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Leçons médico-légales


Tirées des dossiers de l'ACPM

Quelques cas tirés des dossiers de l'ACPM


Étagère de classement de dossiers médicaux

Les cas suivants démontrent l'importance du travail d'équipe.

Cas : Une équipe obstétricale

Bien que le jugement du tribunal dans cette cause porte sur la délégation et la supervision par une infirmière-chef, les leçons à retenir s'appliquent à tous les professionnels de la santé, y compris les médecins.

Gros plan d'un moniteur fœtal installé sur l'abdomen d'une femme enceinte

Contexte

Une mère de 36 ans est admise en phase active du travail. L'obstétricien de garde procède à la rupture artificielle des membranes, détermine que le tracé du cœur fœtal est normal, et demande à être informé lorsque la patiente sera prête à accoucher.

La salle de travail est très occupée et l'infirmière-chef assigne une jeune infirmière, récemment diplômée, à la surveillance de la patiente – en dépit des protestations de celle-ci qui affirme ne pas être à l'aise avec le monitorage fœtal.

Contexte – suite

En arrivant au chevet de la patiente, la nouvelle infirmière remarque que le tracé révèle des décélérations importantes. Comme on le lui a enseigné, elle tourne la patiente sur le côté et lui administre de l'oxygène. Toutefois, le tracé continue d'indiquer des décélérations importantes.

Deux heures plus tard, l'infirmière-chef se rappelle qu'elle doit aller voir la nouvelle infirmière et sa patiente. L'infirmière-chef demande immédiatement qu'une électrode soit placée sur le cuir chevelu pour mieux évaluer le cœur fœtal. Le résident en obstétrique installe l'électrode, établit un diagnostic de détresse fœtale importante et planifie une césarienne immédiate.

La césarienne d'urgence a lieu dans les 20 minutes qui suivent. Toutefois, l'enfant subit une anoxie cérébrale grave.

Résultat

L'enfant et sa famille intentent une action en justice dans laquelle sont nommés tous les membres de l'équipe obstétricale, alléguant que le défaut de réagir au tracé anormal a entraîné un délai dans l'accouchement de l'enfant et, ultimement, des dommages cérébraux.

L'hôpital allègue que les médecins auraient dû vérifier que les infirmières surveillaient le fœtus.

Pistes de réflexion

  • Les médecins auraient-ils dû superviser les infirmières?
  • L'infirmière-chef a-t-elle délégué une tâche de façon appropriée à la nouvelle infirmière?
  • L'infirmière-chef a-t-elle supervisé adéquatement la nouvelle infirmière?

Leçons retenues

Le juge a conclu que :
  • Chaque membre de l'équipe obstétricale avait un rôle défini. Il est essentiel que le rôle de chacun soit effectué dans le cadre d'une norme de pratique et d'une formation appropriée.
  • Les infirmières sont des professionnelles qui possèdent des compétences et des connaissances particulières et qui ont le devoir d'utiliser leurs compétences pour évaluer les patients de façon appropriée et de communiquer avec précision les résultats de leurs évaluations aux médecins.
  • Les ressources limitées ne laissent pas à chaque professionnel de la santé la possibilité de revérifier le travail des autres professionnels.

Leçons retenues – suite

  • Un obstétricien en milieu hospitalier doit compter sur les infirmières pour surveiller et évaluer une patiente en travail ainsi que son fœtus.
  • L'infirmière-chef dans une équipe obstétricale a l'obligation de superviser les autres infirmières de l'équipe et de vérifier qu'elles ont la compétence voulue pour évaluer les patientes et pour gérer leur charge de travail.
  • L'infirmière-chef avait été informée du manque d'expérience de la nouvelle infirmière.
  • L'infirmière-chef, en ne se conformant pas à son rôle de gestionnaire et de superviseure, n'a pas respecté une norme appropriée de soins infirmiers.
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Cas : Nouvel équipement pour une équipe
Une professionnelle de la santé en salle d'opération

Contexte

Un radiologiste interventionniste possède une expérience considérable de la technique d'angioplastie par ballonnet, mais utilise un nouveau cathéter pour la première fois pour traiter un syndrome du vol de l'artère sous-clavière chez un patient.

Le cathéter est inséré dans l'artère mais le ballonnet ne se gonfle pas comme il devrait. La manipulation ne réussissant pas, le médecin demande expressément à l'infirmière si elle a retiré la gaine du ballonnet. L'infirmière lui répond que la gaine a été retirée, mais qu'elle est tombée au sol et qu'elle ne la voit pas.

Le patient revient à l'hôpital plusieurs mois plus tard, se plaignant de douleurs au cou et à la tête. Les investigations révèlent la présence d'un corps étranger dans la carotide interne droite. La gaine est retirée de l'artère au moyen d'une chirurgie, mais l'intervention est suivie de complications et le patient garde une cicatrice importante.

Pistes de réflexion

  • Quels sont certains des risques associés au travail dans un nouvel environnement ou avec du nouvel équipement?
  • Quels sont certains des obstacles au bon fonctionnement d'une équipe?

