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Sécurité culturelle


Respecter les patients et leur famille

La vaste diversité des cultures


  • Ne présumez pas connaître les besoins de vos patients. Demandez-leur comment ils veulent (ou préfèrent) être traités.
  • Comme les différences culturelles, les obstacles linguistiques peuvent accroître les risques de malentendu.
Photo de famille avec plusieurs générations

Les cultures comprennent tout un ensemble de croyances et de comportements qui permettent aux gens de se définir et de se conformer à des valeurs sociétales. La langue, les coutumes, les règles, les valeurs et même les produits et les institutions sont propres à une culture donnée.

Les gens ont de leur maladie et des traitements requis une conception différente qui découle de divers facteurs, notamment :

  • leur origine culturelle
  • leurs croyances spirituelles
  • leur niveau de scolarité

La réponse à des recommandations en matière de soins sera déterminée par :

  • le temps que la personne a vécu au Canada
  • sa capacité d'adaptation

Même au sein d'une même famille, il peut y avoir d'importants écarts d'acculturation. Les tensions entre les immigrants de première et de deuxième génération et leur famille ne sont pas rares.

  • Même si les membres d'un groupe ethnique facilement identifiable peuvent avoir des valeurs communes, il faut éviter les stéréotypes.

Quelle est la différence entre une généralisation et un stéréotype?

Les généralisations peuvent constituer des sources d'information utiles, alors que les stéréotypes sont plutôt restrictifs et s'accompagnent souvent d'un jugement négatif.

  • La culture d'une personne donnée peut avoir sur son comportement un effet difficilement compréhensible pour une personne issue d'un autre milieu.

Les différences entre les cultures peuvent être conceptualisées en fonction de caractéristiques qui s'opposent, les personnes se situant tout le long d'un spectre continu. Le diagramme illustre plusieurs de ces dimensions contrastantes de la culture : Individualiste c. collectiviste, Tâche c. relation, Direct c. indirect, Égalitaire c. hiérarchique, Future c. passé, Universel c. situationnel, Verbal c. non-verbal, Informel c. formel.

Les dimensions de la culture

Les différences entre les cultures peuvent être conceptualisées en fonction de caractéristiques qui s’opposent, les personnes se situant tout le long d’un spectre continu. Par exemple, une personne de type « collectiviste » sera à l'opposé d'un individualiste. De la même manière, certains appliquent les règles de façon universelle alors que d'autres les adaptent à la situation. Les gens s'expriment de façon très directe dans certaines cultures, et de façon indirecte dans d'autres cultures. Et enfin certaines cultures accordent une grande valeur à la hiérarchie alors que d'autres sont plus égalitaires.

Pour chacun des cas ci-dessous, déplacer le curseur pour comprendre en quoi les partis pris issus de la culture des patients ou des médecins peuvent influencer leur approche en matière de soins de santé, et pour voir comment leurs points de vue peuvent entrer en conflit.

Cas : Remplacement de la valve atrioventriculaire gauche (valve mitrale)
Une femme de 65 ans doit subir un remplacement de la valve atrioventriculaire gauche (valve mitrale).

Sur l'échelle ci-dessous, voyez en quoi l'origine culturelle de la patiente peut influencer ses besoins en information.



La patiente venant d'une culture de type hiérarchique pourra considérer que le médecin a davantage de pouvoir et d'influence qu'elle et accepter ce fait. Elle s'attendra donc à ce que le médecin lui dise quoi faire et la supervise. Il est probable qu'elle ne voudra pas prendre l'initiative de poser des questions ou de contester l'opinion du médecin même si elle ne comprend pas ses suggestions ou si elle est en désaccord avec celles-ci en son for intérieur.

Une femme de 65 ans doit subir un remplacement de la valve atrioventriculaire gauche (valve mitrale).

Sur l'échelle ci-dessous, voyez en quoi l'origine culturelle de la patiente peut influencer ses besoins en information.



Il peut survenir des conflits, par exemple si le médecin est issu d'une culture de type hiérarchique et la patiente d'une culture très égalitaire. Le médecin qui ne comprend pas ces différences de valeurs pourra percevoir les affirmations et les questions de la patiente comme reflétant un manque de respect. Par ailleurs, une patiente issue d'une culture de type très hiérarchique et ayant l'habitude d'obéir à des directives pourra se trouver embarrassée si un médecin issu d'une culture égalitaire lui demande de choisir parmi plusieurs options de traitement.

Une femme de 65 ans doit subir un remplacement de la valve atrioventriculaire gauche (valve mitrale).

Sur l'échelle ci-dessous, voyez en quoi l'origine culturelle de la patiente peut influencer ses besoins en information.



