélé que les dossiers portant sur un comportement perturbateur représentaient 5 % de toutes les plaintes déposées auprès d'un organisme de réglementation de la médecine (Collège) et 5 % de toutes les plaintes intrahospitalières. La majorité de ces dossiers se sont soldés par un résultat défavorable pour le médecin.

Les lois et les règlements contribuent à sensibiliser la population aux comportements perturbateurs. Dans l'ensemble des provinces et des territoires, il existe désormais des lois portant sur les obligations de contrer la violence, le harcèlement et la sécurité au travail. De plus, plusieurs provinces ont adopté des lois exigeant que les hôpitaux signalent aux Collèges les cas de suspensions de médecins ou de restrictions des privilèges attribuables à l'inconduite. Certains Collèges ont même élaboré des directives sur la façon d'aborder les problèmes de comportement perturbateur. Les programmes d'aide aux médecins s'efforcent eux aussi de prêter assistance en offrant des ressources conçues spécialement pour aborder les comportements perturbateurs.

Réponse multiniveau au comportement perturbateur

Le comportement perturbateur des médecins exige une intervention de collaboration et de participation à plusieurs niveaux dans les établissements. Il en est de même lorsque la participation du Collège s'avère appropriée.

Réponse des établissements

L'ACPM partage la perspective de la plupart des partenaires, soit que le comportement perturbateur des médecins devrait être examiné par l'établissement de santé où il se manifeste. Les établissements de santé sont bien positionnés pour gérer ces questions à l'interne, étant donné leurs connaissances de la situation, du milieu de travail et des personnes concernées.

Réponse des organismes de réglementation de la médecine

De façon générale, les organismes de réglementation de la médecine (Collèges) ont indiqué que les organisations de soins de santé devraient enquêter sur les plaintes liées au comportement perturbateur des médecins, puis adopter une réponse échelonnée. Tous les Collèges souhaitent être informés des situations où des médecins ont été congédiés ou ont eu leurs privilèges restructurés ou suspendus, ou encore lorsqu'un médecin a démissionné de son poste à titre de personnel médical au cours d'une enquête.

Approches constructives à considérer

Selon l'ACPM, les établissements et les Collèges devraient, lorsque c'est possible, éviter tout processus accusatoire en faveur d'une approche par étapes qui englobe :

  • l'identification précoce
  • une intervention proactive
  • une intervention proactive
  • la remédiation

Responsabilisation des médecins chefs de file

Les médecins chefs de file peuvent favoriser une culture de respect et aborder le comportement perturbateur dans les établissements de santé en déterminant des attentes claires, en adoptant une conduite exemplaire et en mettant l'accent sur les valeurs positives et les comportements qui sont importants pour l'organisation. Si un comportement perturbateur peut se manifester tôt dans la carrière d'un médecin, il existe des occasions pour l'aborder avant qu'il ne s'enracine. Les médecins chefs de file devraient préciser, auprès des résidents et des professeurs, les attentes liées au comportement professionnel, y compris les conséquences claires et multiniveaux en cas de non-conformité.

Les médecins chefs de file devraient aussi suivre et dispenser de la formation sur les compétences requises pour aborder efficacement les comportements perturbateurs.

Actions et outils pour les médecins chefs de file

Au sein des organismes de soins de santé, les médecins chefs de file, les autres médecins et les professionnels de la santé devraient recevoir une formation sur les comportements perturbateurs et leurs conséquences. Une formation particulière liée au travail d'équipe, aux aptitudes à la communication et à la résolution de conflit peut s'avérer bénéfique. En plus de se perfectionner, les médecins chefs de file devraient surveiller le comportement des médecins en effectuant entre autres des évaluations ou des sondages réguliers auprès du personnel, des évaluations des membres de l'équipe et une observation directe.Les médecins chefs de file doivent prendre des mesures appropriées et équitables pour contribuer à régler les comportements perturbateurs. Une approche multiniveau visant à promouvoir le professionnalisme peut favoriser la gestion des comportements perturbateurs. De façon générale, il s'agirait d'abord d'une « conversation autour d'un café » avec un collègue dans le cas d'un seul manquement, suivie d'une intervention documentée si le comportement se reproduit. Un problème persistant de comportement perturbateur réfractaire aux interventions des échelons inférieurs peut devoir être déféré à une autorité supérieure, avec documentation supplémentaire et plan d'action. Enfin, le défaut de réagir à l'intervention de l'autorité entraînerait des mesures disciplinaires.5

L'ACPM est d'avis que les médecins chefs de file peuvent jouer un rôle clé dans les cas de comportement perturbateur des médecins. Le document de discussion de l'ACPM renferme des recommandations qui peuvent orienter les médecins chefs de file.



References

  1. L'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, « Guidebook for Managing Disruptive Physician Behaviour », 2008, p. 4
  2. Ibid, p. 5
  3. Joint Commission Perspectives on Patient Safety, « Managing Disruptive Behavior » , janvier 2009
  4. Leape, L.L. , Fromson, J.A., « Problem doctors: Is there a system-level solution? » Annals of Internal Medicine (2006) vol. 144, no 2, p. 108
  5. Hickson, G.B., Pichert, J.W., Webb, L.E., Gabbe, S.G., « A complementary approach to promoting professionalism: identifying, measuring, and addressing unprofessional behaviors », Academic Medicine (2007) vol. 82, no 11, p. 1042


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