Leçons retenues

Il y a plusieurs risques et obstacles associés à ce cas.
  • Manque d'orientation à l'utilisation du nouvel équipement.
    Dans ce cas-ci, le radiologiste et l'infirmière ne s'étaient pas familiarisés avec le nouveau cathéter.
  • Partage inadéquat de l'information, hypothèses erronées, attitude défensive.
    Dans ce cas-ci l'infirmière a indiqué qu'elle ne pouvait pas trouver la gaine, et elle avait présumé que celle-ci était tombée sous un champ ou s'était retrouvée sur le sol.
  • Complaisance, défaut de surveiller le rendement de l'autre membre de l'équipe, absence de sensibilisation à la situation.
    Dans ce cas-ci, le radiologiste a accepté l'affirmation que la gaine avait été retirée, même si celle-ci était introuvable.
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Cas : Prise en charge d'un patient suicidaire par une équipe en psychiatrie
Jeune homme en détresse psychologique

Contexte

Un étudiant de18 ans est déprimé et a des idées suicidaires. À la suite d'une évaluation par le psychiatre, il est hospitalisé en psychiatrie pour y suivre un traitement.

Le médecin prescrit un antidépresseur et une surveillance étroite, ce qui signifie que le jeune homme sera vu aux demi-heures. Une équipe composée d'un psychologue, d'infirmières, d'un travailleur social et du psychiatre est chargée du traitement du patient.

Comme c'est souvent le cas, l'unité psychiatrique est extrêmement occupée. Selon la politique de l'hôpital, une « rencontre multidisciplinaire », destinée à orienter tous les membres de l'équipe au cas d'un patient, devrait être tenue pour chaque patient hospitalisé, mais celle-ci n'a pas lieu.

Contexte – suite

La chambre du patient est située au fond du couloir, loin du poste des infirmières, et il est difficile pour les infirmières de surveiller son comportement.

Le patient refuse de prendre ses antidépresseurs et ne communique pas en général avec les membres de l'équipe. Bien que tout membre de l'équipe puisse augmenter le niveau de surveillance pour qu'il soit «constant », et bien que chacun soit inquiet, personne ne le fait.

La tante du patient avise l'infirmière responsable du fait que le patient lui a confié qu'il se suiciderait à l'hôpital. L'infirmière ne consigne pas cette information au dossier du patient, et n'alerte pas les autres membres de l'équipe.

Résultat

Le lendemain, l'adolescent passe au travers de la fenêtre de sa chambre, traverse le stationnement en courant et se fait frapper par une automobile.

Il est maintenant paraplégique et requiert des soins continus.

Pistes de réflexion

Quels sont certains des obstacles au bon fonctionnement de l'équipe qui ont pu jouer un rôle dans ce cas?

Action en justice

La famille intente une action en justice dans laquelle chaque membre de l'équipe est nommé.
Infirmière cherchant un dossier électronique

Résultat de l'action en justice

  • Le psychiatre a été trouvé coupable de faute professionnelle pour ne pas avoir bien diagnostiqué la gravité de l'état psychiatrique du patient.
  • Chaque membre de l'équipe a été trouvé coupable de faute professionnelle pour n'avoir pas augmenté le niveau de supervision du patient.
  • Chaque membre de l'équipe a été rendu responsable de ne pas avoir tenu une rencontre multidisciplinaire.

Le juge a aussi critiqué le manque de documentation au dossier médical.

Leçons retenues

Ce cas souligne plusieurs problèmes dans les soins de santé :
  • problèmes de charge de travail et de ressources : pénurie de lits à proximité du poste des infirmières, distraction chez les membres de l'équipe
  • manque de documentation
  • manque de communication des renseignements critiques entre les membres de l'équipe
  • manque de coordination des soins au sein de l'équipe : chaque membre avait la capacité d'augmenter le niveau de surveillance du patient mais personne ne l'a fait
  • une politique hospitalière inadéquate: bien que la politique stipulait qu'une « rencontre multidisciplinaire » devait avoir lieu, elle ne précisait pas qui devait l'organiser et ce manque de clarté a eu pour résultat que personne ne s'en est occupé
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Cas : « Ce n'est pas un cas de chirurgie »
Chirurgien masqué

Contexte

Un patient ayant des antécédents de maladie de Crohn a des douleurs abdominales. Il est évalué par des spécialistes en médecine interne, gastroentérologie et chirurgie. Une première tomodensitométrie est inconcluante. Selon le résident en chirurgie, « il ne s'agit pas d'un cas de chirurgie ».

L'état du patient continue à se détériorer, mais le résident de première année n'arrive pas à convaincre les membres du service de chirurgie de réévaluer le patient.

L'interniste ne répond pas aux demandes répétées du résident, et a lui-même beaucoup de difficulté à obtenir l'attention du service de chirurgie.

Résultat

Ce n'est que lorsque le résident insiste fortement pour qu'un chirurgien vienne examiner le patient que ce dernier est vu par un chirurgien, qui constate qu'il s'agit effectivement d'un cas de chirurgie.

Le patient a une évolution postopératoire houleuse, mais il survit.

Leçons retenues

Le fait que le résident et l'interniste aient su s'affirmer quant à la nécessité pour le patient de subir une intervention d'urgence est un exemple de défense appropriée des intérêts du patient qui doit être respectée et déclencher une réponse appropriée.
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Suivante

Une culture de sécurité des patients encourage activement toute personne participant aux soins des patients à poser toutes les questions nécessaires pour assurer les meilleurs soins possibles. Elle encourage également les autres à faire preuve d'une écoute active et à répondre à de telles questions.

Pour en savoir davantage à ce sujet, consultez la section sécurité des patients.