La patiente issue d'une culture égalitaire tendra à avoir davantage le sens de sa propre autonomie et sera habituée à prendre des décisions seule; elle pourra aussi chercher à se renseigner. Cette patiente s'attendra à ce qu'on lui demande ses préférences et à pouvoir choisir parmi plusieurs formes de traitement. Elle n'hésitera pas à exprimer son désaccord au médecin, et elle aura davantage tendance à se plaindre si elle est déçue.

Hiérarchique Égalitaire

Cas : Prescription d'un mauvais médicament

Dans un moment de distraction, un médecin d'urgence prescrit de la pénicilline à une jeune fille de 13 ans atteinte d'une angine streptococcique et allergique à la pénicilline. Après avoir pris le médicament, la patiente a un choc anaphylactique qui est traité. Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment le médecin peut répondre à cet événement indésirable et dans quelle mesure il peut être prêt à divulguer le rôle qu'il a joué, selon l'origine culturelle.


Le médecin issu d'une culture collectiviste accordera probablement une grande importance à son appartenance au groupe et à l'acceptation et au respect que ce groupe lui accorde. Il recherchera l'approbation des siens et prendra grand soin de son image auprès d'autrui. À ses yeux, il pourrait être impensable d'avouer avoir fait une erreur de peur de déshonorer sa famille ou son groupe culturel.

Dans un moment de distraction, un médecin d'urgence prescrit de la pénicilline à une jeune fille de 13 ans atteinte d'une angine streptococcique et allergique à la pénicilline. Après avoir pris le médicament, la patiente a un choc anaphylactique qui est traité. Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment le médecin peut répondre à cet événement indésirable et dans quelle mesure il peut être prêt à divulguer le rôle qu'il a joué, selon l'origine culturelle.


Il peut y avoir conflit lorsqu'un médecin qui accorde une grande importance à l'honneur de sa famille décide de ne pas divulguer ou déclarer un événement indésirable. Bien que ses motifs puissent être sincères, le médecin est tenu, au Canada, de déclarer ouvertement tout événement indésirable. Il est probable qu'un patient découvrant que son médecin a volontairement caché un événement indésirable sera très contrarié et n'aura plus confiance en lui. De même, si un tribunal ou un organisme de réglementation de la médecine (Collège) apprend qu'un médecin a volontairement omis de déclarer un tel fait, il pourra avoir une opinion très défavorable et lui imposer des sanctions ou des mesures disciplinaires.

Dans un moment de distraction, un médecin d'urgence prescrit de la pénicilline à une jeune fille de 13 ans atteinte d'une angine streptococcique et allergique à la pénicilline. Après avoir pris le médicament, la patiente a un choc anaphylactique qui est traité. Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment le médecin peut répondre à cet événement indésirable et dans quelle mesure il peut être prêt à divulguer le rôle qu'il a joué, selon l'origine culturelle.


Le médecin individualiste peut être plus motivé par son propre perfectionnement que par l'approbation d'autrui, et il ne verra pas ses réussites ou échecs comme étant ceux de sa famille, mais plutôt comme les siens propres. À ses yeux, la divulgation d'un événement indésirable ne menace pas sa réputation, bien que la démarche puisse lui sembler difficile.

Collectiviste Individualiste

Cas : Discussion d'une ordonnance de non réanimation

Vous hospitalisez un homme de 75 ans en phase terminale pour une déshydratation secondaire à son incapacité de manger et boire convenablement chez lui. Sa maladie est très avancée et vous souhaitez lui parler de soins de fin de vie et de réanimation. Lorsque vous demandez au patient et à sa famille s'ils accepteraient la décision de non-réanimation, ils répondent qu'ils accepteraient peut-être, mais que ce serait difficile.

Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment la compréhension que vous avez de la culture et du style de communication de votre interlocuteur peut vous aider à interpréter cette réponse.


Les familles issues d'une culture où l'on valorise la communication directe n'hésiteront probablement pas à vous exposer explicitement leurs souhaits, leurs besoins et leurs attentes. Elles valorisent l'honnêteté et la franchise ainsi que l'emploi d'un vocabulaire précis. Ceux qui s'expriment de façon directe peuvent être perçus comme des personnes qui manquent de tact et n'hésitent pas à dire non.

Vous hospitalisez un homme de 75 ans en phase terminale pour une déshydratation secondaire à son incapacité de manger et boire convenablement chez lui. Sa maladie est très avancée et vous souhaitez lui parler de soins de fin de vie et de réanimation. Lorsque vous demandez au patient et à sa famille s'ils accepteraient la décision de non-réanimation, ils répondent qu'ils accepteraient peut-être, mais que ce serait difficile.

Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment la compréhension que vous avez de la culture et du style de communication de votre interlocuteur peut vous aider à interpréter cette réponse.


Les médecins qui sont habitués à un mode de communication direct et qui ignorent tout des modes de communication indirects peuvent interpréter une telle réponse comme un accord ou une acceptation, alors qu'en réalité elle équivaut à un refus. Les gens qui s'expriment habituellement de façon directe peuvent néanmoins adopter un style indirect sous l'effet du stress.

Vous hospitalisez un homme de 75 ans en phase terminale pour une déshydratation secondaire à son incapacité de manger et boire convenablement chez lui. Sa maladie est très avancée et vous souhaitez lui parler de soins de fin de vie et de réanimation. Lorsque vous demandez au patient et à sa famille s'ils accepteraient la décision de non-réanimation, ils répondent qu'ils accepteraient peut-être, mais que ce serait difficile.

Sur l'échelle ci-dessous, voyez comment la compréhension que vous avez de la culture et du style de communication de votre interlocuteur peut vous aider à interpréter cette réponse.


Les familles issues d'une culture où le style de communication est indirect tendront à valoriser le maintien de l'harmonie et la politesse, ainsi que l'honnêteté. Les gens qui ont un mode de communication indirect souhaitent avant tout éviter les situations embarrassantes pour eux-mêmes et autrui. Pour respecter autrui en toute circonstance, ils sont amenés à sous-entendre ce qu'ils veulent dire plutôt que de l'exprimer directement. Aux yeux d'une personne habituée à s'exprimer de façon indirecte, la réponse la plus impolie qui soit à une question est non; pensez donc à formuler vos questions de façon à ne pas obliger votre interlocuteur à répondre par oui ou par non.

Direct Indirect

Cas : Demande d'une nouvelle patiente

Un homme de 64 ans, obèse, atteint d'insuffisance cardiaque congestive, d'hypercholestérolémie, d'hypertension et d'hépatite chronique et ayant été amputé sous le genou, demande un rendez-vous chez un nouveau médecin de famille. Bien qu'il ait déjà un médecin de famille, celui-ci se trouve trop loin et le patient préfère consulter celui qui se trouve beaucoup plus près de chez lui. Le nouveau médecin est si occupé qu'il envisage de fermer son cabinet aux nouveaux patients, mais il ne l'a pas encore fait. En lisant les antécédents du patient, il se sent accablé par les besoins médicaux importants de ce dernier et envisage donc de le refuser.

Sur l'échelle ci-dessous, voyez en quoi l'origine culturelle du médecin peut influencer sa décision.


Le médecin qui a grandi dans une culture du type « universel » tendra à se fier à des principes directeurs généraux qui s'appliquent à toutes les situations et dont on peut s'inspirer pour déterminer si des croyances ou des pratiques sont bonnes ou mauvaises. Bien qu'il se sente accablé à l'idée d'accepter de prendre en charge ce nouveau patient, le médecin l'accepte quand même parce qu'il considère qu'il ne peut pas exercer une discrimination à son égard sous prétexte de ses importants besoins médicaux.

Un homme de 64 ans, obèse, atteint d'insuffisance cardiaque congestive, d'hypercholestérolémie, d'hypertension et d'hépatite chronique et ayant été amputé sous le genou, demande un rendez-vous chez un nouveau médecin de famille. Bien qu'il ait déjà un médecin de famille, celui-ci se trouve trop loin et le patient préfère consulter celui qui se trouve beaucoup plus près de chez lui. Le nouveau médecin est si occupé qu'il envisage de fermer son cabinet aux nouveaux patients, mais il ne l'a pas encore fait. En lisant les antécédents du patient, il se sent accablé par les besoins médicaux importants de ce dernier et envisage donc de le refuser.

Sur l'échelle ci-dessous, voyez en quoi l'origine culturelle du médecin peut influencer sa décision.


Le médecin de type « particulier » considère que toutes les situations sont différentes les unes des autres et que les règles absolues sont inadéquates parce qu'elles sont trop rigides. Dans ce cas il pourrait considérer qu'il lui est impossible d'accepter un patient ayant d'importants besoins médicaux et que de toute façon il prévoyait de fermer son cabinet aux nouveaux patients, ou bien que ce serait injuste à l'égard des autres patients, ou que le patient en question a déjà un médecin de famille.

Universel Particulier

Obstacles linguistiques

La patiente semble ne pas comprendre

Le patient peut maîtriser parfaitement la langue du médecin, mais si c'est sa deuxième ou sa troisième langue, il peut éprouver des difficultés de compréhension. Le cas échéant, il peut être utile de faire appel à une personne de confiance comme interprète, mais les médecins doivent se méfier des amis ou parents des patients dont les partis pris peuvent à leur tour fausser la conversation. Par exemple, un membre de la famille peut hésiter à traduire vos questions concernant l'activité sexuelle du patient, et celui-ci peut hésiter à dire la vérité.